Dr Ali KILIC

                                                                                     Le 08 Mai 2007

 

AVOCAT KURDE IBRAHIM GÜÇLÜ

  ET

  Dr FRANZ FANON 

LA LIBERTE D’EXPRESSION OU LA PSYCHIATRIE COLONIALE

  

            

            Il y a soixante deux ans tout justes, le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitulait. Prenait fin alors la pire tragédie du XXe siècle, l’horreur absolue de la domination fasciste sur l’Europe, les 10 millions de déportés victimes de la Shoah et/ou morts pour avoir résisté à Hitler, à Mussolini, à Franco, à Pétain... \

 Le 8 Mai 2007 je reçois un courrier de l’Avocat Kurde  Ibrahim Güçlü « Demain le 9 mai 2007 à 9 heures  je ferai ma défense  devant la 8 eme Chambre de  Cour d’Assises  à cause  de la procédure entamée à mon rencontre  en vertu de l’article 301 et de 216/1 du Code Pénal Turc en raison de ma participation à une émission  télévisée sur  la chaîne de ATV avec Mehmet Gul et Dogu Perincek. En ce qui concerne la deuxième procédure  concernant mon discours prononcé  lors de ma conférence  sur le fondateurs de la République Kurde  de   Qazi   Mohammed, Qazi Seyfi et Sadri Qazi, l’audience  publique aura lieu demain  devant  le 7 eme  Chambre de la Cour d’Assises de Diyarbakir  le 9 mai 2007 à 14 heures.» La vérité, c’est que  la Cour d’Assises  de Diyarbakir accuse  Maître Ibrahim Guclu d’avoir parlé de la  République du Kurdistan est établie dans le Kurdistan iranien en 1946. Elle est le deuxième état kurde contemporain, après la proclamation  du Gouvernement du Kurdistan à Kocgiri au nord Kurdistan en  en 1921. La République de Mehabad  dont  sa capitale est la ville kurde de Mehabad au Kurdistan oriental. C’est Qazi Muhammad qui était Président de la République, et Moustafa Barzani était le ministre de la défense. Elle déclare son indépendance le 22 janvier 1946, mais est battue moins d'un an plus tard par l’armée régulière iranienne. Après la disparition de la république, Qazi Muhammad est exécuté en public au centre de Mehabad avec les autres  dirigeants de notre pays.Le président actuel du Kurdistan sud,  Massoud Barzani, est né à Mehabad quand son père, le général Moustafa Barzani, était le général en chef de Mehabad. Le président Barzani  après ses rencontres avec le nouveau Président français Mr  Nicolas Sarkozy  prononcera un discours  en langue kurde  devant le Parlement Européen.

        Je pense que le 8 mai 1945 n’est pas simplement une victoire, mais il est d’abord, et plus au fond, la défaite d’une grande entreprise politique criminelle dans ses différentes variantes - celles du fascisme - une entreprise à la fois impérialiste en Europe et de négation de la démocratie et de l’existence des nations indépendantes partout dans le monde. Ce point me paraît être d’autant plus important à souligner que la victoire a été difficile à se dessiner, dans la mesure où l’antifascisme a mis du temps à se construire et à être efficace pour faire barrage à des mouvements qui avaient su profiter du désarroi des peuples dans la crise économique internationale des années trente, mais aussi des crises et des failles de la démocratie politique. L’antifascisme, en effet, s’est cherché longtemps : avec l’antifascisme révolutionnaire. Mais la question qui se pose  quel rapport établir entre Franz Fanon et l’Avocat Kurde Ibrahim Guclu ? Autrement dit, quel rapport établir  entre  la liberté d’expression au Kurdistan Nord et les journalistes turcs, arrêtés et  emprisonnés en Turquie ? Comment pouvons nous analyser et expliquer  ce   rapport entre  les intellectuels  du pays  colonisé, c'est-à-dire du  Kurdistan Nord et  du pays colonisateur, c’est à dire  la Turquie  du point de vue de la liberté d’expression ? En d’autres termes, quelle est  notre réponse à la demande de solidarité formulée auprès de  la direction du PEN KURD par le représentant  turc  des  journalistes emprisonnés   par l’Etat colonialiste  turc ? Quelle est la responsabilité éthique des    écrivains  du   Kurdistan  vis-à-vis  aux  journalistes turcs emprisonnés ?

 

        D’abord la Direction du Centre de PEN KURD a déjà affiché  la déclaration envoyée par un turc sur la site  du PEN KURD en langue française, au sujet de  l’emprisonnement de  vingt trois journalistes turcs  mais nous ne trouvons pas d’un mot, ni  sur leur Site, ni dans la presse de leur parti politique turc, ni dans les journaux  turcs  une interprétation  relative  à l’interdiction  du Livre de notre poétesse et écrivain kurde EVIN CICEK ou d’autre forme d’expression de nos journalistes tués. Alors que  dans notre article sur l’assassinat de notre frère Hrand DINK  nous avons consacré une étude approfondie sur  la liberté d’expression qui n’est pas d’autre chose que  le droit à l’autodétermination de la nation kurde. La question qui se pose, est savoir est ce la classe ouvrière de Turquie  a entamé une minute de grève  générale  pour le droit l’autodétermination de la nation kurde ou pour la reconnaissance  des droits  fondamentaux de notre du Peuple du Kurdistan ? Quelle était sa politique   lors de l’occupation colonialiste et militaire du Chypre  par l’armée fasciste turque le 16 août 1974 ? Pourquoi  la Confédération DISK avec TOB DER ont forcé  les travailleurs et les travailleuses, les enseignants  de verser  le salaire d’une journée pour les  fonds  de la guerre d’occupation ? Parmi les salaries de l’Usine Pharmacologie d’ Ibrahim Ethem, Mle  Sevgi Odabas-Omeroglu, avait refusé de verser  son salaire pour les  fonds de la  guerre contre le Chypre et elle a été licenciée avec des milliers  des travailleuses et  son père Ibrahim Omeroglu avait coupé la production militaire dans le Chantier Naval  de Taskizak où travailler 3800 ouvriers dont plus de 1000 ouvriers étaient des Kurdes qui ont fondé le Syndicat ASTER IS  contre le Syndicat HARB IS dirigé par la police politique et militaire turque. Les ouvriers d’ASTER IS  ont obtenu  la majorité écrasante de vote  lors du referendum ouvrier malgré que le patronat  été composé par le Ministère de la Défense et le commandement de la Gendarmerie  malgré  que le patronat militaire  avait  augmenté les salaires 75% ,mais  les ouvriers ont choisi le Syndicat révolutionnaire ASTER IS.(Syndicat des travailleurs du Chantier Naval)

 

Lors de la réunion de TOB DER à Akasaray à Constantinople, en septembre 1974, présidé par le Président Général    Mr Gazioglu en présence du vice président Mustafa Duzgun  et Omer  je les ai posé la questions suivante « Monsieur, nous sommes contre la guerre déclarée par la Turquie contre  la République  Chypriote,  c’est une guerre de l’occupation,injuste, une guerre  colonialiste  et impérialiste , au nom de quoi la Confédération de la DISK et  vous le Président Général    TOB DER  vous avez forcé  les ouvriers et les enseignants pour qu’ils versent  le salaire  d’une journée au profit de  la guerre impérialiste ? Ne pensez pas que  c’est un crimes contre l’humanité, ce sont des crimes de guerre  comment vous pouvez être d’accord avec cette politique  de la guerre impérialiste, alors vous étiez candidat soutenu du Parti Socialiste  Unifie  soutenu par le Parti Communiste de Turquie ?», « C’est notre politique » m’ répondu Mr Gazioglu « si  tu n’es pas d’accord avec nous alors tu peux quitter notre organisation.»

