Centre de la Recherche Scientifique du Kurdistan

(CRSK)*     

l'Affaire   Dreyfus
Et

La déclaration   du Président Jacques Chirac 

Dr Ali KILIC

Un siècle jour pour jour après la réhabilitation de l’officier par la Cour de cassation, le président de la République Jacques Chirac a prononcé un discours mercredi matin lors de la cérémonie de commémoration qui  m’a touche    énormément. J’ai pense á la déclaration  d’Emile Zola devant le jury  lors du procès de Dreyfus. «Un jour, la France me remerciera d'avoir aidé à sauver son honneur.». Mais quelle était cette injustice part rapport á Dreyfus  et  comment Emile Zola  a sauve  l’honneur  de la France ? Que signifie l’attitude  de Zola pour les  intellectuels de notre  époque plus particulièrement pour les écrivains et intellectuels   du Kurdistan en date du   13 juillet qui coïncide  d’une part avec la date  du génocide de Dersim  et  d’autre part avec la date de l’assassinat du grand  savant le Dr Abdulrahman Ghassemlou , ancien secrétaire général du PDKI, de son collaborateur Abdullah Ghaderi Azar, membre du Comité central du parti et d’un kurde irakien de nationalité autrichienne, Fadhel Rassoul. ? Ces assassinats ont eu lieu le 13 juillet 1989 à Vienne lors d’une réunion avec les émissaires du gouvernement iranien, venus de Téhéran pour parler de la « paix » et trouver une solution « pacifique » à la question kurde en Iran

En écoutant   l’information  transmise par  la TV de  la cour de l'Ecole militaire à Paris, là même où, le 5 janvier 1895, le capitaine juif était dégradé après avoir été condamné à tort pour haute trahison, Le Président  de la République  Jacques Chirac a affirmé que la réhabilitation de Dreyfus était «la victoire de la République». «La tragédie du capitaine Dreyfus continue à résonner fortement dans nos cœurs.

                   Après avoir divisé le pays, elle a contribué à fortifier la République», a-t-il déclaré, à l’occasion du centenaire de la réhabilitation de l’officier. «Elle fut le creuset où finirent de s'élaborer les valeurs humanistes de respect et de tolérance, des valeurs qui aujourd'hui encore constituent notre ciment», a ajouté le chef de l'Etat.

               La question qui se pose quel rapport établir entre le discours  de Monsieur le Président Jacques  Chirac et  la lettre d’Emile Zola ? Quelle est la valeur de ce rapport pour l’avenir de l’humanité la responsabilité de l’auteur du point de vue des principes  de l’éthique de la science et le sens de la mémoire de nos camarades  kurdes ? Comment pouvons nous concevoir  notre histoire parmi les autres ?

                Il faut  citer des  historiques concernant  le génocide de notre peuple : C’est Mustafa Kemal et l’Assemblée Nationale turque qui a décide  de massacrer  le peuple de Qocgiri en

* CRSK, 64, Rue  Archereau, 75019 Paris, emeil : dralikilic@yahoo.fr

 

1921 en donnant l’ordre  a la Troisième armée. C’est lui qui a décide avec  le chef de l’Etat                                                

major  Fevzi Cakmak et  Ministre de l’intérieur Sukru Kaya de massacrer le peuple de Dersim  de 1936 a 1938 en adoptant une loi du génocide promulguée par le Parlement en 1936.

               C’est aussi  le Président Saddam Hussein aide par la France, les USA, Allemagne, Angleterre qui a utilise les armes chimiques  contre le peuple Kurde au Sud Kurdistan et a réalise  le génocide de 850 000 kurdes.

 

               C’est le pasdaran Mahmoud Ahmadinejad, Président  de la République Islamique d’Iran qui a participe directement aux  massacres de nos compatriotes et qui continue de massacrer le peuple kurde. . Un témoin, intitulé témoin « D », a récemment avoué auprès de l’ancien président iranien exilé en France, Banisadr et Peter Piltz, député du Parlement autrichien, que deux équipes avaient été prévues pour cet assassinat. « Il faisait partie d’un deuxième groupe terroriste dans lequel il était chargé de fournir les armes nécessaires pour l’accomplissement de cette sale besogne et les autorités autrichiennes ont-elles du courage d’accepter la criminalité commise par le pasdaran  Mahmoud  Ahmadinejad dans leur pays ce jour la le 13 juillet 1989 il y a 17 ans  nos  camarades  et nos citoyens kurdes sont massacres ?

 

              C’est aussi le président  Syrien Essad et son fils président qui ont  massacre le peuple Kurde en Syrie.

              Au fond l’Affaire  Dreyfus , est aussi l’affaire de  nation  du Kurdistan, sans oublier de l’affaire du Dr Sait KIRMIZITOPRAK( Dr SIWAN)  dont les autorités kurdes du Kurdistan Sud  doivent répondre aux  demandes déposés par les familles des  victimes. Les kurdes  qui demandent la justice contre les disparitions  faites  par Saddam doivent répondre aussi  aux disparitions politiques  qu’ils ont faites.

 

                 D’abord une lettre du capitaine Dreyfus écrite depuis l'île du Diable, au large de la Guyane, a été lue par un élève de l'Ecole polytechnique, avant que ne résonne dans la cour un extrait des attendus de la décision de la Cour de cassation de 1906 le réhabilitant.  

                  Puis  le Président de la République Jacques Chirac a finalement rendu hommage à «un officier exemplaire» et «un patriote qui aimait passionnément la France». «Le refus du racisme et de l'antisémitisme, la défense des droits de l'Homme, la primauté de la justice : toutes ces valeurs font aujourd'hui partie de notre héritage. Elles peuvent nous sembler acquises, mais il faut être toujours vigilants, a-t-il averti. «Le combat contre les forces obscures, l'injustice, l'intolérance et la haine n'est jamais définitivement gagné», a-t-il conclu.  J’ai pense  aux officiers turcs  qui ont bombarde  ou ont  refuse de bombarder les villages kurdes et de torturer la population  qui sont  exclus de l’armée turque et qui  sont devenus foux  dans les Hôpitaux de Psychiatrie. Est-ce que le Président de l’Etat turc Mr SEZER  a le courage  de se prononcer  un mot sur ce sujet  et sur les génocides  réalises par l’Etat turc ? Qu’est qu’il peut dire Ali Khamnei face aux déclaration de notre ami Mistefa Hejri : << Nos efforts pacifistes ont eu pour résultat l'assassinat de l'éminent dirigeant kurde, le regretté Dr. Abdul Rahman Ghassemlou, le 13 juillet 1989 à Vienne, à la table des négociations par les diplomates terroristes du régime islamique d'Iran. Deux ans plus tard, son successeur, le Dr. Sadegh Charafkandi, a été assassiné à son tour le 17 septembre 1992 à Berlin par les terroristes du régime commandités par les plus hauts dirigeants de l'Etat iranien. >>Comme j’avais écoute  l’information en 1989  sur le cas du Docteur Ghassemlou  en 2006  j’écoute Monsieur  le président  Chirac <<  La réhabilitation d'Alfred Dreyfus est une "victoire de la République", a déclaré Jacques Chirac à l'occasion du centenaire de l'annulation de la condamnation du capitaine accusé de trahison au bénéfice de l'Allemagne, un cas devenu un symbole de l'erreur judiciaire.

