Dr Ali KILIC                                                                           Paris le 03-06-2008

 

LA CONFERENCE DE L’ACADEMIE DES SCIENCES SUR LA MEMOIRE

 

L’Académie des sciences de l’Institut de France et de l’Académie nationale de médecine a organisé  une Conférence[1]  le 3 juin 2008 à Paris   sur La Mémoire  sous la direction des coordinateurs  Jean-Pierre Changeux,[2]  et de  Bernard Lechevalier[3].

La question qui se pose comment les recherches effectuées par les scientifiques en sciences exactes  permettront de comprendre la réalité de la mémoire  interprétée en sciences  sociales. Malgré ces connaissances scientifiques  sur la  mémoire les Etats vont-ils nier la mémoire écrite des génocides ?

  Du point de vue des recherches effectuées dans les sciences sociales  nous pensons  que la question de  la mémoire  n’a pas été interprétée  en sciences  sociales et en sciences exactes de la même  façon. Mais  l’organisation de la Conférence  par l’Académie des Sciences  et de l’Académie des Sciences de la Médecine  nous ont  fait appel  à la mémoire du Génocide de Kotchgiri et de Dersime qui n’est pas sur le même plan.

En effet, depuis 1915, l’histoire de la 1ère  guerre mondiale, l'histoire du régime du CUP et du kémalisme  et de la complicité de l'État impérialiste turc  dans la déportation des  Arméniens, des Grecs et des Kurdes et des Assyro Chaldéens  la mise en œuvre du génocide en Turquie, constituent un enjeu de mémoire récurrent.

 Aujourd'hui encore, l’accès aux fonds d’archives turques   concernant la 1ère  guerre mondiale jusqu’en 1937-38  période la génocide de Dersime  et plus particulièrement la façon dont doit être traité dans nos programmes d'histoire le régime kémaliste continuent de poser problème, de nourrir des polémiques, de susciter des passions et des querelles toujours prêtes à se réveiller. L'exploitation médiatique qui a été faite autour d'un certain nombre d'affaires  et de procès  plus particulièrement de  Cheik Said et  de Procès des dirigeants de la résistance de Kotchgiri 1921 et de Dersime 1937 nous a rappelé tout au long de ces dernières années, combien en effet nous avions encore quelques difficultés à assumer dans la sérénité l'épisode douloureux et aussi, à bien des égards.

Au fond la question de la mémoire dans les sciences sociales te dans les sciences exactes  est  très  importante pour l’humanité dans son ensemble. C’est pourquoi dans une premier temps nous examinerons l’interprétation de la mémoire en philosophie  et sociologie et en psychologie cognitive  et dans deuxième temps nous examinerons  les recherches effectuées par l’Académie  des Sciences  et afin de voir la corrélation  des recherches scientifiques  effectuées en sciences exactes par rapport aux sciences sociales  et les conclusions que nous pouvons tirer dans le processus de la reconnaissances  des génocides par la mémoire.

            La mémoire est l'une des fonctions les plus importantes et l'une des propriétés les plus passionnantes du cerveau. Pascal disait déjà : "La mémoire est nécessaire a toutes les opérations de l'esprit". Il est bien vrai qu'elle régit l'essentiel de nos activités qu'elles soient scolaires, professionnelles, quotidiennes ou de loisirs. Elle construit aussi bien l'identité, les connaissances, l'intelligence, la motricité et l'affectivité de chacun de nous. La question qui se pose est de savoir  la mémoire  a –t-elle  des limites ? Si les mémoires sensorielles et à court terme ont des capacités limitées au traitement de l'information, la mémoire à long terme possède de prodigieuses facultés de conservation. Il nous arrive pourtant d'avoir des défaillances et d'oublier, sans pour autant que nous ayons à nous alarmer. L'oubli n'est pas un phénomène anormal. Alfred Jarry écrivait même : "L'oubli est la condition indispensable de la mémoire".

 Effectivement, l'oubli intervient parce que notre cerveau est organisé pour éliminer tout ce qui pourrait l'encombrer inutilement ou lorsque l'information n'a pas subi le traitement approprié. Mais l’oubli de la mémoire des génocides au Kurdistan et en Mésopotamie  non seulement  a une particularité  technique, mais aussi est une responsabilité historique dont les scientifiques ont d’obligations d’y insister. C’est pourquoi le processus d'organisation est essentiel dans le travail et le succès du rappel : les chances de retrouver un souvenir, dans l'immense bibliothèque qu'est la mémoire sémantique, dépendent de la qualité avec laquelle on a étiqueté ce souvenir. Mais que nous pouvons dire  sur la politique coloniale turque arabe perse  avec la construction des barrages  ont mis sous les eaux la mémoire historique des peuples de Mésopotamie ?

Dans ce sens que signifie  la mémoire ? Qu’est ce que la mémoire ? Que signifie  la mémoire en philosophie, en histoire en sociologie, en biologie ? Autrement dit quelles sont les formes de la mémoire ? Comment  l’Académie des Sciences et les Scientifiques posent cette question ?