 

 C’est ainsi la réunion est  terminée et j’ai porte plainte contre le Ministère de l’Education nationale  de Turquie  pour obtenir mon salaire de  journée qui a été versé à l’armée et je n’ai en obtenu. Puis, le président de la DISK  Kemal Turkler  a été tué par le neo-nazis turcs, malgré qu’il a soutenu la guerre contre la Chypre avec les fascistes  et Mr  Gazioglu a pris la fuite après la prise  du pouvoir par la junte fasciste militaire. C’ est pourquoi, je pense que  le cas de Franz Fanon et de celui de l’avocat kurde  Maître Ibrahim Guclu, pourra  expliquer ce rapport entre les intellectuels  du pays colonisateur et de ceux du pays  colonisé dans le cas  de Turquie  colonialiste et le Kurdistan colonisé.

 

   Je pense que  l'exercice de la liberté d'expression est une partie intégrale de tous les mouvements de résistance contre les pratiques oppressives.De ce point de vue je comprends l’attitude de la direction de PEN KURD. Je suis convaincu  que le droit à la liberté d'expression est un droit fondamental et la Commission des droits de l'homme doit permettre et encourager l'accès de tous à ce droit. Déjà  le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l'Homme (HCNUDH) a préparé de nombreuses résolutions qui guident davantage les gouvernements dans le respect, la protection et la promotion de la liberté d'expression de leurs citoyens et citoyennes. Dans la Résolution 2003/42, le HCNUDH examine les attaques contre la liberté d'opinion et d'expression des institutions des médias et des professionnels et professionnelles de l'information" Mais en pratique  ces  résolutions ne sont pas respectés par  les Etats  plus particulièrement par l’Etat  colonialiste turc.

                   Dans un premier temps, nous  étudierons  le premier rapport entre le Dr Franz Fanon  et Maître Ibrahim Guclu  qui est  un rapport  historique pour déterminer les relations entre les faits concernant le processus de colonisation. Dans un deuxième temps  nous élaborons le choix éthique des deux intellectuels, Fanon   avait de nationalité française comme   Sartre  expliquait il   pouvait vivre comme un bourgeois dans le métropole colonial, mais après avoir participe à la lutte pour la libération de la France  qui l’a été  expulse par un arrêt  lors de son retour à Paris, Fanon en tant que fils d’un esclave a préfère de rester avec  les opprimes du monde.Quand au kurde  Ibrahim Guclu  il avait aussi de nationalité suédoise,en tant que kurde , il pouvait   vivre en Suède comme un bourgeois , mais il a préfère de rentrer au Kurdistan Nord  et rester avec ses frères opprimes et de prendre leurs défense contre la politique colonialiste de Turquie ,d’Iran et de la Syrie et contre lui-même  plus 20 procès  ont été entames par les autorités colonialistes turques.

 

I.MAITRE IBRAHIM GÜÇLÜ

 

              Le 9 Mai 2007 Maître Ibrahim Guclu sera juge, dans deux procès, en total plus de 30 procès  ont été entamés contre lui . D’abord qui est Ibrahim Guclu ? Pour quelle raison l’Etat de la République de Turquie vise sa personnalité ?

 

            J’ai fait la connaissance  d’Ibrahim Guclu  dans la prison militaire de Diyarbakir en mai 1973.Il était  dans la même commune politique avec  Avocat  Mumtaz Kotan. Ses pratiques et ses approches  humaines  attiraient l’attention de tous les détenus politique et sa solidarité  humaine et  son engagement pour la défense du droit  à l’autodétermination  de la nation kurde, Était  irremplaçable. Maître  Ibrahim Guclu fait partie des  Kurdes déportés vers Anatolie centrale.En janvier 1917 sur l’ordre de Mustafa Kemal 400.000 Kurdes ont été déportés. Dans l’article en kirmancki sur le Général Mele Mustafa Barzani  j’ai donné les statistiques.Je pense que l’une  des origines de la sensibilité du Maître Ibrahim Guclu vient de ce problème. Juriste kurde de nationalité suédoise, il a préfère  de rentrer au Kurdistan, avant d’ y aller  nous sommes rencontres à Paris.  Lors qu’il a dénoncé  le mai 2006 avec  Zeyer Abidin Ozalp  le déploiement  par l’armée turque  importants  forces a sa frontière  avec l’Irak  pour contrer le PKK , Le document  affirmait que  ce vaste  déploiement  militaire était contre le peuple kurde. Selon le Journal Arménien   "Nouvelles d’Arménie en date du 6 juin 2006 " Ibrahim Güçlü et Zeynel Abidin Özalp risquent jusqu’à trois ans de prison chacun aux termes de l’acte d’accusation élaboré par le procureur de Diyarbakir (..) Les faits reprochés aux deux hommes figurent dans une déclaration de presse publiée le 2 mai qui dénonçait le déploiement par l’armée turque d’importantes forces à sa frontière avec l’Irak " Finalement ils ont été arrêtes et accuses par le  Tribunal de Diyarbakir. Son attachement à la  cause kurde  m’a  fait la référence  de Franz Fanon.

 

              Dans un nouveau rapport, Human Rights Watch évalue les activités de surveillance des comités provinciaux de défense de droits de l’homme. Les informations recueillies au cours d’entretiens avec des médecins, des avocats et des représentants du gouvernement montrent que des progrès ont été réalisés, mais que des problèmes demeurent.  Au fond, Sur le papier, la Turquie doit faire des progrès importants, notamment sur la liberté d’expression, pour se rapprocher de l’Union européenne. Mais sur le terrain, cette liberté diminue chaque jour. Le 12 février, de l’éditeur d’un ouvrage du penseur et linguiste américain Noam Chomsky de comparaître devant la justice turque. Pour le soutenir et provoquer le débat, Chomsky etait à Istanbul avant de faire une visite à Diyarbakir, au Kurdistan. Une quinzaine d’intellectuels américains, canadiens, britanniques, mexicains et Israéliens l’accompagnent. Plusieurs parlementaires européens devraient également faire le déplacement.