"La tragédie du capitaine Dreyfus fut un moment de la conscience humaine. Elle continue à résonner fortement dans nos coeurs", a déclaré le chef de l'Etat lors d'une cérémonie à l'Ecole militaire, à Paris, là où Alfred Dreyfus fut dégradé le 5 janvier 1895. Là aussi où il reçut la Légion d'honneur le 21 juillet 1906, neuf jours après sa réhabilitation.

"Après avoir divisé le pays", l'affaire Dreyfus "a contribué à fortifier la République", a dit le président. "La réhabilitation de Dreyfus, c'est la victoire de la République. C'est la victoire de la Nation".

"Le refus du racisme et de l'antisémitisme, la défense des droits de l'homme, la primauté de la justice : toutes ces valeurs font aujourd'hui partie de notre héritage", a ajouté Jacques Chirac, appelant à poursuivre le combat contre "les forces obscures, l'injustice, l'intolérance et la haine".

  Il y a  trois  ans, j’ai été invite par la Ministre de la Défense  pour assister a  la cérémonie du 14 juillet au moment ou un néo nazi  voulait tuer Monsieur le Président Chirac . Le m’e e jour j’ai envoye  une lettre en précisant que << comme les résistants de l’affiche Rouge , nous les kurdes en exil  nous sommes prêts de prendre les armes  contre  les néo nazis qui visent les valeurs de la République en votre personnalité c’est le même combat que nous menons au Kurdistan  en Turquie  en Iran, Irak  et en Syrie >> Le Cabinet de Monsieur le Président  m’a répondu affirmant que << Monsieur le Président  est tellement touches  des propos que vous avez tenu  á son égard.>>

      L’intérêt  de notre  analyse et est de faire connaître au Peuple du Kurdistan les caractéristiques  du procès de  Dreyfus  et la reponsabilite intellectuelle  d’Emile Zola  et puis face  a l’histoire de la France, la valeur de la décision de Monsieur le Président de la République Jacques Chirac. C’est pourquoi  dans un premier temps je veux parler de la vie  d’Alfred Dreyfus  et de son procès  et dans un deuxième temps, l’importance  de  l’action intellectuelle  d’Emile Zola et puis l’action du Président du point de vue  de la philosophie des valeurs ce qui apportera au peuple du Kurdistan l’idée de la défense de la justice et l’action des écrivains kurdes  leurs lutte contre  l’injustice sociale dont le Peuple du Kurdistan fait l’objet.

I.La vie  d’, Alfred Dreyfus

Officier français juif d'origine alsacienne né en 1859 à Mulhouse, Alfred Dreyfus fut arrêté le 15 octobre 1895 pour espionnage au bénéfice de l'Allemagne, et écroué à la prison du Cherche-Midi. Le 22 décembre, il fut condamné pour haute trahison à la déportation à vie. Il passera plus de 1.500 jours au bagne de l'île du Diable, en Guyane française.

Lors d'un second procès à Rennes à l'été 1900, Dreyfus est condamné à dix ans de détention avec les "circonstances atténuantes". Dix jours plus tard, le président Emile Loubet le gracie et le 12 juillet 1906 la Cour de cassation casse le jugement de Rennes. Alfred Dreyfus fut réintégré dans l'armée française et servit pendant la Première Guerre mondiale.

Au matin, dans la cour d'honneur de l'École militaire, un adjudant s'approche de lui. Il lui arrache boutons, bandes de pantalon, insignes de grade. Il brise le sabre de l'officier. Devant lui, Dreyfus reste droit et digne.Un photographe a saisi l'instant.

Degradation de Dreyfus

Cent ans plus tard, on en ressent encore toute la violence. Le capitaine Dreyfus a vu tomber à ses pieds les lambeaux de son honneur. Il a dû affronter les invectives de la foule. Moment terrible pour cet Alsacien qui a choisi en 1872, après l'annexion par l'Allemagne, de rester français. Lui qui, à l'âge de l'adolescence, a juré de devenir soldat pour défendre sa patrie.

Le voilà relégué sur l'île du Diable, au large de la Guyane. Pendant près de cinq ans, Dreyfus est enfermé dans quelques mètres carrés. A partir de 1896, il est mis aux fers chaque nuit. On dresse autour de lui une double palissade : il ne peut même plus apercevoir la mer, sa grande consolatrice. De Dreyfus, on ne devait plus entendre parler.

Après un court séjour au collège Sainte-Barbe, il entre comme interne au collège Chaptal dont il déteste "le déplorable système scolaire qui l'étouffe". Il passe son baccalauréat en 1876 et retourne à Sainte Barbe préparer l'école Polytechnique. Il y est reçu 182ème après un an de préparation. Il en sort 128ème en 1880, sous-lieutenant. A l'âge de onze ans il avait assisté à l'entrée des Prussiens à Mulhouse et en avait ressenti un tel choc et une telle émotion qu'il avait décidé d'embrasser la carrière d'officier pour manifester son attachement à la France. 

En 1880, il choisit l'artillerie et entre à l'école d'application de Fontainebleau. Il en sort en 1882, 32ème sur 97. Affecté à la 1ère division de cavalerie du 31ème régiment, il est promu Lieutenant en 1885. En 1889, adjoint au Directeur de l'Ecole de Pyrotechnie de Bourges, il est promu Capitaine. 

Le 18 avril 1890, il épouse Lucie Hadamard, petite fille de polytechnicien. Elle descend d'une famille cultivée et très aisée de Metz, au patriotisme et à la réputation irréprochable. Le 21 avril, le capitaine Dreyfus reçoit confirmation de son admission à l'Ecole Supérieure de guerre.

Sorti avec le numéro 9 et mention Très Bien en 1892, il est désigné pour servir comme stagiaire à l'Etat-major de l'armée.

Le 5 avril 1891 naît son fils Pierre ; le 22 février 1893, naît sa fille Jeanne. Le 13 décembre 1893, meurt son père, Raphaël, architecte de la réussite familiale.

En 1892, Dreyfus est nommé à l'Etat-major de l'Armée, où il est le seul juif.

