Dr Ali KILIC

 

SUR l’INTERDICTION DU 6.EME FESTIVAL CULTUTREL ET NATUREL DE MUNZUR-DERSIM

 

Malgré le rapport   présenté par Lord Russell et les propositioàns du Conseil de l’Europe  et L’Assemblée parlementaire  qui a traité de questions relatives aux Kurdes dans ses rapports sur le respect des obligations et engagements de la Turquie (Doc. 9120 de 2001 et Doc. 10111 de 2004); sur la situation humanitaire des populations kurdes déplacées en Turquie (Doc. 9391 de 2002) et, indirectement, sur les aspects culturels du Projet de barrage d’Ilisu (Doc. 9301 de 2002). »Au nom de l’Etat de la République de Turquie, le Préfet  de Dersim( Tunceli)  a decidé  d’interdire la 6.ème Festival Culturel et Naturel  de Munzur organisé par la Municipalité  de Tunceli pour le 27-30 juillet 2006  Le prefet a publié un Communique Spéciale  en donant les ordres  aux fores de sécurités  pour empêcher  aux  visiteurs et despersonnes qui sont parties de l’Europe pour assister aux festivités de La région de Dersim et de Munzur

                                     

 Située sur les hauts plateaux septentrionaux du Kurdistan la région de Dersim est riche de particularismes culturelles, linguistiques et religieux. Le sens étymologique du mot Dersim est constitué du vocable « Der » qui signifie la porte et du vocable « sim » qui signifie l’argent en kurde. Ces deux composants réunis veulent alors dire littéralement « La porte en argent », en allusions, sans doute des sommets enneigés qui l’émaillent. La région très montagneuse est habitée principalement par les Kurdes alévies qui se distinguent des autres Kurdes par leur croyance religieuse. Cet alévisme particulier, renferme des éléments zoroastriens et animistes. Une bonne partie des gens de cette région parlent un des grands dialectes de la langue kurde: le kirmançki ou le zazaki. Il existe également, surtout dans le sud de la région, une population importante parlant le dialecte kurmanji. En dehors des Kurdes, nous trouvons toujours un petit nombre d’Arméniens, survivants du génocide de 1915. On rencontre aussi ça et là une petite minorité turque.Dersim a résisté pendant des siècles aux invasions étrangères et a toujours réussi à garder une sorte d’«autonomie». Cette situation a persisté pendant les deux premières décennies de la nouvelle République turque proclamée en 1923. Après avoir fondé la Turquie, Atatürk avait donc une dernière chose à faire ; « civiliser Dersim ». Nous comprenons mieux la nature de cette « mission de civilisation » à travers un de ses discours prononcé devant l’Assemblée nationale turque: « Dersim est une tumeur pour le gouvernement de la République. Quel que soit le prix, cette tumeur doit être enlevée grâce à une opération définitive » dit le « Chef Eternel » de la Turquie. Tout se passe très vite : En 1935 avec une nouvelle loi, on interdit l’utilisation du nom de Dersim et on rebaptise la région. Le nouveau nom ne manque pas d’ironie: Tunceli, c'est-à-dire la « main en bronze » en turc. Après s’être préparée, l’armée turque se met en marche, en 1937, vers « le pays des gens du chêne », Dersim. Le chef de la résistance, Seyit Riza est arrêté et ensuite exécuté le 18 novembre en 1937 à l’age de 81, malgré la loi interdisant l’exécution d’une personne ayant un tel âge. L’opération dure au total deux ans et donne un résultat tragique pour la région : 80 000 morts et des milliers de gens déportés vers l’ouest de l’Anatolie pour faciliter leur assimilation. C’était l’unique fois que les montagnes de Dersim qui sont considérées comme sacrées par les gens de la région ont abandonné leur peuple à leur sort. Ils ont ainsi goûté à la défaite.Au cœur de la région se situe la chaîne des montagnes de Munzur dont le sommet le plus élevé atteint une altitude de 3462 mètres. La rivière qui traverse la région porte le même nom. Dersim présente une bio-diversité exceptionnelle. Vu la richesse de la région, le 21 décembre 1971 l’Etat turc déclare la Vallée de la rivière Munzur « premier parc nationale de la Turquie » et il est actuellement le plus grand du pays. La vallée a une longueur de 80 kilomètres. Avec les Montagnes de Munzur elle abrite 1518 espèces de plantes dont 227 n’existent qu’en Turquie et 43 uniquement dans la vallée de Munzur. La richesse naturelle de la région est comparable à celle d’un pays entier.. Dans la Vallée et sur la chaîne des Montagnes de Munzur nous trouvons également une faune très riche. On y trouve les animaux en voie de disparition comme l’ours brun, le chat sauvage, le mouton sauvage, la chèvre de montagne aux cornes crocs ; dans la rivière il existe des truites dont la particularité est d’avoir des écailles rouges.Dersim est certes une région très riche, mais sa richesse ne la met pas à l’abri d’une éventuelle catastrophe. La région est cette fois-ci menacée d’une catastrophe écologique. Car l’Etat turc projette de construire dans la Vallée de Munzur huit barrages et des centrales hydroélectriques. Que peut apporter la construction de ces barrages à la région? Ils fourniront 0,97 % de la production totale d’électricité de la Turquie. Quelles seront les conséquences? Premièrement, 84 villages seront noyés sous les eaux des barrages et cela causera des dommages irréparables à la région qui a déjà perdu une grande partie de sa population à cause de la politique de dépeuplement pratiquée par l’Etat turc pendant sa guerre contre les maquisards kurdes qui s’est intensifiée dans les années 1990. Deuxièmement, la région sera divisée en deux et donc perdra son unité géographique; au risque de créer de nombreux problèmes économiques et culturels. Troisièmement, les changements climatiques radicaux se produiront et les plantes endémiques, les animaux rares perdront leur habitat, donc disparaîtront. Finalement, la Vallée de Munzur qui s’est formée en 42 millions d’années, selon les spécialistes, sera complètement détruite. D’après les opinions des experts un barrage a une vie moyenne de 70 ans et au bout de cette durée il ne nous restera que des ruines en lieu et place de la beauté paradisiaque de la vallée.

Je  condamne ces pratiques de l’Etat turc,  qui, ne sont pas conforme à la Charte de l’ONU et à la Convention Européenne des Droits de l’Homme et la Convention de l’ONU realtive à la protection de la nature.  

 

Dr Ali KILIC  Paris le 27-07-2006

 

 

 

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