 

          Selon Ibrahim GÜÇLÜ, < ce n’est pas seulement  pendant de la période  de la junte  militaire, mais aussi  dans la vie civile normale, les doits et les libertés fondamentaux  ont été bafouees.La Turquie  avec son système oligarchique et dictatorial supprime la liberté d’expression. Avec les pratiques et les applications  de l’artiche 301 du Code Pénal, la Turquie en tant que pays candidate à l’union  européenne, représente  une situation assez tragique et ridicule. >> Nous pensons que  Maître Guclu essaie d’expliquer le contenu des articles qui ont été mis en en application  et il craint désormais que les termes vagues et généraux de l’article 301 lui permettent lui aussi d’être appliqué de manière arbitraire pour ériger en infraction de nombreuses opinions critiques. Cet article stipule :


«1. Le dénigrement public de l’identité turque, de la République ou de la Grande Assemblée nationale turque sera puni de six mois à trois ans d’emprisonnement.
2. Le dénigrement public du gouvernement de la République de Turquie, des institutions judiciaires de l’Etat, des structures militaires ou sécuritaires, sera puni de six mois à deux ans d’emprisonnement.


3. Dans les cas où le dénigrement de l’identité turque sera commis par un citoyen turc dans un autre pays, la peine sera accrue d’un tiers.
4. L’expression d’une pensée à visée critique ne constitue pas un délit.»

 

     Ces dernières années les procédures entamées par l’Etat Turc à l’ encontre Maître  Ibrahim Guclu  caractérise  la situation suivante.

 

      1. La Cour de Sûreté  d’Etat  N °1  d’Adana  a entamé une procédure à mon rencontre en vertu de l’article 8 de la Loi N° 3713  en raison de la Conférence de Presse que j’ai tenu  en date du 02 01-2002 à Adana  d’avoir parle  de la question kurde et arménienne  et j’ai été condamné et purgé  pendant quatre mois  dans la prison  d’Ankara à partir du 29-03-2002   et j’ai et mis en liberté en raison de l’abrogation de  l’article 8.

 

     II- J’ai été arrêté avec les deux mes camarades le 23-01-2002 par la Cour de Sûreté  d’Etat  N °1  d’Ankara interrogé  pendant quatre jours et quatre nuits et mes déclarations ont été enregistrées sur  une vidéo cassette  et j’ai été enfermé seul   dans  cellule ténébreuse, puis elle a entamé une procédure en date du 27-01-2002  à mon rencontre en vertu de l’article 7 de la Loi N° 3713

 

 

     III. Lors des élections générales  en 2002, Mr Melik Firat s’est présenté aux élections en tant que  candidat indépendant. J’ai aussi participé à la campagne pour les élections. En raison de mon discours en langue kurde à Hazro,  j’ai été accusé d’avoir violé  la loi relative aux élections .C’est la raison pour laquelle j’ai été mis en garde-à-vue. Le Tribunal de Grande Instance a entamé une procédure  en vertu de l’article 58  de la loi N° 298 et j’ai été condamné à cinq mois de peine de prison pour avoir parlé le kurde. Cette condamnation a été transformée en amende pécuniaire et la décision a été reportée à une date ultérieure.

 

   I V. En raison de mon discours  prononcé le 27-09-2003 lors du Congrès  de Van du Parti des Droits  de l’Homme et des Libertés (HAK-PAR), une nouvelle procédure a été entamée à non encontre en vertu de l’article 312/2 de l’ancien Code Pénal Turc et de l’article 216 du nouveau Code Pénal Turc. Bayram BOZYEL et moi avons été condamnés à six mois de prison ferme pour « avoir provoqué délibérément le peuple à la haine ». Cette peine a été commuée en interdiction de participer et de prononcer des discours lors de réunions publiques. Ce fut un procès exemple à plus d’égards. Cela veut dire que le Tribunal a restreint notre liberté d’opinion et d’expression, de participer à des manifestations et des réunions, notre liberté d’association. Nous avons fait appel auprès de la Cour de Cassation.

 

     V. Le Tribunal de Grande Instance N° 2 de Mardin, a engagé des poursuites à mon encontre en raison de mon discours prononcé en kurde lors du Congrès Général de HAK-PAR à Mardin, en violation de l’article 81/C de la Loi relative aux partis politiques. Date de « l’infraction » : 12.10.2003.

 

 

     VI Je suis poursuivi avec treize autres membres du Conseil d’Administration du Parti HAK-PAR pour avoir prononcé un discours en kurde lors du Premier Congrès Général du HAK-PAR et avoir ainsi violé la Loi relative aux partis politiques. Le procès est actuellement en cours auprès du Tribunal de Grande Instance n°3 d’Ankara. Ce procès est similaire au procès de Hazro à la suite duquel j’ai été condamné.

 

     Ce procès collectif « HAK-PAR » a pris fin avec la séance qui s’est tenue le 14.02.2007. Lors de cette séance, A. Melik Firat, Resit Deli, Kasim Ergün, Semir Güzel, et moi-même avons été condamnés à une peine d’un an de prison ferme. La peine de A. Melik Firat a été commuée à une amende de 30 milliards de livres. 8 de nos amis ont été condamnés à une peine de 6 mois de prison, et leurs peines ont été commuées en une amende de 2 milliards de livres turcs.

 

 

     VII. Les intellectuels kurdes de France et d’Allemagne ont fait paraître dans les journaux une déclaration intitulée « Que veulent les Kurdes en Turquie ? » J’ai aussi signé cette déclaration et nous avons organisé une campagne qui a permis de recueillir 270 signatures. Lors de la conférence de presse organisée à la Rue de l’Art à Diyarbakir, j’ai prononcé un discours et une information judiciaire a été ouverte à mon encontre pour avoir «  fait de la propagande contre l’indivisibilité de l’Etat ». Cette information judiciaire menée par le Procureur de la République Süleyman KARACA qui, dans son réquisitoire comportant des références exemplaires à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et aux décisions rendues par le Tribunal Européen des Droits de l’Homme, reprenant le principe de la liberté d’expression pour toutes les opinions, y compris mêmes les plus choquantes, aboutit à la conclusion de non poursuite à mon égard.

 

 

       VIII. Le 03.04.2005, KURD-DER a organisé une conférence sur la République de Mehabad et ses leaders exécutés, conférence qui s’est tenue à la Salle de Conférence de la Mairie de Baglar. A l’issue de celle-ci, aucune poursuite judiciaire n’a été engagée à l’encontre des organisateurs et des intervenants de cette conférence. Cependant, en tant que porte-paroles de l’association, Seyhmus AKYOL, moi-même et le Président de la Section de      Diyarbakir de HAK-PAR Halis NEZAN , sommes poursuivis conformément à l’article 216 du Code Pénal Turc , pour « avoir provoqué délibérément le peuple à la haine ». Le procès se poursuit au Tribunal de Grande Instance n°7 de Diyarbakir.

 

 

       IX. Le 04.05.2005, j’ai participé à un forum organisé par la chaîne d’informations locales de Diyarbakir CAN TV. Je suis poursuivi , conformément à l’article 216 du Code Pénal Turc, pour avoir exprimé mes opinions sur le drapeau turc, sur la formation de l’Etat Turc, sur la question kurde, mes propositions de solutions pour la question kurde, et mes critiques quant à l’approche de l’Etat turc à cette question. Le procès se poursuit actuellement au Tribunal de Grande Instance n°6 de Diyarbakir.