D’abord en sciences sociales considérées comme l'une des principales facultés de l'esprit humain la mémoire a fait l'objet des toutes premières investigations scientifiques. Les progrès dans la compréhension des mécanismes de la mémoire tiennent d'une part à l'étude de cas exceptionnels (patients amnésiques ou au contraire doués d'une capacité mnésique exceptionnelle, dite mémoire eidétique  et d'autre part, à l'application des méthodes de la psychologie expérimentale. Depuis le début du XXe siècle de nombreux modèles ont été proposés pour rendre compte des observations expérimentales. Et à partir de la deuxième moitié du siècle, les neurosciences cognitives ont fourni de nouveaux éléments concernant les bases biologiques de la mémoire chez l'être humain qu'il partage avec les autres animaux. Alain PROCHIANTZ distingue  ou divise  en trois formes  en particulier : La première forme est  la mémoire évolutive  correspond à la mémoire accumulée et conservée sous forme de programmes génétiques, au fil de l'évolution des espèces. Elle correspond à la forme ou l'imago marquant l'appartenance à l'espèce, et rassemblant tous les traits caractéristiques d'une espèce donnée.  Parmi les gènes impliqués dans cette mémoire évolutive, les gènes de développement jouent un rôle essentiel. Par leur biais, on peut dire que l'histoire du vivant est imprimée dans la structure génétique. C'est ainsi que par l'étude de la structure et de l'organisation de certaines familles de gènes de développement, il a pu être démontré que les vertébrés ou Homo sapiens partagent un ancêtre commun avec les arthropodes, ancêtre ayant probablement vécu il y a environ 600 millions d'années.  Cette histoire de l'espèce est irréversible au sens où, si l'on remontait à cet ancêtre, en ajoutant 600 millions d'années d'évolution, nous n'arriverions certainement pas aux espèces actuellement vivantes.

La deuxième forme est  la Mémoire individuelle pour ce qui est du système nerveux, est à la fois morphologique et synaptique. Dans le mouvement continu de son histoire, un individu accumule un ensemble considérable d'informations et de souvenirs, une expérience. Cette accumulation se traduit sur le plan biologique par une modification du nombre de neurones, de leur forme, et des multiples connexions ou synapses qu'ils établissent entre eux. Ce mécanisme est rendu possible par l'extraordinaire plasticité du cerveau, dont un aspect est marqué par l'existence de cellules souches qui se renouvellent en permanence. La troisième  forme de la Mémoire est la Mémoire culturelle. Est composée de l'ensemble des artefacts produits par une culture, que celle-ci soit humaine ou animale.

Dans une  recherche j’avais effectuée en 1979 sur la question de la science chez Descartes « selon Descartes  la science est un système  crée par les déductions  basées sur une connaissance exacte et évidente. Elle est possible grâce à deux manières  de connaître : l’intuition et la déduction. Pour Descartes, l’intuition est une compréhension claire et distincte qui ne laisse aucun doute. Ce qui se connaît directement  par l’intuition ne peut qu’une vérité simple. Comme cogito ergo sum.[4] Les autres connaissances  sont tirées par ces vérités. La fonction de la science Descartes, est d’empêcher les hommes de se tromper »[5] En philosophie Descartes s'est intéressé très tôt aux moyens d'accès à la connaissance, dans les Règles pour la direction de l’esprit (1629), règles qu'il emploiera dans la suite de sa carrière philosophique. Il mentionne les relations de la mémoire avec l'intuition et la déduction dans la règle troisième : « la déduction n’a pas besoin d’une évidence présente comme l’intuition, mais [...] elle emprunte en quel­que sorte toute sa certitude de la mémoire. » La règle septième insiste sur la fonction de la mémoire dans l'énumération :

« Aussi j’en parcourrai la suite de manière que l’ima­gination à la fois en voie une [grandeur] et passe à une autre, jusqu’à ce que je puisse aller de la première à la dernière avec une telle rapidité que, presque sans le secours de la mémoire, je saisisse l’ensemble d’un coup d’œil. »

La règle huitième  mentionne les avantages ou les inconvénients que les facultés de mémoire (ainsi que d'autres) peuvent apporter dans la méthode scientifique :

« Et d’abord nous remarquerons qu’en nous l’in­telligence seule est capable de connaître, mais qu’elle peut être ou empêchée ou aidée par trois autres facultés, c’est à savoir, l’imagination, les sens, et la mémoire. Il faut donc voir successive­ment en quoi ces facultés peuvent nous nuire pour l’éviter, ou nous servir pour en profiter. »

La règle douzième indique les moyens qu'emploie l'intelligence :

« Enfin il faut se servir de toutes les ressources de l’intelligence, de l’imagination, des sens, de la mémoire, pour avoir une intuition distincte des pro­positions simples, pour comparer convenablement ce qu’on cherche avec ce qu’on connoît, et pour trouver les choses qui doivent être ainsi comparées entre elles ; en un mot on ne doit négliger aucun des moyens dont l’homme est pourvu et la question de la Mémoire  chez  Henri Bergson j’avais conclu que l constitue une analyse du problème classique de l'union de l'âme et du corps. Le sous-titre est "Essai sur la relation du corps à l'esprit".Dans ce cadre, l'analyse de la mémoire est un moyen pour trancher ce problème de l'âme et du corps. Ce livre est écrit en réaction au livre Maladies de la mémoire de Théodule Ribot, paru en 1881. Ce dernier soutient que la science du cerveau prouve que le souvenir est logé dans une partie du système nerveux. Le souvenir serait localisé dans le cerveau, il serait donc matériel. Bergson s'oppose à cette réduction de l'esprit à la matière: c'est un antiréductionniste. Il considère que la mémoire est profondément spirituelle. Le cerveau se contente d'orienter la mémoire vers l'action présente. Le cerveau insère des souvenirs dans le présent en vue de l'action. Le cerveau a une fonction pratique. Le corps est le centre de l'action. Les lésions du cerveau n'abîment pas le souvenir, ni la mémoire. Ces lésions perturbent la fonction pratique du cerveau. Les souvenirs ne peuvent pas être incarnés. Ils existent toujours mais ils sont impuissants. En effet, le cerveau ne remplit plus sa fonction, on ne peut donc pas utiliser ces souvenirs.