Le 13 octobre 1894, un message apporte à son domicile une convocation ordonnant à Alfred Dreyfus de se rendre en tenue bourgeoise, à une inspection le 15 octobre.

Le 15 octobre 1894, il est arrêté par un officier du 3e bureau, le commandant du Paty de Clam. On l'accuse d'être l'auteur d'un document dérobé à l'ambassade d'Allemagne (désigné sous le nom de "bordereau"), annonçant la livraison de documents concernant la défense nationale.

2. L’analyse des faits du procès

Le samedi 13 octobre, en début de matinée, le capitaine Dreyfus reçoit à son domicile de l'avenue du Trocadéro une convocation l'invitant à se rendre le lundi à 9 heures, au Ministère de la Guerre : "Paris, le 13 octobre 1894. Convocation. Le général de Division, chef d'Etat Major général de l'Armée passera l'inspection de MM. Les officiers stagiaires dans la journée du lundi 15 octobre courant. M. le capitaine Dreyfus, actuellement au 39e régiment d'Infanterie à Paris, est invité à se présenter à cette date et à 9 heures du matin au cabinet de M. le chef d'Etat Major général de l'Armée, tenue bourgeoise."

Dès son arrivée, il est reçu par le commandant Picquart, de l'Etat Major de l'Armée, qui le fait entrer dans son propre bureau. Dreyfus s'étonne de n'apercevoir personne d'autre : les officiers sont généralement convoqués en groupe à l'inspection. Picquart et Dreyfus conversent banalement quelques minutes. Puis le commandant Picquart conduit son visiteur jusqu'à la porte du cabinet du chef d'Etat Major de l'Armée, le général de Boisdeffre.

La surprise de Dreyfus s'accroît : le général est absent, il est reçu par un officier étrange et solennel, en uniforme, qui se présente comme "commandant du Paty de Clam". Au fond de la pièce se tiennent trois hommes inconnus en civil. "Le général va venir", dit le commandant du Paty d'une voix étranglée. Il invite Dreyfus à remplir la partie signalétique de sa fiche d'inspection, tandis que les assistants l'observent. Puis du Paty -dont la main droite porte un gant de soie noire- lui dit : "j'ai une lettre à écrire, à présenter à la signature du général de Boisdeffre. J'ai mal au doigt. Pouvez-vous écrire à ma place ? Dreyfus accède à cette singulière requête, et s'assied à une petite table, prête pour la dictée.

A l'origine de l'affaire de trahison, se trouve un document dérobé à l'Ambassade d'Allemagne, et désigné sous le nom de "bordereau". Il semble que celui-ci soit parvenu au Service de Renseignements par la "voie ordinaire", c'est-à-dire par le canal de la femme de ménage de l'Ambassade. Ce document est reçu par le commandant Henry, du Service des Renseignements, le 26 septembre. Il en donne communication à son chef, Sandherr, puis au ministre de la Guerre, le général Mercier. Celui-ci avertit aussitôt Casimir Périer, Président de la République et Charles Dupuy, Président du Conseil. Dès l'origine, il s'agit bien d'une affaire d'Etat.

Le bordereau est ainsi rédigé :

Sans nouvelles m'indiquant que vous désirez me voir, je vous adresse cependant, Monsieur, quelques renseignements intéressants :

  1. Une note sur le frein hydraulique du 120, et la manière dont s'est conduite cette pièce ;
  2. Une note sur les troupes de couverture (quelques modifications seront apportées par le nouveau plan);
  3. Une note sur une modification aux formations de l'artillerie;
  4. Une note relative à Madagascar;
  5. Le projet de Manuel de tir de l'artillerie de campagne (14 mars 1894);

Ce dernier document est extrêmement difficile à se procurer et je ne puis l'avoir à ma disposition que très peu de jours. Le Ministère de la Guerre en a envoyé un nombre fixe dans les corps, et ces corps en sont responsables. Chaque officier détenteur doit remettre le sien après les manoeuvres. Si donc vous voulez y prendre ce qui vous intéresse et le tenir à ma disposition après, je le prendrai. A moins que vous ne vouliez que je le fasse copier in extenso et ne vous en adresse la copie.

Je vais partir en manoeuvres."

Henry présente le bordereau aux chefs des quatre bureaux de Etat-major On limite les recherches aux artilleurs, à cause de la nature du document. Le colonel Fabre, chef du 4ème bureau, et son adjoint, tous deux grands lecteurs de La libre parole, découvrent une similitude d'écriture entre le bordereau et celle d'un stagiaire à Etat-major, le capitaine Dreyfus. "Un juif ! J'aurai dû m'en douter" déclare Sandherr, averti. Le romanesque du Paty de Clam est chargé secrètement de l'enquête.

Les expertises d'écriture qui suivant la dictée sont contradictoires : Gobert, expert de la Banque de France, est nuancé. Pour lui, les deux écritures sont de même type graphique, mais elles présentent des dissemblances nombreuses et importantes. Bertillon, au contraire, le chef de l'Anthropométrie, est catégorique. Quant à Pelletier, il met Dreyfus hors de cause. Ni les perquisitions à son domicile, ni l'inquisition du policier-amateur du Paty de Clam ne donne de résultat; il faut se rendre à l'évidence : du Paty lui-même conclut son rapport sur la "fragilité de la preuve matérielle".

En attendant, Dreyfus est renvoyé le 4 décembre 1894 devant le premier Conseil de Guerre qui doit se réunir le 19 décembre pour le juger.

A la stupéfaction de tous ceux qui connaissent l'Affaire, le Conseil de Guerre déclare Dreyfus coupable à l'unanimité. Il est condamné à la dégradation et à la déportation perpétuelle à l'Ile du Diable, sur la côte de Guyane. Deux éléments ont emporté la décision du tribunal militaire, présidé par le colonel Maurel :

  • D'abord, le général Mercier a pris l'incroyable responsabilité de communiquer au jury, en cachette de la défense, un dossier secret qui lui fait une forte impression. Celui-ci contient : une dépêche de l'état-major allemand à l'attaché militaire Schwartzkoppen, une lettre (dite Davignon) de Panizzardi, attaché militaire italien, une pièce appelée "ce canaille de D...", et enfin une déclaration d'Henry sur les propos, accablants pour Dreyfus, de l'ancien attaché militaire d'Espagne, Val Carlos. Que la communication de ces documents, dissimulée à la défense, viole le droit, le code militaire, et l'équité, il semble qu'aucun juge ne le soupçonne. Et ont-ils vraiment besoin de ces documents pour établir leur conviction ?
  • En second lieu, le jury est frappé par la déclaration du commandant Henry. "Une personne honorable, a-t-il déclaré, que je ne puis nommer, m'a averti au mois de mars qu'un officier du Ministère de la Guerre trahissait. Cette même personne honorable m'a précisé, au mois de juif, que cet officier appartenait au Deuxième Bureau." Puis, désignant Dreyfus : "Et ce traître, le voici". Henry fait serment sur le crucifix de sa certitude de la culpabilité de Dreyfus.