 

 

X. KÜRD-DER avait organisé une commémoration devant la Mosquée Ulucami de Diyarbakir. Il s’agissait de se souvenir du chef rebelle kurde Sikh Saïd Efendi et de ses amis de combat, pendus sur ce même lieu. J’ai prononcé un discours lors de ce rassemblement et je suis poursuivi pour « avoir fait l’éloge d’un délit ou d’une personne du fait d’un délit » conformément à l’article 215 du Code Pénal Turc ;

 

 Lors De la séance qui s’est tenue le 13 Février 2007, le Tribunal a rajouté des éléments aggravant l’intitulé de l’accusation. Il s’est prononcé pour un jugement conformément à l’article 216 du Code Pénal Turc. Le procès se poursuit.

 

 

              XI. Le     02.08.2005 , j’ai prononcé un discours lors du rassemblement organisé par KÜRD-DER en souvenir des 33 villageois kurdes assassinés en 1943. Dans mon discours, qui s’adressait à la presse turques et kurde, j’ai qualifié l’Etat turc de colonialiste et une information judiciaire a été ouverte en violation de l’article 301 du Code Pénal Turc. Le procès se poursuit au Tribunal de Grande Instance n°  5 de Diyarbakir. Dans son réquisitoire, le Procureur de la République demande l’application de sanctions prévues pour la violation des articles 216 (Incitation à la haine) et 301. Pour les mêmes procédures, les juges  appliquent soit l’article 216 soit l’article 301. Par conséquent, la suppression de l’article 301 du Code Pénal ne règlera pas le problème et les obstacles sur la liberté d’opinion et d’expression vont persister.

 

             Cette liste des procédures est assez longue, mais Maître  GÜÇLÜ est accusé à cause de son prononcé le 03-07-2005, en vertu de l’article 216 du Code Pénal Turc, par la Cour d’Assises de Diyarbakir et en raison de sa participation  à la réunion des intellectuels  en date du 04-05-2005, il a  fait signé une pétition exigeant  que « je suis kurde, je fais partie  de la nation kurde  et je revendique mes droits nationaux» en date du 19-09-2005, en raison de ces activités pacifiques  il a fait l’objet  d’une procédure  en vertu des articles ,301/1,217,218 du Code Pénal Turc. Au font ce qui est visé c’est la liberté d’expression du Maître GÜÇLÜ. Il est évident que  lorsque  Ibrahim Guclu  a signé avec les intellectuels Kurdes  un communique qui été publié  par le Journal le Monde le 10 Octobre 2004, qu’il était le vice président d’un  Parti Légal  c’était le point du départ  des attaques de l’Etat colonialiste turc à son rencontre. Dans la   déclaration signée par Maître Güçlü,  nous constatons que << Les Kurdes qui selon le rapport d’octobre 2004 de la Commission européenne sont de 15 à 20 millions en Turquie forment environ le quart de la population de ce pays.

Comme toute communauté humaine historiquement constituée, ils ont le droit de vivre dans la dignité sur la terre de leurs ancêtres, de préserver leur identité, leur culture, leur langue et de les transmettre librement à leurs enfants.

Victimes de grandes injustices tout au long du XXème siècle, ils placent leurs espoirs d’un avenir meilleur dans le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne qu’ils perçoivent avant tout comme un espace multiculturel de paix, de démocratie et de pluralisme. Pour intégrer cette famille de démocraties, la Turquie doit elle même devenir une démocratie véritable, respectueuse de sa diversité culturelle et du pluralisme politique. Elle doit notamment garantir à ses citoyens kurdes des droits comparables à ceux dont bénéficient Basques, Catalans, Ecossais, Lapons, Sud-tyroliens ou Wallons dans les pays démocratiques d’Europe ou à ceux qu’elle réclame elle-même pour les Turcs de Chypre.

Une politique de deux poids deux mesures ne saurait être tolérée par la conscience publique et elle finirait par saper le crédit moral de l’Union européenne et assombrir l’image du régime turc auprès de l’opinion européenne.

Le processus européen offre aux Turcs et aux Kurdes des perspectives nouvelles et prometteuses et leur donne l’opportunité de se réconcilier sur la base d’un règlement pacifique de la question kurde dans le respect des frontières existantes. Cette chance doit être appréciée à sa juste valeur.

Les soussignés, qui représentent la société kurde dans sa diversité politique et culturelle, considèrent qu’un tel règlement nécessite notamment :

  • - une Constitution nouvelle et démocratique, reconnaissant l’existence du peuple kurde, lui garantissant le droit de disposer d’un système d’enseignement public et des média dans sa langue ainsi que le droit de fonder des associations, des institutions et des partis destinés à concourir à la libre expression de sa culture et des aspirations politiques;
  • - une amnistie politique générale afin d’instaurer un climat de confiance et de réconciliation et de tourner définitivement la page de violences et de conflits armés ;
  • - mise en œuvre avec le soutien de l’Europe d’un vaste programme de développement économique de la région kurde comprenant en particulier la reconstruction de plus de 3 400 villages kurdes détruits dans les années 1990 et des mesures incitatives pour le retour à leurs foyers des trois millions de déplacés kurdes.

        Nous demandons aux autorités turques et aux dirigeants européens de rendre justice aux Kurdes en Turquie en faisant droit à leurs revendications légitimes pour assurer la paix et la stabilité régionales et de considérer la satisfaction de ces revendications comme un critère essentiel pour mesurer les progrès de la Turquie sur le chemin de son adhésion à l’Union européenne." Depuis  de cette date  au Kurdistan  rien a changé. « Les visites des comités des droits de l’homme dans les postes de police peuvent être un outil efficace pour aider la Turquie à éliminer la pratique de la torture », a affirmé Holly Cartner, Directrice de la division Europe et Asie Centrale à Human Rights Watch. « Même si d’importantes garanties de protection existent officiellement, les détenus continuent à être torturés ou maltraités. Que des organismes indépendants de surveillance effectuent régulièrement des visites à l’improviste peut contribuer à mettre ces garanties de protection en pratique. »

     Alors dans ces conditions, en quoi consistent la liberté d’expression  et l’emprisonnement des Journalistes  au Kurdistan  Nord ou les journalistes turcs ? 1er décembre 2005  dans la déclaration publique  Amnesty International "l’article 301 relatif au dénigrement de l’identité turque, de la République, et des fondements et institutions de l’État, a été introduit dans le cadre des réformes législatives du 1er juin 2005, en remplacement de l’article 159 de l’ancien code pénal. Amnesty International s’est opposée à plusieurs reprises à l’usage de l’article 159 pour poursuivre des opinions critiques non violentes, et a demandé aux autorités turques d’abolir cet article.Amnesty International craint désormais que les termes vagues et généraux de l’article 301 lui permettent lui aussi d’être appliqué de manière arbitraire pour ériger en infraction de nombreuses opinions critiques. Amnesty International estime que l’article 301 constitue une menace directe pour la liberté d’expression, reconnue dans l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) qui stipule

 

         < 1. Nul ne peut être inquiété pour ses opinions.

              2. Toute personne a droit à la liberté d'expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix.>

 

 Et à l’article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de

L’homme et des libertés fondamentales qui stipule <

 

                  Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de  recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n'empêche pas les Etats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations.