Par ailleurs, il distingue deux formes de mémoire: - 'la mémoire habitude: elle rejoue le passé, elle le répète. Elle n'est pas reconnue comme passée. Elle utilise l'acquis de l'action passée pour l'action présente. Elle est automatique. Elle est inscrite dans le corps, elle est utile. Bergson prend l'exemple de la leçon apprise par cœur: lorsque j'apprends une leçon en vers, je la récite sans réfléchir de manière mécanique. Cette leçon a une certaine durée lorsque je la récite. Cette durée est régulière. On peut rapprocher cette mémoire d'un savoir-faire ou comme son nom l'indique de l'habitude. "C'est l'habitude éclairée par la mémoire plutôt que la mémoire même". Matière et mémoire. La mémoire pure ou mémoire souvenir: elle enregistre le passé sous forme de "souvenir image". Elle représente le passé. Le passé est reconnu comme passé. Elle est d'ordre contemplatif et théorique, elle est gratuite. Elle est profondément spirituelle. C'est la vraie mémoire. Bergson prend l'exemple du souvenir de l'apprentissage de la leçon apprise par cœur. C'est un fait daté que je ne peux pas recréer. La mémoire pure ou mémoire souvenir permet de savoir que la leçon a été apprise dans le passé et qu'elle n'est pas "innée".

Dans sa philosophie, Bergson accuse la métaphysique de mal poser les problèmes. En outre, elle est coupable de faire passer les problèmes subsidiaires ou secondaires avant les problèmes principaux. Bergson ne crée pas les problèmes qu'il se pose. Mais il crée la manière dont il les pose. Ainsi, chacun de ses quatre principaux livres répond à un problème précis. Le problème de Descartes dans sa définition de l'âme et du corps: ce sont deux substances qui ont des attributs différents. Son tort est de les définir comme des substances ou "res". Il ne les distingue pas assez. Bergson distingue réellement l'âme et le corps. Contrairement à la philosophie classique de Descartes, cette distinction ne repose pas sur la spatialité mais sur la temporalité. L'âme est le lieu du passé et le corps est le lieu du présent. L'âme ou l'esprit est toujours ancré(e) dans le passé. Elle n'est pas dans le présent.Elle contemple le présent en étant logé dans le passé. Avoir conscience de quelque chose, c'est le voir du passé, donc à la lumière du passé. Lorsque l'on se contente de réagir à un stimulus extérieur, on n'a pas conscience de ce que l'on fait. On est dans le lieu du corps, c'est-à-dire dans le présent. Toute prise de conscience implique un temps d'arrêt entre le stimulus et la réaction. Dans cet entre-deux, on prend conscience (sachant que l'esprit est ancré dans le passé). On prend conscience en étant dans le passé et à la lumière du passé, en vue d'une réaction appropriée dans un futur proche. L'articulation du temps: passé, présent et futur se fait par l'union de l'âme et du corps. Plus l'esprit est enfoncé dans le passé, plus on prend conscience. Plus on est dans l'automatisme, plus on est dans le présent, dans le temps du corps. On n'est jamais que dans l'un ou dans l'autre. Mais on peut être plus dans l'un ou plus dans l'autre. Une vraie attention nécessite d'agir avec tout son corps et toute son âme. Selon Bergson, la "personne impulsive" suspend sa conscience et est dans un automatisme. Elle ne réfléchit pas. Ainsi, le problème de la causalité comme libre ou déterminée est entraînée. Elle sera traitée dans l'évolution créatrice.

Contrairement en philosophie en sciences exactes plusieurs laboratoires de recherches  ont consacré  leurs travaux à la mémoire pas comme les philosophes  mais dans les laboratoires  des expériences sur les animaux, à partir des constats et des résultats ils ont effectué des simulations ils ont commencé à faire copie collée sur les hommes et les femmes. Parmi de nombreux d’équipes  Serge  Laroche travaille sur  Mécanismes cellulaires et moléculaires de la plasticité et de la mémoire. Le thème central de l'équipe concerne les mécanismes neuronaux de l'apprentissage et de la mémoire. On sait que le stockage des souvenirs dans le cerveau repose sur des modifications durables de l'efficacité synaptique et la réorganisation des réseaux neuronaux. Notre objectif est d'identifier les mécanismes cellulaires et moléculaires qui sous-tendent ces changements, de déterminer leur rôle dans l'apprentissage et à la mémoire et d'identifier dans quels réseaux et (...)

Dans  la même Laboratoire de Recherche  Pascal Gisquet  Verrire et Nicole El Massioui travaillent sur  «  les processus mnésiques : du normal au pathologique »Les données cliniques humaines ainsi que les études lésionnelles chez l'animal ont démontré l'implication dans l'apprentissage et la mémoire, de circuits neuronaux anatomiquement et fonctionnellement interconnectés. Nous travaillons plus précisément sur un système limbo-cortico-striatal impliqué dans des troubles de la mémorisation émergeant de syndromes lésionnels ou de pathologies comme la maladie de Parkinson, de Huntington ou d'Alzheimer ainsi que dans des exacerbations d (...)

