Dr Ali KILIÇ

A l’occasion de la journée internationale des Femmes

La présentation du livre d’EVîN  ÇÌÇÉĶ

 

Traduit en français

       PAROLES DE FEMMES KURDES RÉVOLTÉES

                                         

Quand la foule aujourd’hui muette,

Comme l’Océan grondera,

Qu’à mourir elle sera prête,

La  Commune  se lèvera.

Nous reviendrons foule sans nombre,

Nous viendrons  par tous les chemins,

Spectres vengeurs sortant de l’ombre,

Nous viendrons nous serrant les mains.

La mort portera la bannière ;

Le drapeau noir crêpe de sang ;

                        En  pourpre  fleurira  la terre

Libre sous  le ciel flamboyant.

                Louise Michel, Chanson des prisons, mai 1871

Louise Michel, La Commune, Paris P.-V. STOCK,1898 p.9

 

PAROLES DE FEMMES KURDES RÉVOLTÉES

Le livre d’ Evin Çiçek traduit en français

 

Présentation.

 

         Les lecteurs francophones qui s’intéressent au Kurdistan disposent enfin de témoignages sur la personnalité et la vie des acteurs de la guérilla des décennies 1984 et 1994, plus particulièrement évoquées d’un point de vue féminin. En effet ce livre a été  écrit par une Kurde, Evin Çiçek, qui  a milité pour la liberté de son pays et en a subi les conséquences. Réfugiée statutaire en Europe depuis douze ans, elle n’est pas  seulement poétesse,

 

 

 
 mais aussi économiste. Journaliste scientifique  kurde  de haut niveau, elle a signé  le projet pour la fondation de l’Académie des Sciences  et  la création  du Centre de Recherche Scientifique  du Kurdistan, soumis aux autorités du Kurdistan Sud.

Sa première œuvre éditée par la maison d’éditions d’APEC en 1999 s’intitule Le Mouvement de Libération Nationale du  Qoçgiri et est  inséparable  de  l’histoire politique  kurde. La  deuxième partie est  publiée par  Péri Yayinlar, la maison d’éditions Peri .   Les Voyageurs d’Ararat  a été publié en janvier  dernier par la même maison d’éditions.

Evin Çiçek a fondé la section de l’Association des Droits de l’Homme de  Siirt, elle est devenue membre du Conseil d’Administration. Elle a dénoncé  des crimes commis par le  régime turc en matière de droits de l’homme. Elle a été menacée de mort. Elle a continué de lutter, en 1990 elle  est devenue présidente de l’IDH  et en 1991 cadre dirigeante du HEP, le Parti Populaire du Travail. Amnesty  International a fait des appels urgents à plusieurs reprises  sur son cas et  envoyé à l’État turc  des lettres de protestation. En 1990 sur la proposition d’Eric  Sisby, responsable danois du Comité  d’Observation d’Helsinki, elle a obtenu le prix des droits de l’homme. En 1993 elle a été élue membre de l’Assemblée Nationale du Kurdistan (KUM). En avril 1993 elle a été invitée  par l’Union Patriotique du Kurdistan (YNK) avec  six autres journalistes et y  a établi des relations, puis elle est passée  au camp de Zélé où elle a interrogé  les  femmes kurdes qui étaient dans la guérilla du PKK. Elle a participé aux travaux de  fondation de l’Assemblée Nationale du Kurdistan et  rédigé deux autres  livres, puis  elle est rentrée au Kurdistan Nord. En octobre 1993 elle est revenue à Qoçgiri où elle a effectué des recherches sur le Mouvement de Libération Nationale du Qoçgiri  de 1921. Elle a rencontré les personnes âgées de sa famille, elle a été recherchée en novembre 1993, ses camarades ont été condamnés à douze à quinze  ans de prison.

Avec  son jeune fils  pour des raisons de sécurité, elle a quitté le pays et depuis  cette date, elle est  en exil .Son premier livre a été éditée en Suède, les huit autres   livres par la maison d’éditions  Peri à Istanbul. Son deuxième livre  intitulé  Passions et condamnés  dès  sa sortie a été interdit. Elle a publié trois volumes de poésie : Cris des souvenirs  puis en 2005,  Les Voyageurs   d’Ararat  et l’un de ses livres  est en état de publication en langue française :  Paroles de femmes  kurdes révoltées .  Evin Ciçek a publié en janvier 2006 un autre livre  intitulé   Juridiction féministe   et ses  articles  en langues kurdes  sont publiés par  AGIRI, organe du Comité central du Parti Démocratique  du Kurdistan  PDK-IRAN ainsi que  l’un de ses poèmes  concernant  une jeune militante kurde de Mehabad. Elle est intervenue auprès de Monsieur le Président Jacques Chirac, Monsieur Joseph Borrel,  auprès de Madame Nicole Borvo,  auprès de Monsieur Koffi Annan,  du Roi du Maroc Sa Majesté Mohammed VI,  auprès du Roi Abdellah  II et auprès de Madame  Marie-George Buffet pour la libération  du Dr Roya Tilooi qui a été mise en liberté. Elle a écrit  d’autres livres intitulés : À l’ombre des génocides,  l’État et la nation en Turquie  et L’Armée turque et le pouvoir, rédigé en français et prêt à la publication.

 Elle a   rencontré en avril  1993  des jeunes militantes   rassemblées dans le camp de la guérilla situé à Zélé pour  organiser le Premier Congrès National des Femmes du Kurdistan  dont est issu le PJAK fondé en 1997  avec l’arrestation de Monsieur Abdullah Öcalan et qui s’est fransformé en un autre parti politique.