 

 Selon l’Amnesty International  la Turquie est État partie à ces deux conventions ; le gouvernement turc se trouve donc dans l’obligation juridique de respecter la liberté d’expression." Mais Amnesty  International a oublie   de citer l’article 1,2,3 du PDCP selon lesquels

 

< 1- Tous les peuples ont le droit de disposer d'eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.

 

2. Pour atteindre leurs fins, tous les peuples peuvent disposer librement de leurs richesses et de leurs ressources naturelles, sans préjudice des obligations qui découlent de la coopération économique internationale, fondée sur le principe de l'intérêt mutuel, et du droit international. En aucun cas, un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance.

3. Les Etats parties au présent Pacte, y compris ceux qui ont la responsabilité d'administrer des territoires non autonomes et des territoires sous tutelle, sont tenus de faciliter la réalisation du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, et de respecter ce droit, conformément aux dispositions de la Charte des Nations Unies. »

              Nous  considérons que La Turquie,  est un Etat colonialiste. Pendant plus de dix  siècles, elle a participé activement au génocide des arméniens, grecs, assyro chaldéens et des Kurdes et à la déportation des populations de ces peuples   Au prix de terribles génocides, les forces coloniales turques  ont imposé leur joug sur des  peuples dont elles ont spolié les richesses, détruit les cultures, ruiné les traditions, nié l’histoire, effacé la mémoire. Les peuples du Moyen Orient  chair à canon pendant les deux guerres mondiales, restent victimes d’une scandaleuse inégalité de traitement.

              La Turquie  reste un Etat colonialiste ! Au Kurdistan  en Arménie Occidentale   règnent répression et mépris du suffrage universel. Les enfants de ces colonies sont, en Turquie, relégués au statut d’immigrés, continue de mener une politique de domination. Une part énorme des richesses locales est aspirée par l’ancienne métropole et le capital international. Son armée se conduit au Kurdistan Sud comme en pays conquis.

             Le traitement des populations issues de la colonisation prolonge, sans s’y réduire, la politique coloniale  turque Non seulement le principe de l’égalité devant la loi n’est pas respecté mais la loi elle-même n’est pas toujours égale (double peine.). La gangrène coloniale turque  s’empare des esprits L’exacerbation des conflits dans le monde, en particulier au Moyen-Orient

             La décolonisation de la République turque reste à l’ordre du jour ! La lutte anti-coloniale est indissociable du combat pour l’égalité sociale, la justice et pour le droit à l’autodétermination de la nation kurde. C’est à partir de cette perspective que  nous  voulons élaborer les rapports entre la lutte du Maître  Ibrahim GÜÇLÜ  et le Docteur FRANZ FANON

 

II.Dr FRANZ FANON

Né en Martinique, en 1925, Frantz Fanon meurt à Washington, en 1961, à l’âge de 36 ans, des suites d’une leucémie. Sa vie fut courte mais pleine d’idées, de sorte qu’à sa mort, le mythe était déjà en construction. L’homme est de tous les combats : en 1943, il quitte la Martinique et s’engage dans les Forces Françaises Libres contre l’Allemagne nazie, avant de se rendre compte que le Français moyen n’en a rien à faire de sa propre libération. Quelques années plus tard, il rejoindra la branche la plus radicale du F.L.N algérien dans sa lutte pour l’ indépendance.Fanon est dans une logique simple : s’il se doit d’apporter sa contribution à la France occupée par la tyrannie nazie, il se doit au même principe quand la France oppresse un peuple qui désire s’émanciper de sa tutelle.

Durant sa courte vie, le révolutionnaire martiniquais marqua de son empreinte des générations entières d’intellectuels anticolonialistes, d’acteurs de la contestation noire aux USA et d’activistes d’extrême gauche grâce à des ouvrages comme Les damnés de la terre, L’an V de la Révolution algérienne, Pour la révolution africaine. Nous nous attarderons ici sur Peau noire, masques blancs, publié en 1952.

Pendant la Seconde Guerre mondiale il rejoint les forces françaises libres puis s'engage dans l'armée régulière après le ralliement des Antilles françaises au Général de Gaulle. Il combat avec l'armée française du général de Lattre et est blessé dans les Vosges. Après son retour en Martinique où il passe le baccalauréat il revient en France métropolitaine et poursuit ensuite des études en Médecine, tout en suivant les leçons de philosophie et de psychologie à l'Université de Lyon (entre autres, les cours de Merleau-Ponty. Dès le début de la guerre de libération il s'engage auprès de la résistance algérienne et a des contacts avec certains officiers de l'ALN (Armée de libération nationale) et avec la direction politique du FLN.

 

            Franz Fanon. Médecin écrivain, combattant anti-colonialiste, Franz Fanon a marqué le XXe siècle par sa pensée et son action, en dépit d'une vie brève frappée par la maladie qui a choisit  son camp, celui des colonisés et des peuples opprimés. Il remet sa démission de son poste à l'hôpital et rejoint le Front de Libération Nationale (FLN) en Algérie.  Il eut d'importantes responsabilités au sein du FLN. Membre de la rédaction de son organe central, "El Moudjahid", il fut chargé de mission auprès de plusieurs états d'Afrique noire puis ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) au Ghana. Il échappa à plusieurs attentats au Maroc et en Italie. Jusqu'à sa mort, Franz Fanon s'est donné sans limites à la cause des peuples opprimés.   La dialectique hégélienne du maître et de l’esclave (telle qu’interprétée par Kojève dans ses cours à l’École des Hautes Études entre 1933 et 1939) est le cadre dans lequel Fanon ne cessera de s’inscrire de Peau Noire, masques blancs jusqu’aux Damnés de la terre. Dans le premier de ces deux ouvrages, il insiste sur la nécessité pour le Noir colonisé d’une lutte ouverte pour la reconnaissance que l’abolition de l’esclavage n’a fait que rendre plus improbable : « Un jour le Maître Blanc a reconnu sans lutte le nègre esclave (…) Le Blanc est un maître qui a permis à ses esclaves de manger à sa table ». Outre le fait que le Noir n’a pas été sujet de sa libération, il s’est vu conféré, dit Fanon, une liberté purement abstraite, non pas une liberté effective mais une idée de la liberté qui est peut-être la condition de possibilité de l’assujettissement colonial. Le Noir est une personne (Hegel), un esclave émancipé (Marx), il n’a pas encore été reconnu comme homme. C’est pourquoi il demeure fixé dans son être pour l’autre, cet autre, le Blanc, dans lequel « se condense le sens de sa vie ». Plus encore, le Noir n’est pas seulement pour le Blanc, il est, dans le monde colonial, construit en sa nature par lui : s’inspirant des réflexions sartriennes sur la question juive (« c’est l’antisémite qui fait le juif »), Fanon écrit que c’est le Blanc qui par ses gestes, attitudes, regards, fixe le Noir « dans le sens où l’on fixe une préparation par un colorant ». C’est en ce sens qu’il déclare devoir abandonner l’ontologie hégélienne parce qu’elle ne saurait expliquer ce qu’on peut appeler l’être par l’autre du Noir, sa surdétermination extérieure ; elle ne saurait rendre compte de l’impureté, de la tare introduite par le Blanc dans la weltanschauung du colonisé. Il devient impossible de penser l’être du Noir « car le Noir n’a plus à être noir, mais à l’être en face du blanc ». La réflexion ne peut plus alors porter que sur l’existence. C’est ici que Fanon rejoint l’existentialisme de Sartre. Mais si en un sens ce dernier fournit des clés à la compréhension de la situation existentielle du Noir colonisé, en un autre sens, il rend impossible tout dépassement de cette situation. D’une part, affirmant que le soi-disant « problème juif » est « notre problème », Sartre avance l’idée, intolérable pour Fanon, que le Juif ne peut rien à sa propre libération à l’égard de l’antisémitisme. Sartre pose une extériorité de la liberté qui, rappelant étrangement le moment de l’abolition, interdit toute forme de lutte.