 Lors de la Conférence de l’Académie des Sciences dans un premier  Serge Laroche [6]a fait un exposé  sur Mécanismes cellulaires et moléculaires de la plasticité de la mémoire  puis Stanislas Dehaene[7] a parlé de l’inscription du langage parlé et écrit dans le cerveau en développement.

Selon  Serge  Laroche «  On admet généralement que l’information en mémoire est encodée sous forme de configurations spatio-temporelles d’activité dans des réseaux de neurones distribués et que le stockage de ces représentations repose sur des modifications acquises de la force synaptique au sein des réseaux neuronaux activés par l’apprentissage. De nombreuses études montrent qu’un des mécanismes de l’apprentissage et de la mémoire au niveau cellulaire repose sur une forme particulièrement durable de plasticité des synapses, connue sous le nom de potentialisation à long terme, ou LTP. Certains des mécanismes cellulaires et moléculaires de l’induction et de l’expression durable de cette plasticité neuronale commencent à être identifiés. Ils nécessitent l’activation de récepteurs membranaires spécifiques, comme les récepteurs NMDA du glutamate, et un ensemble de cascades d’activations moléculaires, en particulier de protéines kinases, permettant la conversion des signaux extracellulaires en changements fonctionnels de la connectivité neuronale. On découvre aussi que la régulation rapide de l’expression de nombreux gènes permet le remodelage durable des réseaux neuronaux à la base de la formation de traces mnésiques stables. Les avancées récentes dans la recherche des mécanismes cellulaires et moléculaires de la plasticité et de la mémoire seront résumé »  Serge Laroche pense que Ces vingt dernières années, les recherches sur la mémoire ont connu des avancées spectaculaires notamment sur deux terrains. Tout d'abord, un renouveau conceptuel de la mémoire a vu le jour avec les travaux de psychologie cognitive et de neuropsychologie, conduisant à admettre l'existence de plusieurs systèmes de mémoire (sémantique, épisodique, procédurale, mémoire de travail) reposant sur des systèmes cérébraux distincts. Les supports anatomo-fonctionnels de ces différentes formes de mémoire sont aujourd'hui de mieux en mieux connus et les recherches en imagerie cérébrale chez l'homme ainsi que les approches de neurosciences comportementales chez l'animal aboutissent à une dissection de plus en plus fine des différentes structures et circuits cérébraux impliqués dans ces différentes formes et opérations de mémoire. Elles montrent que chaque type de mémoire fait intervenir non pas une, mais plusieurs structures du cerveau qui fonctionnent en interaction. En appréhendant mieux l'anatomo-fonctionnalité de certains circuits cérébraux participant à ces différentes formes de mémoire, on abandonne l'idée d'unicité de la mémoire. Un même souvenir peut en effet être codé sous différentes formes et impliquera différents circuits neuronaux qui pourront être réactivés selon les besoins.

Par ailleurs, la recherche concernant les mécanismes neuronaux de la mémoire connaît à l'heure actuelle une véritable révolution. Certaines théories, preuves à l'appui posent le postulat du rôle fondamental des mécanismes de plasticité neuronale dans la formation et la conservation de traces mnésiques. Désormais, il est admis que les circuits neuronaux se modifient en permanence. Les recherches montrent les activations neuronales sélectives de certaines catégories d'informations ou d'opérations mnésiques, mais aussi la propagation de ces activités dans les différents réseaux de neurones mis en jeu. L'analyse des mécanismes cellulaires et moléculaires de la mémoire se poursuit par l'identification de plus en plus précise des mécanismes de la plasticité neuronale. Ces mécanismes nécessitent l'activation de récepteurs spécifiques et un ensemble de cascades d'activations moléculaires permettant la conversion des signaux d'activation reçus par les neurones en changements fonctionnels de leurs connexions, les synapses. On découvre aussi que l'activation rapide de nombreux gènes permet le remodelage durable des réseaux neuronaux à la base de la formation de traces mnésiques stables. Ces recherches ouvrent aujourd'hui des voies nouvelles pour l'étude des dysfonctionnements mnésiques qui surviennent avec l'âge ou lors de certaines maladies neurodégénératives telles que la maladie d'Alzheimer, ainsi que pour le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Dans ces deux domaines, le rapprochement des différentes disciplines et domaines d'étude sur la mémoire a permis le plein essor des démarches fondées sur l'intégration des niveaux d'analyse de la cellule à l'organisme. Les querelles sur la question d'un niveau d'étude spécifique de la mémoire sont dépassées. Aujourd'hui, c'est cette interdisciplinarité qui permet d'aborder la question fondamentale des propriétés émergentes entre différents niveaux d'organisation du cerveau à l'origine des fonctions les plus complexes, telles que la mémoire.