Ainsi s'explique le verdict du 22 novembre. Le recours en révision est rejeté le 31.

D'ailleurs, en novembre 1896, Henry apporte aux grands chefs une lettre de Panizzardi signée "Alexandrine", fort accablante pour Dreyfus. Ses chefs ignorent sans doute qu'Henry a commis là un faux.

On s'adresse alors au Parlement : Bernard Lazare distribue ses brochures aux sénateurs et députés. Lucie Dreyfus dépose à la Chambre une pétition pour la révision qui est rejetée, faute de preuves. Le monde politique, à son tour, se ferme à la révision.

Entre-temps, le sénateur Scheurer-Kestner, vice-président du Sénat (un Alsacien protestant) est absolument "terrassé" par les révélations d'un de ses amis, qui lui a fait part des découvertes de Picquart (qui a été mis sur la touche par ses supérieurs). Le sénateur se déclare entièrement acquis à la cause de Bernard Lazare et de Mathieu Dreyfus. Cette adhésion semble considérable, car elle fait déboucher au Parlement la campagne pour la révision.

Quant à Mathieu Dreyfus, il continue de se dépenser en démarches. Tout au long de l'année 1897, il fait réaliser en France et à l'étranger, de nombreuses expertises de l'écriture du bordereau Tous les experts sollicités concluent que l'écriture n'est pas celle d'Alfred Dreyfus.

Aidé de Bernard Lazare, infatigable, et de Joseph Reinach, très tôt convaincu de l'innocence de Dreyfus, Mathieu commence un vaste travail d'information, notamment auprès des universitaires, des écrivains, des juristes, de tous ceux que peuvent sinon convaincre, du moins émouvoir l'illégalité commise, et la fragilité d'une condamnation fondée sur une ressemblance d'écriture.

Son procès s'ouvre le 19 décembre 1894, devant le Conseil de guerre de Paris. Il est condamné, le 22 décembre, à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée. Il est dégradé au cours d'une cérémonie publique qui a lieu dans la grande cour de l'Ecole militaire, le 5 janvier 1895. Le 21 février, il est embarqué pour l'Ile du Diable.

La famille Dreyfus, aidée par le journaliste Bernard Lazare, mène campagne pour la révision du procès. La publication par Zola dans l'Aurore, en janvier 1898, d'une lettre ouverte au président de la République ("J'accuse") et la condamnation à un an de prison qu'elle vaut à son auteur font éclater ce qui devient l'Affaire Dreyfus. L'opinion se divise alors en "dreyfusards", hommes de gauche, anticléricaux et antimilitaristes, et en "antidreyfusards", nationalistes, conservateurs et antisémites.  Dans sa lettre Emile Zola :

<< Monsieur le Président,

Me permettez-vous, dans ma gratitude pour le bienveillant accueil que vous m'avez fait un jour, d'avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu'ici, est menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches ?

Vous êtes sorti sain et sauf des basses calomnies, vous avez conquis les cœurs. Vous apparaissez rayonnant dans l'apothéose de cette fête patriotique que l'alliance russe a été pour la France, et vous vous préparez à présider au solennel triomphe de notre Exposition universelle, qui couronnera notre grand siècle de travail, de vérité et de liberté.

Mais quelle tache de boue sur votre nom - j'allais dire sur votre règne - que cette abominable affaire Dreyfus ! Un conseil de guerre vient, par ordre d'oser acquitter un Esterhazy, soufflet suprême à toute vérité, à toute justice. Et c'est fini, la France à sur la joue cette souillure, l'histoire écrira que c'est sous votre présidence qu'un tel crime social a pu être commis.

Puisqu'ils ont osé, j'oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j'ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l'innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu'il n'a pas commis.

Et c'est à vous, monsieur le Président, que je la crierai, cette vérité, de toute la force de ma révolte d'honnête homme. Pour votre honneur, je suis convaincu que vous l'ignorez. Et à qui donc dénoncerai-je la tourbe malfaisante des vrais coupables, si ce n'est à vous, le premier magistrat du pays ?

La vérité d'abord sur le procès et sur la condamnation de Dreyfus.

Un homme néfaste a tout mené, a tout fait, c'est le colonel du Paty de Clam, alors simple commandant. Il est l'affaire Dreyfus tout entière, on ne la connaîtra que lorsqu'une enquête loyale aura établi nettement ses actes et ses responsabilités. Il apparaît comme l'esprit le plus fumeux, le plus compliqué, hanté d'intrigues romanesques, se complaisant aux moyens des romans-feuilletons, les papiers volés, les lettres anonymes, les rendez-vous dans les endroits déserts, les femmes mystérieuses, qui colportent, la nuit, des preuves accablantes. C'est lui qui imagina de dicter le bordereau à Dreyfus ; c'est lui qui rêva de l'étudier dans une pièce entièrement revêtue de glaces ; c'est lui que le commandant Forzinetti nous représente armé d'une lanterne sourde, voulant se faire introduire près de l'accusé endormi, pour projeter sur son visage un brusque flot de lumière et surprendre ainsi son crime, dans l'émoi du réveil. Et je n'ai pas à tout dire, qu'on cherche, on trouvera. je déclare simplement que le commandant du Paty de Clam, chargé d'instruire l'affaire Dreyfus, comme officier judiciaire, est, dans l'ordre des dates et des responsabilités, le premier coupable de l'effroyable erreur judiciaire qui a été commise.

Le bordereau était depuis quelque temps déjà entre les mains du colonel Sandherr, directeur du bureau des renseignements, mort depuis de paralysie générale. Des " fuites " avaient lieu, des papiers disparaissaient, comme il en disparaît aujourd'hui encore; et l'auteur du bordereau était recherché lorsqu'un a priori se fit peu à peu que cet auteur ne pouvait être qu'un officier de l'état-major, et un officier d'artillerie : double erreur manifeste, qui montre avec quel esprit superficiel on avait étudié ce bordereau, car un examen raisonné démontre qu'il ne pouvait s'agir que d'un officier de troupe. On cherchait donc dans la maison, on examinait les écritures, c'était comme une affaire de famille, un traître à surprendre dans les bureaux mêmes, pour l'en expulser. Et, sans que je veuille refaire ici une histoire connue en partie, le commandant du Paty de Clam entre en scène, dès qu'un premier soupçon tombe sur Dreyfus : à partir de ce moment, c'est lui qui a inventé Dreyfus, l'affaire devient son affaire, il se fait fort de confondre le traître, de l'amener à des aveux complets. Il y a bien le ministre de la guerre, le général Mercier, dont l'intelligence semble médiocre ; il y a bien le chef de l'état major, le général de Boisdeffre, qui parait avoir cédé à sa passion cléricale, et le sous-chef de l'état-major, le général Gonse, dont la conscience a pu s'accommoder de beaucoup de choses. Mais au fond, il n'y a d'abord que le commandant du Paty de Clam, qui les mène tous, qui les hypnotisent, car il s'occupe aussi de spiritisme, d'occultisme, il converse avec les esprits. On ne croira jamais les expériences auxquelles il a soumis le malheureux Dreyfus, les pièges dans lesquels il a voulu le faire tomber, les enquêtes folles, les imaginations monstrueuses, toute une démence torturante.