 

           En 1948 Sartre affirmait que  «Le Noir, comme le travailleur blanc, est victime de la structure capitaliste de notre société… Mais, si l’oppression est une, elle se circonstancie selon l’histoire et les conditions géographiques. Le Noir en est la victime, en tant que Noir, à titre d’indigène colonial ou d’Africain déporté. Et puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience… (Contrairement au Juif, blanc parmi les blancs) le nègre ne peut nier qu’il soit nègre ni réclamer cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il réclame le mot « nègre » qu’on lui a jeté comme une pierre, il se revendique comme noir, en face du blanc, dans la fierté (Sartre, Orphée noir, 1948). »

 

        Dans la préface du livre de Fanon Sartre dit «  (…) Européens, ouvrez ce livre, entrez-y. Après quelques pas dans la nuit vous verrez des étrangers réunis autour d’un feu, approchez, écoutez: ils discutent du sort qu’ils réservent à vos comptoirs, aux mercenaires qui les défendent. Ils vous verront peut-être, mais continueront de parler entre eux, sans même baisser la voix. Cette indifférence frappe au cœur: les pères, créatures de l’ombre, vos créatures, c’étaient des âmes mortes, vous leur dispensiez la lumière, ils ne s’adressaient qu’à vous, et vous ne preniez pas la peine de répondre à ces zombies. Les fils vous ignorent: un feu les éclaire et les réchauffe, qui n’est pas le vôtre. Vous, à distance respectueuse, vous vous sentirez furtifs, nocturnes, transis: chacun son tour; dans ces ténèbres d’où va surgir une autre aurore, les zombies, c’est vous. (…) La violence coloniale ne se donne pas seulement le but de tenir en respect ces hommes asservis, elle cherche à les déshumaniser. Rien ne sera ménagé pour liquider leurs traditions, pour substituer nos langues aux leurs, pour détruire leur culture sans leur donner la nôtre; on les abrutira de fatigue. Dénourris, malades, s’ils résistent encore la peur terminera le job: on braque sur le paysan des fusils; viennent des civils qui s’installent sur sa terre et le contraignent par la cravache à la cultiver pour eux. S’il résiste, les soldats tirent, c’est un homme mort; s’il cède, il se dégrade, ce n’est plus un homme; la honte et la crainte vont fissurer son caractère, désintégrer sa personne. L’affaire est menée tambour battant, par des experts: ce n’est pas d’aujourd’hui que datent les «services psychologiques». Ni le lavage de cerveau. Et pourtant, malgré tant d’efforts, le but n’est atteint nulle part: au Congo, où l’on coupait les mains des nègres, pas plus qu’en Angola où, tout récemment, on trouait les lèvres des mécontents pour les fermer par des cadenas. Et je ne prétends pas qu’il soit impossible de changer un homme en bête: je dis qu’on n’y parvient pas sans l’affaiblir considérablement; les coups ne suffisent jamais, il faut forcer sur la dénutrition. C’est l’ennui, avec la servitude: quand on domestique un membre de notre espèce, on diminue son rendement et, si peu qu’on lui donne, un homme de basse-cour finit par coûter plus qu’il ne rapporte. Par cette raison les colons sont obligés d’arrêter le dressage à la mi-temps: le résultat, ni homme ni bête, c’est l’indigène. Battu, sous-alimenté, malade, apeuré, mais jusqu’à un certain point seulement, il a, jaune, noir ou blanc, toujours les mêmes traits de caractères: c’est un paresseux, sournois et voleur, qui vit de rien et ne connaît que la forces (…) Terrifiées, oui: en ce nouveau moment, l’agression coloniale s’intériorise en Terreur chez les colonisés. Par là, je n’entends pas seulement la crainte qu’ils éprouvent devant nos inépuisables moyens de répression mais aussi celle que leur inspire leur propre fureur. Ils sont coincés entre nos larmes qui les visent et ces effrayantes pulsions, ces désirs de meurtre qui montent du fond des cœurs et qu’ils ne reconnaissent pas toujours: car ce n’est pas d’abord leur violence, c’est la nôtre, retournée, qui grandit et les déchire; et le premier mouvement de ces opprimés est d’enfouir profondément cette inavouable colère que leur morale et la nôtre réprouvent et qui n’est pourtant que le dernier réduit de leur humanité. Lisez Fanon: vous saurez que, dans le temps de leur impuissance, la folie meurtrière est l’inconscient collectif des colonisés. (…) Cette violence irrépressible, [Fanon] le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment: c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité nous l’avons sue je crois, et nous l’avons oubliée: les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera: c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes.» Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales. Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible; cela veut dire: s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale. (…) Ce livre n’avait nul besoin d’une préface. D’autant moins qu’il ne s’adresse pas à nous. J’en ai fait une, cependant, pour mener jusqu’au bout la dialectique: nous aussi, gens de l’Europe, on nous décolonise: cela veut dire qu’on extirpe par une opération sanglante le colon qui est en chacun de nous. Regardons-nous, si nous en avons le courage, et voyons ce qu’il advient de nous.  (Jean-Paul Sartre septembre 1961, Extraits de la Préface au Damnés de la terre, de Frantz Fanon, Paris, Éditions Maspero, 1961)