Pour  le Professeur  Stanislas  Dehaene « L’espèce humaine se caractérise par sa remarquable capacité culturelle. Celle-ci repose, en dernière analyse, sur la plasticité cérébrale du cerveau en développement, qui autorise la mise en place rapide de circuits « neuro-culturels ». En quelques années, le cerveau de l’enfant acquiert une spécialisation et des compétences propres à sa culture : une langue maternelle, un système d’écriture, et bien d’autres compétences mathématiques ou musicales s’inscrivent dans sa mémoire pour le restant de la vie. L’objectif de mon exposé est de faire le point sur nos connaissances de la manière dont se produisent quelques-uns de ces apprentissages.  La neuro-imagerie démontre que, chez l’adulte, des territoires corticaux sont spécialisés pour chacun des grands domaines de compétence culturelle : la compréhension du langage parlé est toujours associé aux régions périsylviennes de l’hémisphère gauche, celle du langage écrit à la région occipito-temporale inférieure gauche, l’arithmétique aux régions pariétales bilatérales. On trouve dès la plus tendre enfance, voire même chez le nourrisson, des précurseurs de cette spécialisation : le lobe temporal gauche et l’aire de Broca répondent déjà au langage parlé, la voie occipito-temporale intervient dans la reconnaissance des objets et la voie occipitopariétale dorsale dans celle de leur nombre.

Ma proposition théorique dit le Professeur  Stanislas  Dehaene «   est que ces biais cérébraux précoces, dès la toute première année de vie, fournissent un cadre qui contraint les apprentissages culturels. Les inventions culturelles telles que la lecture envahissent des circuits corticaux qui ont évolué dans un tout autre contexte, mais qui sont susceptibles de se recycler partiellement pour de nouveaux usages propres à l’espèce humaine. Chaque objet culturel doit trouver sa niche cérébrale, un circuit déjà organisé mais doté d’une plasticité suffisante pour se reconvertir. Ainsi la mémoire humaine s’enrichit-elle progressivement, dès la toute petite enfance, de représentations nouvelles qui constituent autant d’extensions de ses compétences génétiques. »

Le débat a été  poursuivi  par l’intervention  de Francis Eustache[8] sur «  Les systèmes de mémoire chez l’homme : données de la pathologie »  Pour Francis Eustache  La neuropsychologie de ces cinquante dernières années a insisté sur l’importance théorique des dissociations observées dans différentes pathologies de la mémoire : les patients atteints d’un profond syndrome amnésique ont en effet des capacités préservées dans certains domaines de la mémoire. De nombreuses dissociations ont aussi été mises en évidence dans le cadre de différentes pathologies dégénératives. Ces constats ont stimulé les recherches et ont conduit à plusieurs modèles théoriques privilégiant une vision plurielle de la mémoire organisée sous la forme de composantes distinctes. Une fois ces systèmes identifiés, l’accent a été porté sur les relations qu’ils entretiennent entre eux et sur leur fonctionnement.

Nous avons proposé un modèle qui tient compte de nombreuses données provenant de la neuropsychologie mais aussi de la psychologie cognitive et de l’imagerie fonctionnelle cérébrale[9] distingue cinq systèmes de mémoire en interaction. Trois systèmes de représentation à long terme sont organisés dans une configuration hiérarchique : des mémoires perceptives (permettent de maintenir en mémoire de simples percepts avant même l’accès à leur signification), vers la mémoire sémantique (mémoire des connaissances générales sur le monde et sur soi) et la mémoire épisodique (mémoire des souvenirs personnels avec impression de reviviscence de l’événement vécu ; voir Tulving, 2002). Par ailleurs, les différentes composantes de la mémoire de travail constituent un espace de travail qui permet le maintien à court terme de diverses informations durant la réalisation d’activités en court (voir Baddeley, 2000). Enfin, la mémoire procédurale est détentrice de nos habiletés et habitudes. Ce savoir faire sont solidement ancrés dans notre mémoire mais ils nécessitent eux-aussi des interactions nombreuses avec les autres composantes du modèle, tout particulièrement lors de l’acquisition d’une nouvelle habileté (voir Beaunieux et al, 2006). Les liens sont multidimensionnels entre ces différents systèmes : la récupération d’informations dans un système permet l’encodage ou renforce l’encodage et ainsi prolonge/modifie la consolidation dans un autre système.

L’objet de cet exposé est de présenter, d’une part, des résultats et des modèles théoriques qui ont participé à la proposition de MNESIS. D’autre part, nous insisterons sur l’un des enjeux actuels est qui est d’intégrer de nouvelles dimensions à ces systèmes de mémoire, afin de mieux rendre compte de la formation des souvenirs et de la construction de l’identité. Plusieurs exemples seront pris dans le domaine de la mémoire autobiographique où diverses dissociations peuvent être mises en évidence dans les maladies neurodégénératives.

Les systèmes de mémoire chez l’homme : données de l’imagerie cérébrale  a été interprété par  Béatrice Desgranges [10] sur la base de « l’imagerie fonctionnelle cérébrale chez le sujet sain permet d'obtenir "directement" des informations sur les structures cérébrales impliquées dans le fonctionnement de la mémoire et de plus, participe au débat concernant l’indépendance des systèmes de mémoire et leurs interrelations.  Ainsi, dans le domaine de la mémoire épisodique, les études d’imagerie cérébrale ont été décisives dans la formulation de l’hypothèse d’une asymétrie hémisphérique des processus d’encodage et de récupération en mémoire épisodique ayant donné naissance au modèle HERA (Tulving et al., 1994). Ce modèle se trouve vérifié dans l’une de nos études (Bernard et al., 2001) par la méthode soustractive classique : lors de l’encodage, les activations sont situées au niveau du cortex préfrontal, préférentiellement à gauche, et lors de la récupération, elles le sont dans le cortex préfrontal droit. Par ailleurs, le recours à une autre méthode d’analyse (corrélations entre les valeurs du débit sanguin cérébral obtenues lors de l’encodage et les performances de mémoire subséquentes) a permis de mettre en évidence le rôle de l’hippocampe dans la réussite de la mémorisation. La conjonction de ces deux méthodes a ainsi souligné l’importance du cortex frontal et de l’hippocampe, deux structures qui jouent des rôles essentiels et complémentaires au sein d’un réseau plus étendu.