            La guérilla initiée en 1984 par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Turquie revendiquait la liberté et l’indépendance du Kurdistan. Elle a capté un temps les efforts des Kurdes pour faire reconnaître leurs droits. Actuellement leur liberté d’expression n’est pas acquise et ce livre s’est heurté à la fois à la censure turque et à celle du PKK. Les autorités turques ont interdit  l’un des livres  d’Evin Çiçek, Passions et condamnés,  qui a été publié par  la maison d’éditions Peri   en 2000 et a été interdit par la 2e Chambre du  tribunal de grande instance  de Beyoglu, sous prétexe d’insultes à l’égard d’Ataturk. Madame Evin Çiçek n’en avait pas dit mais avait transcrit les propos  d’un des immigrés kurdes au Consulat général de Turquie à Milan, devant le Consul et la police italienne ;  il avait qualifié Ataturk de “Misto le Bétonné”. C’est pourquoi un procès a été entamé  à l’encontre d’Ahmet Onal, éditeur de la maison d’éditions  Péri, en vertu de l’article 159/1, et il a été condamné à quinze mois de prison;

 

            Au nom de l’égalité entre hommes et femmes, le parti qui dirigeait la guérilla  a fait  participer des jeunes femmes  à ses actions. Leur recrutement était basé sur le volontariat. L’intérêt  du livre Paroles de femmes kurdes révoltées n’est pas seulement de nous faire connaître leur vision de la guérilla, mais aussi  les souvenirs de leur enfance toute proche : ainsi apparaît en filigrane une image de la société, restée inconnue des étrangers.  Parmi ces jeunes filles, beaucoup avaient eu un parcours  difficile, conséquence de la dureté extraordinaire de la société patriarcale dans un pays ruiné par une occupation sans fin. Un certain nombre  de fillettes avaient grandi dans une famille tyrannique et une société qui n’autorisait rien ; elles n’étaient pas allées à l’école et avaient été mariées contre une dot. Pour ces jeunes, la guérilla offrait un idéal, une protection et une éducation, malgré les dangers du front.

 

            Toujours dans le désir de promouvoir les femmes par la voie militaire, le PKK leur  permettait de plus  d’accéder au grade de commandantes de guérilla. C’est le cas de Mihriban Saran, institutrice, qui a engagé  le combat pour la libération de son pays et a mené la lutte armée  pendant quatorze ans. Ce livre  lui a été dédié. D’autres commandantes  nous racontent ici leur engagement, leur expérience et leur philosophie.

 

 C’est la vie réelle des combattantes qui force l’admiration. Certes elles ont connu la beauté de leur pays et sans doute des moments d’enthousiasme romantique et d’espérance, mais plusieurs milliers de jeunes femmes sont mortes là-bas. Elles étaient sur les montagnes à endurer la faim, les intempéries et la guerre. Dans le contexte qui est le nôtre, avec des conditions de vie relativement protégées depuis plusieurs décennies,  il n’est pas question de les oublier. Il convient d’honorer la mémoire de ces combattantes, qu’elles soient des adolescentes n’ayant connu que le malheur ou des  commandantes intelligentes et volontaires. Nous devons savoir reconnaître le courage là où il est quotidien.

 

            Par ailleurs, les récits des jeunes femmes sont complétés par ceux de leurs camarades guérilleros. À un niveau politique plus élevé, des responsables d’autres partis kurdes, plus particulièrement le PDK  irakien avec son secrétaire général  Fazil Mirani et le Dr Seywan Barzani, représentant en France du Gouvernement du Kurdistan, apportent un  éclairage différent à cette période  de l’histoire contemporaine du Kurdistan et par là même   du Moyen-Orient dont il est le cœur.

 

        Actuellement la guérilla des femmes du Kurdistan s’est organisée sous l’égide du PJAK, Parti  pour la femme libre du Kurdistan, non seulement  au Kurdistan Nord, mais aussi au  Kurdistan Sud et  au Kurdistan Est. Selon le gouvernement iranien, le PJAK  a tué 120 soldats en 2005. Les troupes de ce parti sont basées au nord du Kurdistan Sud.

 

       Sur le plan idéologique, le PJAK a adopté  beaucoup d’aspects de l’idéologie d’A. Öcalan, en particulier sa renonciation aux idéologies indépendantistees en faveur du libéralisme démocratique qui est en contradiction avec les principes du droit à l’autodétermination de la nation kurde. Cette contradiction sert les États colonialistes qui se sont partagé le Kurdistan et bénéficient de la position stratégique  du Kurdistan au niveau du marché mondial du pétrole. La déportation de six millions de Kurdes et la destruction de 4000 villages kurdes laisse la guérilla  des femmes kurdes face aux armées turque, iranienne et syrienne.

 

L’auteur apporte à la fin de son livre le manque de perspectives de l’Union européenne qui n’a pas de programme politique et de l’ONU qui n’a jamais appliqué la déclaration de 1960 au sujet du Kurdistan. La finalité de ce livre est double. D’une part la lutte   organisée par les femmes du Kurdistan souhaite être reconnue en vertu du Protocole II de la Convention de Genève   par les pays  Européens, qui soutiennent le statut invariable du Moyen et Proche-Orient au détriment du peuple du Kurdistan et d’autre part, elle exige l’application de la déclaration de l’ONU 1960 N° 1514 relative á l’octroi  de l’indĕpendance aux pays et aux peuples  coloniaux y compris au Kurdistan.

 

Dr Ali KILIC, Paris le 08-03-2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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