              En réalité, la mise à distance de la pensée sartrienne a lieu dans Peau noire, masques blancs, non pas uniquement lorsqu’il s’agit de penser les moyens de libération mais dès la position du problème de l’ « être par l’autre ». En effet, Fanon affirme que les réflexions que Sartre développe dans l’être et le néant sur l’être-pour-autrui sont fausses pour une conscience nègre car « le Blanc n’est pas seulement l’Autre mais le maître, réel ou imaginaire d’ailleurs ». Cette affirmation, qui est à nouveau le signe d’une profonde fidélité à Hegel, porte cependant en elle les germes d’une transformation essentielle, voire d’une subversion du processus dialectique. Fanon cite René Ménil évoquant « l’instauration dans la conscience des esclaves, à la place de l’esprit africain « refoulé », d’une instance représentative du Maître, instance instituée au tréfonds de la collectivité et qui doit la surveiller comme une garnison la ville conquise ». Or, il y a là une reprise presque littérale de la définition que Freud donnait du Surmoi dans Malaise dans la civilisation. L’autorité blanche est intériorisée, introjectée ; le Blanc se présente alors comme une nouvelle instance psychique du moi du colonisé, instance d’observation, de critique, de censure. Fanon, explicitant les relations entre antillais n’affirme pas autre chose lorsqu’il écrit qu’elles ne sont pas des relations à deux termes polarisées par le moi, mais qu’elles sont coiffées par un troisième terme, le Blanc en tant que fiction dirigeante. Or Freud, dans L’inquiétante étrangeté, affirmait que dans les cas pathologiques du désir de surveillance, il y a dissociation du moi par clivage. C’est une telle pathologie que Fanon détecte chez le Noir colonisé ; elle constitue même l’objet principal de ses réflexions dans Peau noire, masques blancs. C’est ce qu’on peut appeler le problème de la double conscience, en référence à la pensée de l’écrivain afro-américain W.E.B Du Bois avec laquelle la philosophie de Fanon présente des affinités remarquables. Fanon, décrivant l’imposition culturelle des valeurs blanches du colonisateur (la Blanche Justice, la Blanche Vérité, la Blanche Vierge), constate que le Noir en vient à posséder le même inconscient collectif que le Blanc. Or, dans cet inconscient, le Noir est le signe de toutes les « contre-valeurs », du pêché, du laid, du mal ; il est identifié à ce « croissant excessivement noir, où sommeillent les pulsions les plus immorales, les désirs moins avouables ». C’est ainsi que le Noir en vient à se dédoubler, à se désigner lui-même comme ce qu’il a à combattre, « après avoir été esclave du Blanc, il s’auto-esclavagise ». La haine du Noir ne saurait cependant suffire à un tel dédoublement. Ce dernier implique d’autre part (et simultanément) un processus d’identification aux « valeurs blanches » (que Fanon expose notamment dans sa relecture du stade du miroir de Lacan). Prenant notamment l’exemple des jeunes Antillais se délectant des aventures des héros blanc des histoires illustrées, Fanon pose qu’il y a une identification intégrale du Noir au Blanc : « le jeune Noir adopte subjectivement une attitude de Blanc ». C’est que le Blanc n’est pas seulement instance de censure, il est aussi celui qui est reconnu comme supérieur, il est le modèle auquel il faut ressembler, il joue le rôle d’idéal du moi. D’où ce désir de lactification, dont la romancière antillaise Mayotte Capécia est le symbole, un symbole d’aliénation en ce qu’il révèle que cette identification, qui se présente comme totale, ne peut jamais être « accomplie » dans la mesure où elle est toujours refusée (en même temps que prescrite) par le Blanc. Car le monde colonial est un monde manichéiste, traçant une frontière infranchissable entre Noir et Blanc, colonisateur et colonisé. C’est ce clivage social, matériel, qui est introjecté par le Noir, qui devient clivage du moi : « à partir du moment où le Noir accepte le clivage imposé par l’Européen, il n’a plus de répit. » Le Noir reconnaît et dénie simultanément son absence de blancheur (dans l’hallucination spéculaire, il se dit « sans couleur »). Il produit un substitut de réalité, un fétiche, qu’on peut nommer l’âme blanche (comme ensemble des comportements, attitudes, paroles, « propriétés de revêtement » du Blanc) et qui masque la différence raciale. Cependant, il ne faudrait pas penser que seul le colonisé soit conduit à un tel fétichisme ; l’aliénation dans le monde colonial est nécessairement aliénation réciproque (tout comme l’est la reconnaissance chez Hegel). Homi K. Bhabha, s’inspirant de Fanon, a ainsi dévoilé la nature de fétiche du stéréotype racial, celui-ci n’étant rien d’autre qu’un instrument permettant d’ « accueillir » la différence raciale et culturelle mais ceci qu’en tant qu’elle peut être résorbée dans du « déjà connu », c’est-à-dire déniée en tant que différence. Ce même auteur a de plus su tirer certaines conséquences de la pénétration de Fanon dans le « côté noir de l’homme », conséquences devant lesquelles le psychiatre martiniquais lui-même aurait reculées. Déjà Freud avait affirmé que le clivage du moi mettait profondément en question cette conception de la « synthèse du moi comme allant de soi ». De même Bhabha montre que les jeux de dédoublement ayant lieu dans le monde colonial rendent problématique l’idée d’une conscience de soi, rompant avec la dualité et se définissant, enfin, en son identité. Si comme l’affirme Fanon lui-même, le désir, dans la situation coloniale, se situe toujours en référence à la place qu’occupe l’Autre (le colonisé veut prendre la place du colon, rêve d’une « inversion des rôles »), si par conséquent ce désir inscrit toujours l’individu à au moins deux places à la fois, ne faut-il pas en conclure que l’assignation phénoménologique des places du maître et de l’esclave, leur fixation en une posture d’opposition ou de contradiction non équivoque, est impossible ? En ce sens, n’est-ce pas le souhait hégélien de Fanon d’une réconciliation ultime qui s’avère être une chimère ? Bhabha, dont il ne faut pas méconnaître qu’il conduit à ses extrémités la pensée de Fanon et la prolonge par la sienne propre plutôt qu’il ne l’interprète, oppose, à l’idée d’un dépassement de l’opposition ou du clivage, une stratégie de subversion, employée parfois par Fanon lui-même, et qui use du clivage comme d’une arme du colonisateur retournée contre celui-ci.