L’imagerie cérébrale fonctionnelle a aussi largement contribué à la compréhension des relations entre les différents systèmes de mémoire. Ainsi, l’analyse comparée des travaux portant sur la mémoire épisodique et la mémoire sémantique suggère que ces deux systèmes de mémoire sont sous-tendus par deux réseaux distribués, se chevauchant mais dissociables, avec des régions communes et des parties spécifiques à la mémoire épisodique. Ces données contredisent l’hypothèse de systèmes mnésiques totalement autonomes, et en revanche appuient celle de l’organisation hiérarchique proposée par Tulving.

Le troisième système de mémoire, le « système de représentations perceptives », se distingue des deux précédents, non seulement sur le plan des structures cérébrales impliquées (le cortex occipital), mais aussi sur le sens des activations. En effet, la mise en jeu des effets d’amorçage se traduit non par une augmentation des activations, mais par leur diminution (Lebreton et al., 2001 ; Gagnepain et al., 2008).

Enfin, contrairement à l’idée d’une indépendance de la mémoire procédurale, suggérée par les données de la neuropsychologie, l’imagerie fonctionnelle a contribué à mettre en évidence les liens étroits qu’elle entretient avec les autres systèmes mnésiques, surtout au début de l’acquisition des procédures (Hubert et al., 2007 ; sous presse).

En conclusion, la mémoire est un phénomène complexe dont le fonctionnement normal est de mieux en mieux connu, notamment grâce aux méthodes d’imagerie fonctionnelle cérébrale. Par comparaison avec les sujets sains, cette approche permet aussi de mieux comprendre la nature et l’origine des déficits cognitifs dans le vieillissement normal et dans certaines pathologies cérébrales.

Quant à Bernard Lechevalier, de l’Académie nationale de médecine dans son exposé intitulé « De l’ictus amnésique idiopathique à la pathologie de l’hippocampe  qu’il  a présenté L’objectif de ce travail était la  suivante : «  d’aborder la question de la physiopathologie de l’ictus amnésique (IAI) à partir d’une cohorte de 142 patients (rapportés dans la revue Brain) examinés au CHU de Caen de 1999 à 2005, pendant l’épisode amnésique, par une équipe de garde pluridisciplinaire de neurologues, neuropsychologues et neuroradiologues. Si le diagnostic de ce syndrome est relativement aisé, sa cause et son mécanisme restent inconnus. Une lettre de Paul Broca, découverte récemment, montre que son auto-observation (1854) peut être considérée comme la première description. Au point de vue clinique, à l’encontre de la définition américaine (Transient global amnesia) nous avons constaté que l’amnésie n’était pas globale, elle n’atteint que la mémoire épisodique mais respecte les mémoires à court terme, procédurale et sémantique. L’attention, la conscience à l’exception de l’orientation temporo spatiale, sont également respectées. Il persiste à titre de seule séquelle une amnésie lacunaire. Un certain nombre de facteurs déclenchant et de signes cliniques associés sont répertoriés. Une batterie de tests neuropsychologiques a permis de considérer l’IAI comme un défaut d’accès à la mémoire à long terme à partir du « buffer épisodique » (décrit par Baddley), intermédiaire entre le court terme et le long terme.

Si l’EEG a toujours été normal au décours de l’accès, l’imagerie cérébrale fonctionnelle a contribué à mieux connaître cette affection. Traditionnellement, elle avait été considérée comme ayant un rapport avec l’épilepsie, une cause hémodynamique, la migraine. Aujourd’hui l’IRM fonctionnelle de diffusion a mis en évidence au cours ou au décours de l’épisode, une anomalie majoritairement unilatérale située dans le champ CA1 de l’hippocampe. Cette anomalie fait discuter sa localisation et sa nature, en effet il était bien établi, d’après des observations anatomocliniques, que seules les lésions bilatérales de l’hippocampe pouvaient causer un syndrome amnésique ; quant au champ CA1 sa situation est critique puisqu’il est tout autant une zone très sensible à l’anoxie et le siège, selon Cajal d’un regroupement des fibres nerveuses efférentes de l’hippocampe. La nature de cette image transitoire est inconnue, nous avons tenté un rapprochement avec des anomalies des canaux potassiques voltage dépendant de l’hippocampe incriminés dans une forme d’encéphalite limbique non para-néoplasique, acquise et réversible, de nature auto-immunes. ;

Nous pensons qu’en sciences sociales  sur dans le domaine de la sociologie  et de l’histoire l’aspect d’analyse de la mémoire est importante. En Histoire, Pieter LAGROU,[11]  pense que « Depuis vingt ans, la notion de mémoire collective est couramment employée par les historiens. Son usage requiert pourtant certaines précautions afin d'éviter les contresens. Tout d'abord, il convient de souligner que la mémoire collective n'est qu'une image ; en aucun cas la collectivité ne peut fonctionner de la même façon qu'un individu.