Ah ! Cette première affaire, elle est un cauchemar, pour qui la connaît dans ses détails vrais ! Le commandant du Paty de Clam arrête Dreyfus, le met au secret. Il court chez madame Dreyfus, la terrorise, lui dit que, si elle parle, son mari est perdu. Pendant ce temps, le malheureux s'arrachait la chair, hurlait son innocence. Et l'instruction a été faite ainsi, comme dans une chronique du quinzième siècle, au milieu du mystère, avec une complication d'expédients farouches, tout cela basé sur une seule charge enfantine, ce bordereau imbécile, qui n'était pas seulement une trahison vulgaire, qui était aussi la plus impudente des escroqueries, car les fameux secrets livrés se trouvaient presque tous sans valeur. Si j'insiste, c'est que l'oeuf est ici, d'où va sortir plus tard le vrai crime, l'épouvantable déni de justice dont la France est malade. Je voudrais faire toucher du doigt comment l'erreur judiciaire a pu être possible, comment elle est née des machinations du commandant du Paty de Clam, comment le général Mercier, les généraux de Boisdeffre et Gonse ont pu s'y laisser prendre, engager peu à peu leur responsabilités dans cette erreur, qu'ils ont cru devoir, plus tard, imposer comme la vérité sainte, une vérité qui ne se discute même pas. Au début, il n'y a donc de leur part que de l'incurie et de l'inintelligence. Tout au plus, les sent-on céder aux passions religieuses du milieu et aux préjugés de l'esprit de corps. Ils ont laissé faire la sottise.

Mais voici Dreyfus devant le conseil de guerre. Le huis clos le plus absolu est exigé. Un traître aurait ouvert la frontière à l'ennemi, pour conduire l'empereur allemand jusqu'à Notre Dame, qu'on ne prendrait pas des mesures de silence et de mystère plus étroites. La nation est frappée de stupeur, on chuchote des faits terribles, de ces trahisons monstrueuses qui indignent l'Histoire, et naturellement la nation s'incline. Il n'y a pas de châtiment assez sévère, elle applaudira à la dégradation publique, elle voudra que le coupable reste sur son rocher d'infamie dévoré par les remords. Est-ce donc vrai, les choses indicibles, les choses dangereuses, capables de mettre l'Europe en flammes, qu'on a dû enterrer soigneusement derrière cet huis clos ?

Non ! Il n'y a eu, derrière, que les imaginations romanesques et démentes du commandant du Paty de Clam. Tout cela n'a été fait que pour cacher le plus saugrenu des romans-feuilletons. Et il suffit, pour s'en assurer, d'étudier attentivement l'acte d'accusation lu devant le conseil de guerre.

Ah ! Le néant de cet acte d'accusation ! Qu'un homme ait pu être condamné sur cet acte, c'est un prodige d'iniquité. Je défie les honnêtes gens de le lire sans que leur coeur bondisse d'indignation et crie leur révolte, en pensant à l'expiation démesurée, là-bas, à l'île du Diable. Dreyfus sait plusieurs langues, crime ; on n'a trouve chez lui aucun papier compromettant, crime; il va parfois dans son pays d'origine, crime ; il est laborieux, il a le souci de tout savoir, crime; il ne se trouble pas, crime, il se trouble, crime. Et les naïvetés de rédaction, les formelles assertions dans le vide ! On nous avait parlé de quatorze chefs d'accusation : nous n'en trouvons qu'une seul en fin de compte, celle du bordereau; et nous apprenons même que les experts n'étaient pas d'accord, qu'un d'eux, M. Gobert, a été bousculé militairement, parce qu'il se permettait de ne pas conclure dans le sens désiré. On parlait aussi de vingt-trois officiers qui étaient venus accabler Dreyfus de leurs témoignages. Nous ignorons encore leurs interrogatoires, mais il est certain que tous ne l'avaient pas chargé ; et il est à remarquer, en outre, que tous appartenaient au bureau de la guerre. C'est un procès de famille, on est là entre soi, et il faut s'en souvenir : l'état-major a voulu le procès, l'a jugé, et il vient de le juger une seconde fois.

Donc, il ne restait que le bordereau sur lequel les experts ne s'étaient pas entendus. On raconte que, dans la chambre du conseil, les juges allaient naturellement acquitter. Et dès lors, comme on comprend l'obstination désespérée avec laquelle, pour justifier la condamnation, on affirme aujourd'hui l'existence d'une pièce secrète, accablante, la pièce qu'on ne peut montrer, qui légitime tout, devant laquelle nous devons nous incliner, le bon dieu invisible et inconnaissable. Je la nie, cette pièce, je la nie de toute ma puissance ! Une pièce ridicule, oui, peut-être la pièce où il est question de petites femmes, et où il est parlé d'un certain D. qui devient trop exigeant, quelque mari sans doute trouvant qu'on ne lui payait pas sa femme assez cher. Mais une pièce intéressant la défense nationale, qu'on ne saurait produire sans que la guerre fût déclarée demain, non, non ! C'est un mensonge; et cela est d'autant plus odieux et cynique qu'ils mentent impunément sans qu'on puisse les en convaincre.

Ils ameutent la France, ils se cachent derrière sa légitime émotion, ils ferment les bouches en troublant les coeurs en pervertissant les esprits. Je ne connais pas de plus grand crime civique.

Voilà donc monsieur le Président, les faits qui expliquent comment une erreur judiciaire a pu être commise; et les preuves morales, la situation de fortune de Dreyfus, l'absence de motifs, son continuel cri d'innocence, achèvent de le montrer comme une victime des extraordinaires imaginations du commandant du Paty de Clam, du milieu clérical où il se trouvait, de la chasse aux " sales juifs " qui déshonore notre époque.

Et nous arrivons à l'affaire Esterhazy. Trois ans se sont passés, beaucoup de consciences restent troublées profondément, s'inquiètent, cherchent, finissent par se convaincre de l'innocence de Dreyfus.