          Cette stratégie de subversion pourrait peut-être être illustrée par ce qu’on appellera la politique du corps de Fanon. La présence du maître blanc provoque une explosion du corps qui n’est pas sans rappeler, en l’inversant, « la crainte narcissique de la lésion du corps propre » qui chez Lacan commande la crainte du « Maître absolu » qu’est la mort. Clivage du moi et morcellement du corps sont indissociables, la tâche de Fanon se présentant alors comme une tentative de re-corporisation : « J’explosai. Voici les menus morceaux par un autre moi réunis ». C’est une tâche de reconstruction de l’image du corps qui doit faire face aux difficultés rencontrées dans le monde blanc par « l’homme de couleur (…) dans l’élaboration de son schéma corporel ». La dialectique, « hégélienne », du colonisateur et du colonisé, ne va pas sans cette dialectique effective qui « s’installe entre mon corps et le monde ». L’expérience vécue du Noir, dont l’explicitation occupe un chapitre entier de Peau noire, masques blancs, est un vécu corporel, une expérience du moi-corps. C’est ici que la rencontre chez Fanon entre existentialisme et psychanalyse se fait la plus fructueuse (le rôle de Merleau-Ponty, dont Fanon a suivi les cours à Lyon, demande ainsi à être étudié). Si le vécu corporel est si essentiel pour Fanon, c’est parce que dans la situation coloniale, le corps, en tant que peau et en tant que race, est littéralement l’opérateur ou l’instrument du clivage. Au schéma corporel se substitue ainsi un schéma épidermique racial ; la peau, cette enveloppe, cette limite du moi et du monde, du moi et des autres, devient, en raison de sa sensibilité et de sa visibilité, l’objet premier du racisme colonial. Fanon, loin de s’appuyer sur une dénégation, sur une revendication de l’absence de fondements des catégories et valeurs du racisme, loin donc de défendre une universalité, donnée a priori, de l’homme (l’universalité devenant chez lui tension, en un sens quasi-physique, vers l’universel) ou de participer à une nouvelle estimation de la valeur des cultures africaines (à la manière des penseurs de la Négritude), accepte de faire de la race et du moi-peau à la fois l’origine et l’enjeu même de son discours. C’est en ce sens qu’il y aura subversion du discours discriminatoire. Fanon, décrivant l’expérience vécue du Noir, qui n’est rien d’autre que la sienne propre, fait s’exprimer le corps : « les talons vigoureux contre le flanc du monde », « les artères du monde », « rougir de sang », etc. Il ne faut pas ignorer qu’ici, le psychiatre martiniquais retrace sa propre genèse et en ce sens, rend compte d’étapes ou de moments à présent dépassés. Il n’en reste pas moins que lorsqu’il écrit : « Je secrétais une race », race titubant sous le poids du rythme, élément ô combien corporel, il y a là la préfiguration de cette stratégie essentielle d’écriture consistant à user sans mesure des noms de races (le nègre, la conscience noire, etc.) pour contester, en les conduisant à leurs limites, les « propriétés » dites naturelles qui y sont fixées ; pour défaire, en en développant les formes, les effets du discours discriminatoire. Cette pensée du corps, Fanon la prolonge dans Les Damnés de la terre ; L’idée fanonienne d’une nécessité de la violence dans la lutte de libération du peuple algérien ne répond pas tant à une stratégie, qu’elle soit rationnelle ou irrationnelle, qu’elle suscite l’approbation ou la condamnation, qu’à une économie corporelle. Les violences et frustrations de tout ordre exercées par le colonisateur sur le colonisé sont l’origine d’une tension musculaire accumulée dont la décharge se présente comme une nécessité physiologique. S’il y a stratégie, elle concernera bien plutôt les modalités de cette décharge, l’enjeu devenant d’éviter l’autodestruction et de mobiliser la violence dans un rapport de forces, dans une lutte où seule elle peut s’exercer à profit en tant qu’elle se retourne contre sa source même. Nous terminons en citant les dernières paroles de Fanon dans Peau noire, masques blancs : « Mon ultime prière : O mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge ».

 

           D’autre part, dans son introduction à l’Anthologie de la poésie noire et malgache, il affirme que le mouvement de la Négritude est le temps faible, le moment nécessaire de la négativité dans une progression dialectique s’acheminant vers la synthèse ou réalisation de l’humain. Fanon y voit à nouveau une forme de dépossession de ses moyens d’action, l’inscription de cette dernière dans un mouvement dont le sens le précède et le détermine : ce n’est pas lui qui va « foutre le feu afin d’incendier ce monde, mais c’est le flambeau qui était là, attendant cette chance historique. » Fanon reproche à Sartre cet « hégélien-né », d’avoir oublié que « la conscience a besoin de se perdre dans la nuit de l’absolu ». Cet absolu, signe d’un retour à Hegel, c’est lui qui sera à l’œuvre dans Les Damnés de la terre, œuvre dans laquelle la lutte de libération nationale du peuple algérien, lutte nécessitant le recours à la violence, ne sera rien d’autre que cette lutte à mort pour la reconnaissance pensée par Hegel, et qui seule, pour Fanon, offre la perspective d’une conscience de soi authentique.

 

         Le sujet de sa thèse, "Essai pour la désaliénation du Noir", reflète ses propres interrogations : « quel peut être pour le Nègre un destin qui ne soit pas celui du Blanc ? Son travail se construit comme un essai anthropologique et psychologique, développant la perspective phénoménologique d’un "exister" du Nègre qui peut être autonome et distinct des valeurs posées comme universelles par les Blancs. La thèse est refusée, pour des raisons autant de fond que de forme. Frantz Fanon change alors de sujet et rédige une thèse insipide sur "un cas de dégénérescence spino-cérébelleuse ou maladie de Friedrich". »

« Il reprend ensuite le texte de sa thèse initiale, change son titre qui devient "Peau noire, masques blancs" et fait publier l’essai aux éditions du Seuil grâce au soutien de Francis Jeanson. C’est un texte dense, lapidaire, fait de courts énoncés dont chacun mériterait un long développement. » 

"Moi, l’homme de couleur, je ne veux qu’une chose : Que jamais l’instrument ne domine l’homme. Que cesse l’asservissement de l’homme par l’homme. C’est-à-dire de moi par un autre. Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme, où qu’il se trouve. […] Mon ultime prière : mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge !"

            En 1951, en même temps qu’il termine ses études de médecine, Fanon fait publier dans la revue Esprit un court essai intitulé "le syndrome Nord-Africain". « Il a probablement eu à rédiger des expertises sur des situations qui mettaient au premier plan l’expression somatique du mal-être de l’immigré maghrébin et les problèmes posés par sa sexualité. De cette expérience, il livre le constat d’une relation de soin où le médecin métropolitain reçoit le consultant maghrébin avec un préjugé racial. Franz Fanon  dit"La colonisation, dans son essence, se [présente] déjà comme une grande pourvoyeuse des hôpitaux psychiatriques […] Il y a donc dans [la] période de calme de colonisation réussie une régulière et importante pathologie mentale produite directement par l’oppression. ".

Fanon quitte Blida pour rejoindre Paris. Peu après, un arrêté d’expulsion est émis à son encontre. En décembre 1960, des examens de santé révèlent une leucémie. Il a encore beaucoup à dire mais il sait que le temps lui est désormais compté. Il dicte dans la hâte le livre qu’il avait en projet et qui s’intitulera Les damnés de la terre. Il y inclut un long chapitre sur les troubles mentaux liés aux guerres coloniales qui associent des observations de troubles mentaux chez les victimes de torture de la part des forces coloniales, comme des observations de troubles mentaux chez les personnels des forces de police qui commettent ces actes de barbarie.Cette situation est comparable avec la situation  la guerre coloniale au Kurdistan comme   Franz Fanon avait écrit dans une longue lettre à un ami : « … Nous ne sommes rien sur terre si nous ne sommes d’abord les esclaves d’une cause, de la cause des peuples, la cause de la justice et de la liberté. »

En conclusion, l’image de la psychiatrie coloniale turque apparaît de plus en plus  avec une séparation et une interdiction  radicale des droits fondamentaux du Peuple du Kurdistan  Nord et le droit à l’autodétermination  de la nation  kurde  n’a pas été soutenu par   des  organisations turques qui nous demandent de les soutenir sans condition, Alors que ces organisations  refusent  de prendre engagement directe en faveur de la lutte de libération nationale du Kurdistan comme  Franz Fanon  qui avait  manifesté en faveur du peuple algérien.

Ainsi, sous l’occupation turque, notre société a-t-elle suscité l’extermination rampante de millions arméniens, grecs, Kurdes. Selon  les témoins vivants de Dersim  les  corps des personnes massacrées sont brûlés par l’Armée turque. Face aux crimes commis   la Classe ouvrière de Turquie garde le silence absolu, derrière de son Mustafa Kemal,  pas même une minuit grève générale  pour l’indépendance du Kurdistan.

 

Dr Ali KILIC,  le 08 Mai 2007

 

 

 

 

 

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