Ensuite, il faut insister sur le fait que ce mot ne désigne pas seulement la mémoire collective d'une nation. L'idée selon laquelle l'Etat-Nation serait l'unique source de mémoire collective correspond à des modèles théoriques d'Etat totalitaire. Cette idée trouve d'ailleurs ses limites à travers la récalcitrance historique et la diversité des formes de collectivités humaines.

Dans le but d'étudier le fonctionnement de mémoires collectives, il est possible de recourir à certains exemples d'histoire comparative. Ainsi, en 1948, lors du premier rassemblement des survivants des camps de concentration, la délégation néerlandaise a été surprise de voir arriver la délégation française avec un drapeau. Elle a été consternée par l'irruption d'une symbolique militaire lors d'un événement qui ne recouvrait pour elle aucune connotation de cette nature. On peut expliquer la structuration différente des mémoires française et hollandaise par le conditionnement produit par certains événements antérieurs, propre à chaque pays. En effet, les Pays-Bas étaient restés neutres pendant la première guerre mondiale, tandis que la France y avait participé. La société française était imprégnée des discours des anciens combattants depuis 1918, ce qui a structuré sa perception du second conflit. Cette narration était aussi sélective. Elle a, entre autres, contribué à marginaliser le souvenir de la participation des femmes à la Résistance.

Dans certains cas extrêmes par ailleurs, on observe une intrusion de la mémoire collective dans la mémoire individuelle. Ainsi, certains anciens résistants sont convaincus d'avoir débuté leur engagement dans la résistance dès l'appel du 18 juin 1940, alors que l'étude de leur correspondance indique qu'ils n'ont pris connaissance de l'appel du Général de Gaulle que quelques années plus tard. Tous ces exemples démontrent le fonctionnement des mémoires collectives. »

En dehors de la Conférence, les chercheurs ont effectué des travaux dans les Laboratoires de recherche dans les différentes universités.

Sur la mémoire familiale et  une  sociologie  de l’intime   Anne MUXEL[12]pense qu’ Une part de la mémoire et de l'identité individuelle se construit à travers l'expérience de la  vie de famille. L'étude du rôle de la mémoire d'un individu dans la construction de son identité s'inscrit dans le développement de nouvelles approches en sociologie, explorant une sociologie de l'intimité. Ainsi, l'étude sociologique de la mémoire familiale a conduit à lui attribuer trois fonctions qui servent plus ou moins directement la construction de l'identité personnelle, mais aussi sociale de l'individu. Les trois fonctions de la mémoire familiale sont La transmission Avec cette première fonction de la mémoire, le sujet peut s'inscrire dans une histoire, revendiquer une filiation. La mémoire opère sur l'individu une action d'identification et permet à celui-ci de se situer dans le cadre d'une histoire généalogique. Cette part de la mémoire, archéologique en quelque sorte, fondatrice d'une appartenance familiale pourra être transmise aux générations postérieures. Ainsi, la mémoire peut-elle participer aux mouvements de continuité et de rupture à l'œuvre dans la chaîne des générations.La reviviscence En faisant acte de mémoire, un individu revit des expériences passées, certains événements de son enfance. La remémoration, plus ou moins volontaire à travers l'opération, à la fois magique et nostalgique du souvenir, permet d'être transporté à nouveau dans le passé. En ce sens, la mémoire peut annuler le temps. La réflexivité En permettant à un individu d'effectuer un retour sur son passé, la mémoire produit une opération d'évaluation de ce même passé, et conduit donc aussi à reconsidérer sa situation présente. Par le développement d'une attitude de réflexivité, la mémoire peut orienter sinon la trajectoire de l'individu, en tout cas la conscience de celle-ci." Le passé n'est pas derrière soi, mais bien devant soi " ; l'individu est amené à négocier en permanence avec son passé pour aborder sa vie présente et à venir. La mémoire donne des clefs de compréhension pour étudier la façon dont les individus vivent et interprètent les expériences sociales auxquelles ils sont confrontés. C'est dans cette perspective que la sociologie étudie les rapports de l'individu avec sa mémoire familiale.

Dans le domaine de la bio neurologie  les travaux du Professeur Bernard SOUMIREU-MOURAT,[13] sont intéressants. Selon lui, « La difficulté de l'approche scientifique de la mémoire humaine réside dans son tiraillement permanent entre la psychologie et la biologie, du fait des interactions entre la mémoire considérée comme un contenant et la mémoire considérée comme un contenu. Un aphorisme de Théodule Ribot, affirme dès le XIXe siècle que " la mémoire est par essence un fait biologique et par accident un fait psychologique ".
Si de nombreuses étapes scientifiques restent à franchir par les chercheurs dans les années à venir, le chemin parcouru au cours de ces vingt dernières années n'en reste pas moins appréciable. On a en effet découvert les capacités considérables dont est doté le cerveau. Il comporte un degré de miniaturisation et de plasticité exceptionnel, qu'aucun système artificiel n'est encore parvenu à approcher. En outre, le mode d'action de la mémoire individuelle a été mis au jour. Celle-ci opère des mécanismes de catégorisation et établit des similitudes permettant l'apprentissage et la reconnaissance des situations. La pièce maîtresse de la mise en mémoire est une structure cérébrale appelée circonvolution de l'hippocampe.

Mais quelle est la réalité de notre mémoire écrite qui a été niée par les autres Etats  qui ont fait l’objet du génocide et qu’on parle de leurs mémoires du génocide mais pas de notre ? Dans ce sens  les analyses  des Académies des sciences  renversent la logique négationniste concernant  les génocides  de Kotchgiri de Dersime, du Pont- Euxen  des Arméniens et des Grecs des Kurdes et des Assyro Chaldéens ?