Je ne ferai pas l'historique des doutes, puis de la conviction de M. Scheurer-Kestner. Mais, pendant qu'il fouillait de son côté, il se passait des faits graves à l'état-major même. Le colonel Sandherr était mort et le lieutenant-colonel Picquart lui avait succédé comme chef du bureau des renseignements. Et c'est à ce titre, dans l'exercice de ses fonctions, que ce dernier eut un jour entre les mains une lettre-telégramme, adressée au commandant Esterhazy, par un agent d'une puissance étrangère. Son devoir strict était d'ouvrir une enquête. La certitude est qu'il n'a jamais agi en dehors de la volonté de ses supérieurs. Il soumit donc ses soupçons à ses supérieurs hiérarchiques, le général Gonse, puis le général de Boisdeffre, puis le général Billot, qui avait succédé au général Mercier comme ministre de la guerre. Le fameux dossier Picquart, dont il a été tant parlé, n'a jamais été que le dossier Billot, j'entends le dossier fait par un subordonné pour son ministre, le dossier qui doit exister encore au ministère de la Guerre. Les recherches durèrent de mai à septembre 1896, et ce qu'il faut affirmer bien haut, c'est que le général de Boisdeffre et le général Billot ne mettait pas en doute que le fameux bordereau fût de l'écriture d'Esterhazy. L'enquête du lieutenant-colonel Picquart avait abouti à cette constatation certaine. Mais l'émoi était grand, car la condamnation d'Esterhazy entraînait inévitablement la révision du procès Dreyfus; et c'était ce que l'état-major ne voulait à aucun prix.

Il dut y avoir là une minute psychologique pleine d'angoisse. Remarquez que le général Billot n'était compromis dans rien, il arrivait tout frais, il pouvait faire la vérité. Il n'osa pas, dans la terreur sans doute de l'opinion publique, certainement aussi dans la crainte de livrer tout l'état-major, le général de Boisdeffre, le général Gonse, sans compter les sous-ordres. Puis ce ne fut là qu'une minute de combat entre sa conscience et ce qu'il croyait être l'intérêt militaire. Quand cette minute fut passée, il était déjà trop tard. Il s'était engagé, il était compromis. Et, depuis lors, sa responsabilités n'a fait que grandir, il a pris à sa charge le crime des autres, il est aussi coupable que les autres, il est plus coupable qu'eux, car il a été le maître de faire justice, et il n'a rien fait. Comprenez-vous cela ! Voici un an que le général Billot, que les généraux de Boisdeffre et Gonse savent que Dreyfus est innocent, et ils ont gardé pour eux cette effroyable chose. Et ces gens-là dorment, et ils ont des femmes et des enfants qu'ils aiment !

Le colonel Picquart avait rempli son devoir d'honnête homme. Il insistait auprès de ses supérieurs, au nom de la justice. Il les suppliait même, il leur disait combien leurs délais étaient impolitiques devant le terrible orage qui s'amoncelait, qui devait éclater, lorsque la vérité serait connue. Ce fut, plus tard, le langage que M. Scheurer-Kestner tint également au général Billot, l'adjurant par patriotisme de prendre en main l'affaire, de ne pas la laisser s'aggraver, au point de devenir un désastre public. Non ! Le crime était commis, l'état-major ne pouvait plus avouer son crime. Et le lieutenant-colonel Picquart fut envoyé en mission, on l'éloigna de plus loin en plus loin, jusqu'en Tunisie, où l'on voulut même un jour honorer sa bravoure, en le chargeant d'une mission qui l'aurait fait sûrement massacrer, dans les parages où le marquis de Morès a trouvé la mort. Il n'était pas en disgrâce, le général Gonse entretenait avec lui une correspondance amicale. Seulement, il est des secrets qu'il ne fait pas bon d'avoir surpris.

À Paris, la vérité marchait, irrésistible, et l'on sait de quelle façon l'orage attendu éclata. M. Mathieu Dreyfus dénonça le commandant Esterhazy comme le véritable auteur du bordereau, au moment où monsieur Scheurer-Kestner allait déposer, entre les mains du garde des sceaux, une demande en révision du procès. Et c'est ici que le commandant Esterhazy paraît. Des témoignages le montrent d'abord affolé, prêt au suicide ou à la fuite. Puis, tout d'un coup, il paye d'audace, il étonne Paris par la violence de son attitude. C'est que du secours lui était venu, il avait reçu une lettre anonyme l'avertissant des menées de ses ennemis, une dame mystérieuse s'était même dérangée de nuit pour lui remettre une pièce volée à l'état-major, qui devait le sauver. Et je ne puis m'empêcher de retrouver là le lieutenant-colonel du Paty de Clam, en reconnaissant les expédients de son imagination fertile. Son oeuvre, la culpabilité de Dreyfus, était en péril, et il a voulu sûrement défendre son oeuvre. La révision du procès, mais c'était l'écroulement du roman-feuilleton si extravagant, si tragique, dont le dénouement abominable a lieu à l'île du Diable ! C'est ce qu'il ne pouvait permettre. Dès lors, le duel va avoir lieu entre le lieutenant-colonel Picquart et le lieutenant-colonel du Paty de Clam, l'un le visage découvert, l'autre masqué. On les retrouvera prochainement tous deux devant la justice civile. Au fond, c'est toujours l'état-major qui se défend, qui ne veut pas avouer son crime, dont l'abomination grandit d'heure en heure.

On s'est demandé avec stupeur quels étaient les protecteurs du commandant Esterhazy. C'est d'abord, dans l'ombre, le lieutenant-colonel du Paty de Clam qui a tout machiné, qui a tout conduit. Sa main se trahit aux moyens saugrenus. Puis, c'est le général de Boisdeffre, c'est le général Gonse, c'est le général Billot lui-même, qui est bien obligés de faire acquitter le commandant, puisqu'ils ne peuvent laisser reconnaître l'innocence de Dreyfus, sans que les bureaux de la guerre croulent sous le mépris public. Et le beau résultat de cette situation prodigieuse, c'est que l'honnête homme là-dedans, le lieutenant-colonel Picquart, qui seul a fait son devoir, va être la victime, celui qu'on bafouera et qu'on punira. 0 justice, quelle affreuse désespérance serre le coeur! On va jusqu'à dire que c'est lui le faussaire, qu'il a fabriquée la carte télégramme pour perdre Esterhazy. Mais, grand Dieu ! Pourquoi ? Dans quel but ? Donnez un motif. Est-ce que celui-là aussi est payé par les juifs ? Le joli de l'histoire est qu'il était justement antisémite. Oui ! Nous assistons à ce spectacle infâme, des hommes perdus de dettes et de crimes dont on proclame l'innocence, tandis qu'on frappe l'honneur même, un homme à la vie sans tache ! Quand une société en est là, elle tombe en décomposition.

