Turquie, Pays des Interdictions
 
 
 Ahmet DERE

 

 
 
 
La Turquie est un pays où l’interdiction des partis politique (surtout les partis pro-kurdes) est devenue une habitude constitutionnelle. Après les partis HEP, OZDEP, DEP, HADEP, cette fois-ci c’est le DTP,  "Parti pour une Société Démocratique", dont 21 députés siègent à l’Assemblée Nationale de Turquie, qui est menacé d’interdiction.
 
Le 8 décembre prochain, la Cour constitutionnelle entamera une série de délibérations qui peuvent se solder par l'interdiction du DTP, fondé en 2005, au motif que ce parti serait en relation avec les militants kurdes.
 
Depuis que le procureur de la Cour de cassation a  lancé, en 2007, la procédure contre le DTP, une menace plane sur la tête des membres de ce parti,  vu le nouveau concept de guerre contre les Kurdes de la politique gouvernementale de l'AKP, et ce, peu importe le contenu du dossier "juridique".
 
La Cour constitutionnelle qui examinera le dossier 8 décembre peut rendre son jugement le jour même ou le mettre en délibéré : sa décision sera alors connue dans les jours ou les semaines à venir. Les députés DTP, selon nos informations, menacent de démissionner de l'Assemblée Nationale de Turquie en cas où leur parti serait interdit.
 
L’éventuelle interdiction du DTP porterait un coup sévère à l "ouverture démocratique" lancée par le gouvernement d'AKP : elle pourrait provoquer l'engagement d'un processus d'une guerre civile.
 
N’oublions pas que, depuis un mois, les attaques des groupes paramilitaires se multiplient de plus en plus contre ce parti. Le 22 novembre dernier, un convoi de véhicules de militants du DTP a été attaqué dans les rues d'Izmir et des pierres ont été lancées sur les manifestants DTP,  faisant plusieurs blessés, sans que les forces de sécurité, délibérément passives, interviennent.

La situation d’Abdullah Öcalan
 
Comme l'avait demandé le Comité pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) du Conseil de l'Europe, le gouvernement turc se devait d'améliorer les conditions de détention d’Abdullah Öcalan qui, depuis 17 novembre, a été transféré dans une nouvelle cellule de la prison d’Imari ; mais, aux dires de ses avocats, ce transfert a rendu les conditions de détention encore plus sévères.
 
Depuis le début du mois de décembre, plusieurs milliers de Kurdes participent aux manifestations réclamant notamment une amélioration des conditions de détention d'Abdullah Öcalan ; plus d'une centaine de personnes ont déjà  arrêtées par les forces de l’ordre.
 
Quand on regarde l’état dans lequel se trouve la Turquie, il est difficile d’être optimiste pour l’avenir. Si l’Etat turc et son gouvernement persistent dans cette attitude, le risque d'une "sale guerre" est à la porte du pays.
 
Des évènements graves peuvent survenir dans les semaines à venir : en tant qu’un intellectuel kurde vivant en Europe, je suis très inquiet.
 
Ahmet DERE  / 06.12.2009
 
 

 

 

 

 

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