L’Etat impérialiste turc qui nie  le génocide des Arméniens et des Kurdes  soutenu par Israël alors  comme le génocide des juifs   et les nôtres sont des réalités historiques de la mémoire de l’humanité.

C’est pourquoi il important de citer l’article  Yan Schubert[14] qui l’a Appelé communément Holocaust-Denkmal ou Holocaust-Mahnmal, le monument pour les juifs assassinés d'Europe (Denkmal für die ermordeten Juden Europas) de Berlin est un véritable reflet de la politique mémorielle allemande des vingt dernières années et du développement des mémoires du génocide juif, du national-socialisme et de la Deuxième Guerre mondiale en République fédérale. Il souligne en effet le difficile et complexe rapport du pays à l'histoire du IIIeReich, marqué par une constante oscillation entre un essai de maîtrise du passé et une volonté de tirer un trait définitif sur la période nationale-socialiste. Si le dévoilement public du mémorial conçu par Peter Eisenman semble s'inscrire presque naturellement dans la vague commémorative de ce début d'année, il le doit à une coïncidence de calendrier. Formulée en été 1988 par un groupe de citoyens emmenés par la publiciste Lea Rosh, l'idée même du monument aurait en effet dû être réalisée bien plus tôt, loin du tapage médiatique des commémorations des soixante ans de la libération d'Auschwitz et de la fin de la Deuxième Guerre mondiale en Europe. Mais sujette à de vives polémiques sur la dédicace aux seules victimes juives, sur l'emplacement et sur la forme esthétique du mémorial, elle n'est concrétisée que dix-sept ans plus tard, dans un contexte commémoratif et mémoriel d'une ampleur sans précédent. »

Alors  pour conclure  il faut poser encore une fois la question de la mémoire des génocides  par rapports aux recherches effectuées par les scientifiques  sur la mémoire ? Comment ces recherches  permettront aux Etats  criminels afin de connaître  et  comprendre le crime de génocide par  cette  mémoire  ? Peut-on expliquer ce crime hors du commun et des crimes des génocides commis par l’Etat impérialiste turc à l’encontre des Arméniens  et des Grecs et de Kurdes et des Assyro Chaldéens basés sur la mémoire ? Comment le distinguer de d’autres massacres de masse ou de crimes contre l’humanité ? Si ce ne sont ni l’ampleur ni la forme d’une tuerie qui fait d’elle un génocide, comment définir ce dernier sans la mémoire ? Quelles raisons peuvent être invoquées par un gouvernement pour qu’il décide d’exterminer, totalement ou en partie, un autre groupe racial, ethnique, national ou religieux malgré  des preuves matérielles l’Etat turc continue de nier et ces thèses sont soutenues par l’Etat Israël ? Pourquoi le XXe siècle a-t-il été qualifié de « siècle des génocides » ? Peut-on véritablement prévenir le génocide ? Comment offrir l’égalité et la protection aux peuples opprimés sans mémoires écrites ? Les mécanismes de répression du crime considéré comme un délit international sont-ils suffisants sans mémoire ? Quelle place consacrer au « devoir de mémoire » pour que le génocide ne se reproduise pas ? Comment les recherches de l’Académie des  Sciences  permettront de  faire  et de connaître l’autre mémoire ?



 Dr Ali KILIC

Paris le 03-06-2008

 



[1] Lieu : Grande Salle des séances - Académie des sciences de l’Institut de France Contact : Service des colloques, 23 quai Conti - 75006 Paris, tél : 01 44 41 43 82 fabienne.bonfils@academie-sciences.fr

 

[2] de l’Académie des sciences

[3] de l’Académie nationale de médecine .

 

[4]  je pense donc je suis

[5]  Dr Ali KILIC, BilimKavraminin geçmisi uzerine bir inceleme, Université de Hacettepe, Facultés des Etudes  Académiques, Département de Philosophie, Thèse pour la Sécialité  en Science, Ankara Juin 1979,p ;57

[6] Serge Laroche, Laboratoire de Neurobiologie de l’apprentissage, de la mémoire et de la communication : Mécanismes cellulaires et moléculaires de la plasticité de la mémoire, NAMC, CNRS UMR 8620, Université Paris-Sud, Orsay

 

[7] Professeur au Collège de France Inserm U562, CEA/SAC/DSV/DRM

 

[8] Inserm – EPHE – Université de Caen Basse-Normandie, Unité U923, Caen

 

[9] . MNESIS (pour Modèle NEoStructural Inter-Systémique ; Eustache et Desgranges, Neuropsychology Review, 2008

[10] Inserm-EPHE-Université de Caen Basse Normandie, U923, Laboratoire de Neuropsychologie, CHU Côte de Nacre, 14033 Caen Cedex

 

[11] Pieter LAGROU, chargé de recherche au CNRSInstitut d'Histoire du Temps Présent (CNRS)

[12] Anne MUXEL, chargée de recherche au CNRSCentre d'étude de la vie politique française  (CEVIPOF - CNRS - FNSP)

[13] professeur à l'université d'Aix-Marseille ILaboratoire " Neurobiologie intégrative et adaptative " (CNRS - Université Aix-Marseille I)

[14] Assistant au département d'histoire de l'Université de Genève Paru le Mardi 10 Mai 2005

 

 

 

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