Voila donc, monsieur le Président, l'affaire Esterhazy: un coupable qu'il s'agissait d'innocenter. Depuis bientôt deux mois, nous pouvons suivre heure par heure la belle besogne. J'abrège, car ce n'est ici, en gros, que le résumé de l'histoire dont les brûlantes pages seront un jour écrites tout au long. Et nous avons donc vu le général de Pellieux, puis le commandant Ravary, conduire une enquête scélérate d'ou les coquins sortent transfigurés et les honnêtes gens salis. Puis, on a convoqué le conseil de guerre.

Comment a-t-on pu espérer qu'un conseil de guerre déferait ce qu'un conseil de guerre avait fait ?

Je ne parle même pas du choix toujours possible des juges. L'idée supérieure de discipline, qui est dans le sang de ces soldats, ne suffit-elle pas à affirmer leur pouvoir même d'équité ? Qui dit discipline dit obéissance. Lorsque le ministère de la guerre, le grand chef, a établi publiquement, aux acclamations de la représentation nationale, l'autorité absolue de la chose jugée, vous voulez qu'un conseil de guerre lui donne un formel démenti ? Hiérarchiquement, cela est impossible. Le général Billot a suggestionné les juges par sa déclaration, et ils ont jugé comme ils doivent aller au feu, sans raisonner. L'opinion préconçue qu'ils ont apportée sur leur siège est évidemment celle-ci : " Dreyfus a été condamné pour crime de trahison par un conseil de guerre ; il est donc coupable, et nous, conseil de guerre, nous ne pouvons le déclarer innocent; or nous savons que reconnaître la culpabilité d'Esterhazy, ce serait proclamer l'innocence de Dreyfus. " Rien ne pouvait les faire sortir de la.

Ils ont rendu une sentence inique qui à jamais pèsera sur nos conseils de guerre, qui entachera désormais de suspicion tous leurs arrêts. Le premier conseil de guerre a pu être inintelligent, le second est forcément criminel. Son excuse, je le répète, est que le chef suprême avait parlé, déclarant la chose jugée inattaquable, sainte et supérieure aux hommes, de sorte que des inférieurs ne pouvaient dire le contraire. On nous parle de l'honneur de l'armée, on veut que nous l'aimions, que nous la respections. Ah ! Certes, oui, l'armée qui se lèverait à la première menace, qui défendrait la terre française, elle est tout le peuple et nous n'avons pour elle que tendresse et respect. Mais il ne s'agit pas d'elle, dont nous voulons justement la dignité, dans notre besoin de justice. Il s'agit du sabre, le maître qu'on nous donnera demain peut-être. Et baiser dévotement la poignée du sabre, le dieu, non !

Je l'ai démontré d'autre part : l'affaire Dreyfus était l'affaire des bureaux de la guerre, un officier de l'état-major, dénoncé par ses camarades de l'état-major, condamné sous la pression des chefs de l'état-major. Encore une fois, il ne peut revenir innocent, sans que tout l'état-major soit coupable. Aussi les bureaux, par tous les moyens imaginables, par des campagnes de presse, par des communications, par des influences, n'ont-ils couvert Esterhazy que pour perdre une seconde fois Dreyfus. Ah ! Quel coup de balai le gouvernement républicain devrait donner dans cette jésuitière, ainsi que les appelle le général Billot lui même ! Où est-il, le ministère vraiment fort et d'un patriotisme sage, qui osera tout y refondre et tout y renouveler ? Que de gens je connais qui, devant une guerre possible, tremblent d'angoisse, en sachant dans quelles mains est la défense nationale! Et quel nid de basses intrigues, de commérages et de dilapidations, est devenu cet asile sacré, où se décide le sort de la patrie! On s'épouvante devant le jour terrible que vient d'y jeter l'affaire Dreyfus, ce sacrifice humain d'un malheureux, d'un " sale juif " ! Ah ! Tout ce qui s'est agité là de démence et de sottise, des imaginations folles, des pratiques de basse police, des moeurs d'inquisition et de tyrannie, le bon plaisir de quelques galonnés mettant leurs bottes sur la nation, lui rentrant dans la gorge son cri de vérité et de justice, sous le prétexte menteur et sacrilège de la raison d'État.

Et c'est un crime encore que de s'être appuyé sur la presse immonde, que de s'être laissé défendre par toute la fripouille de Paris, de sorte que voilà la fripouille qui triomphe insolemment, dans la défaite du droit et de la simple probité. C'est un crime d'avoir accusé de troubler la France ceux qui la veulent généreuse, à la tête des nations libres et justes, lorsqu'on ourdit soi-même l'impudent complot d'imposer l'erreur, devant le monde entier. C'est un crime d'égarer l'opinion, d'utiliser pour une besogne de mort cette opinion qu'on a pervertie jusqu'à la faire délirer. C'est un crime d'empoisonner les petits et les humbles, d'exaspérer les passions de réaction et d'intolérance, en s'abritant derrière l'odieux antisémitisme, dont la grande France libérale des droits de l'homme mourra, si elle n'en est pas guérie. C'est un crime que d'exploiter le patriotisme pour des oeuvres de haine, et c'est un crime enfin que de faire du sabre le dieu moderne, lorsque toute la science humaine est au travail pour l'oeuvre prochaine de vérité et de justice.

Cette vérité, cette justice, que nous avons si passionnellement voulues, quelle détresse à les voir ainsi souffletées, plus méconnues et plus obscurcies ! Je me doute de l'écroulement qui doit avoir lieu dans l'âme de M. Scheurer-Kestner, et je crois bien qu'il finira par éprouver un remords, celui de n'avoir pas agi révolutionnairement, le jour de l'interpellation au Sénat, en lâchant tout le paquet, pour tout jeter à bas. Il a été le grand honnête homme, l'homme de sa vie loyale, il a cru que la vérité se suffisait à elle-même, surtout lorsqu'elle lui apparaissait éclatante comme le plein jour. A quoi bon tout bouleverser, puisque bientôt, le soleil allait luire ? Et c'est de cette sérénité confiante dont il est si cruellement puni. De même pour le lieutenant-colonel Picquart, qui par un sentiment de haute dignité, n'a pas voulu publier les lettres du général Gonse. Ces scrupules l'honorent d'autant plus, que, pendant qu'il restait respectueux de la discipline, ses supérieurs le faisaient couvrir de boue, instruisaient eux-mêmes son procès, de la façon la plus inattendue et la plus outrageante. Il y a deux victimes, deux braves gens, deux coeurs simples, qui ont laissé faire Dieu, tandis que le diable agissait. Et l'on a même vu, pour le lieutenant-colonel Picquart, cette chose ignoble : un tribunal français, après avoir laissé le rapporteur charger publiquement un témoin, l'accuser de toutes les fautes, a fait le huis clos, lorsque ce témoin a été introduit pour s'expliquer et se défendre. Je dis que cela est un crime de plus et que ce crime soulèvera la conscience universelle. Décidément, les tribunaux militaires se font une singulière idée de la justice.

Telle est donc la simple vérité, monsieur le Président, et elle est effroyable, elle restera pour votre présidence une souillure. Je me doute bien que vous n'avez aucun pouvoir en cette affaire, que vous êtes le prisonnier de la Constitution et de votre entourage. Vous n'en avez pas moins un devoir d'homme, auquel vous songerez, et que vous remplirez. Ce n'est pas, d'ailleurs, que je désespère le moins du monde du triomphe. Je le repère avec une certitude plus véhémente : la vérité est en marche, et rien ne l'arrêtera. C'est aujourd'hui seulement que l'affaire commence, puisque aujourd'hui seulement les positions sont nettes : d'une part, les coupables qui ne veulent pas que la lumière se fasse ; de l'autre, les justiciers qui donneront leur vie pour qu'elle soit faite. Quand on enferme la vérité sous terre, elle s'y amasse, elle y prend une force telle d'explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l'on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres.

Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il est temps de conclure.

J'accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d'avoir ensuite défendu son oeuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J'accuse le général Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités du siècle.

J'accuse le général Billot d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s'être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l'état-major compromis.

J'accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s'être rendus complices du même crime, l'un sans doute par passion cléricale, l'autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l'arche sainte, inattaquable.

J'accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d'avoir fait une enquête scélérate, j'entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.

J'accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d'avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu'un examen médical ne les déclare atteints d'une maladie de la vue et du jugement.

J'accuse les bureaux de la guerre d'avoir mené dans la presse, particulièrement dans l'Éclair et dans L'Echo de Paris, une campagne abominable, pour égarer l'opinion et couvrir leur faute.

J'accuse enfin le premier conseil de guerre d'avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j'accuse le second conseil de guerre d'avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d'acquitter sciemment un coupable.

En portant ces accusations, je n'ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c'est volontairement que je m'expose.

Quant aux gens que j'accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n'ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l'acte que j'accomplis ici n'est qu'un moyen révolutionnaire pour hâter l'explosion de la vérité et de la justice.

Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière, au nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme. Qu'on ose donc me traduire en cour d'assises et que l'enquête ait lieu au grand jour ! J'attends.  Émile Zola , 13 janvier 1898 >> et le jour est venu   Emile Zola.

Le mouvement de protestation en faveur de la révision de son procès aboutit à une annulation de sa condamnation par la Cour de Cassation, le 3 juin 1899. Un deuxième procès s'ouvre pour lui à Rennes, du 7 août au 9 septembre 1899, à l'issue duquel il est condamné de nouveau, mais avec des "circonstances atténuantes". Le 19 septembre, il est gracié par le président Loubet.

Alfred Dreyfus vit ensuite à Carpentras, chez une de ses soeurs, puis à Cologny, près de Genève. Le 5 mars 1904, la Cour de Cassation déclare acceptable sa demande en révision du jugement de Rennes. Le 12 juillet 1906, le jugement est cassé sans renvoi, et, le lendemain, la Chambre vote une loi le réintégrant dans l'armée, avec le grade de chef d'escadron. Le 21 juillet 1906, il est nommé Chevalier de la Légion d'honneur. Il est ensuite nommé à la direction d'artillerie de Vincennes ; le 15 octobre, il est désigné pour commander l'artillerie de l'arrondissement de Saint-Denis.

Admis à la retraite en octobre 1907, il est mobilisé pendant la Grande Guerre : il est affecté d'abord à l'Etat-major de l'artillerie du camp retranché de Paris, puis, en 1917, à un parc d'artillerie divisionnaire.

Il meurt le 12 juillet 1935. Le cortège funèbre, pour rejoindre le cimetière Montparnasse, traverse la place de la Concorde au milieu des troupes célébrant la fête nationale, au garde à vous. Ce stoïcien n'a jamais voulu faire appel à la pitié, mais simplement demander justice. Il a rédigé durant son interminable supplice les Lettres d'un innocent dont Zola, qui sut réveiller la conscience humaine, disait " je ne connais pas de pages plus hautes, plus éloquentes, c'est le sublime dans la douleur et plus tard elles resteront comme un monument impérissable lorsque nos oeuvres à nous, écrivains, auront peut-être sombré dans l'oubli ".

  En effet l’importance  de  l’action intellectuelle  d’Emile Zola et  l’action du Président de la République Monsieur Jacques Chirac du point de vue  de la philosophie des valeurs  relève une question fondamentale  de notre époque ce qui apportera au peuple du Kurdistan l’idée de la défense de la justice et l’action des écrivains kurdes  leurs lutte contre  l’injustice sociale dont le Peuple du Kurdistan fait l’objet.

Nous accusons   les Etat qui ont partage le Kurdistan suite á l'erreur judiciaire et historique commise par  le Traite Sykes  et Picot   et   les Etats  qui ont signe le Traite de Lausanne. Plus particulièrement   la France et  l’Angleterre

Nous accusons   Mustafa Kemal et l’Assemblée Nationale turque qui a décide  de massacrer  le peuple de Qocgiri en 1921 en donnant l’ordre  à la Troisième armée. C’est lui qui a décide avec  le chef de l’Etat major  Fevzi Cakmak et  Ministre de l’intérieur Sukru Kaya de massacrer le peuple de Dersim  de 1936 a 1938 en adoptant une loi du génocide promulguée par le Parlement en 1936.

             Nous accusons   Saddam Hussein aide par la France, les USA, Allemagne, Angleterre qui a utilise les armes chimiques  contre le peuple Kurde au Sud Kurdistan et a réalise  le génocide de 850 000 kurdes.

             Nous accusons   le pasdaran Mahmoud Ahmadinejad, président  de la République Islamique d’Iran qui a participe directement aux  massacres de nos compatriotes et qui continue de massacrer le peuple kurde. .

              Nous accusons   le président  Syrien Essad et son fils président qui ont  massacre le peuple Kurde en Syrie.

Nous accusons    le Rapporteur : Lord Russell-Johnston, Royaume-Uni, Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe  qui  a  réduit  la situation  de la nation du Kurdistan "nations apatrides" du monde.  Alors que  ce sont  les impérialistes  anglais et français qui ont  partage  et divise notre pays et notre nation, nous ne sommes pas   `une nation apatride` et nous accusons  quelques  << Tziganes  Kurdes >> en Europe qui ont assiste  a ces réunions pour la mendicité des subventions européennes . La nation du Kurdistan n’est pas mendiante, ce sera l’objet une autre étude.

 

Dr Ali KILIC, Paris le 13 juillet 2006

 

 

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