|
Dr
Ali KILIC
Paris le 03-06-2008 LA CONFERENCE DE L’ACADEMIE DES SCIENCES SUR LA MEMOIRE L’Académie
des sciences de l’Institut de France et de l’Académie nationale de médecine
a organisé une Conférence[1]
le 3 juin 2008 à Paris sur
La Mémoire sous la direction des coordinateurs Jean-Pierre Changeux,[2]
et de Bernard Lechevalier[3]. La
question qui se pose comment les recherches effectuées par les
scientifiques en sciences exactes permettront de comprendre la réalité de la mémoire
interprétée en sciences sociales.
Malgré ces connaissances scientifiques
sur la mémoire les
Etats vont-ils nier la mémoire écrite des génocides ?
Du point de vue des recherches effectuées dans les sciences sociales
nous pensons que la question de la
mémoire n’a pas été
interprétée en sciences
sociales et en sciences exactes de la même façon. Mais l’organisation
de la Conférence par l’Académie
des Sciences et de l’Académie
des Sciences de la Médecine nous
ont fait appel
à la mémoire du Génocide de Kotchgiri et de Dersime qui n’est
pas sur le même plan. En
effet, depuis 1915, l’histoire de la 1ère
guerre mondiale, l'histoire du régime du CUP et du kémalisme
et de la complicité de l'État impérialiste turc
dans la déportation des Arméniens,
des Grecs et des Kurdes et des Assyro Chaldéens
la mise en œuvre du génocide en Turquie, constituent un enjeu de mémoire
récurrent. Aujourd'hui
encore, l’accès aux fonds d’archives turques
concernant la 1ère
guerre mondiale jusqu’en 1937-38
période la génocide de Dersime
et plus particulièrement la façon dont doit être traité dans nos
programmes d'histoire le régime kémaliste continuent de poser problème,
de nourrir des polémiques, de susciter des passions et des querelles
toujours prêtes à se réveiller. L'exploitation médiatique qui a été
faite autour d'un certain nombre d'affaires et de
procès plus particulièrement
de Cheik Said et de Procès des dirigeants de la résistance de Kotchgiri 1921
et de Dersime 1937 nous a
rappelé tout au long de ces dernières années, combien en effet nous
avions encore quelques difficultés à assumer dans la sérénité l'épisode
douloureux et aussi, à bien des égards. Au
fond la question de la mémoire dans les sciences sociales te dans les
sciences exactes est
très importante pour
l’humanité dans son ensemble. C’est pourquoi dans une premier temps
nous examinerons l’interprétation de la mémoire en philosophie
et sociologie et en psychologie cognitive et dans deuxième temps nous examinerons les recherches effectuées par l’Académie
des Sciences et afin de voir la corrélation
des recherches scientifiques effectuées
en sciences exactes par rapport aux sciences sociales
et les conclusions que nous pouvons tirer dans le processus de la
reconnaissances des génocides
par la mémoire.
La mémoire est l'une des fonctions les plus importantes et l'une des
propriétés les plus passionnantes du cerveau. Pascal disait déjà :
"La mémoire est nécessaire a toutes les opérations de
l'esprit". Il est bien vrai qu'elle régit l'essentiel de nos activités
qu'elles soient scolaires, professionnelles, quotidiennes ou de loisirs.
Elle construit aussi bien l'identité, les connaissances, l'intelligence, la
motricité et l'affectivité de chacun de nous. La question qui se pose est
de savoir la mémoire
a –t-elle des limites ?
Si les mémoires sensorielles et à court terme ont des capacités limitées
au traitement de l'information, la mémoire à long terme possède de
prodigieuses facultés de conservation. Il nous arrive pourtant d'avoir des
défaillances et d'oublier, sans pour autant que nous ayons à nous alarmer.
L'oubli n'est pas un phénomène anormal. Alfred Jarry écrivait même :
"L'oubli est la condition indispensable de la mémoire". Effectivement, l'oubli intervient parce que notre cerveau est
organisé pour éliminer tout ce qui pourrait l'encombrer inutilement ou
lorsque l'information n'a pas subi le traitement approprié. Mais l’oubli
de la mémoire des génocides au Kurdistan et en Mésopotamie
non seulement a une
particularité technique, mais
aussi est une responsabilité historique dont les scientifiques ont
d’obligations d’y insister. C’est pourquoi le processus d'organisation
est essentiel dans le travail et le succès du rappel : les chances de
retrouver un souvenir, dans l'immense bibliothèque qu'est la mémoire sémantique,
dépendent de la qualité avec laquelle on a étiqueté ce souvenir. Mais
que nous pouvons dire sur la
politique coloniale turque arabe perse
avec la construction des barrages
ont mis sous les eaux la mémoire historique des peuples de Mésopotamie ? Dans
ce sens que signifie la mémoire ?
Qu’est ce que la mémoire ? Que signifie
la mémoire en philosophie, en histoire en sociologie, en biologie ?
Autrement dit quelles sont les formes de la mémoire ? Comment l’Académie des Sciences et les Scientifiques posent cette
question ? D’abord
en sciences sociales considérées comme l'une des principales facultés de
l'esprit humain la mémoire a fait l'objet des toutes premières
investigations scientifiques. Les progrès dans la compréhension des mécanismes
de la mémoire tiennent d'une part à l'étude de cas exceptionnels
(patients amnésiques ou au contraire doués d'une capacité mnésique
exceptionnelle, dite mémoire eidétique
et d'autre part, à l'application des méthodes de la psychologie expérimentale.
Depuis le début du XXe siècle de nombreux modèles
ont été proposés pour rendre compte des observations expérimentales. Et
à partir de la deuxième moitié du siècle, les neurosciences cognitives
ont fourni de nouveaux éléments concernant les bases biologiques de la mémoire
chez l'être humain qu'il partage avec les autres animaux. Alain
PROCHIANTZ distingue ou divise
en trois formes en particulier : La première forme est la mémoire évolutive correspond à la mémoire accumulée et conservée sous forme
de programmes génétiques, au fil de l'évolution des espèces. Elle
correspond à la forme ou l'imago marquant l'appartenance à l'espèce, et
rassemblant tous les traits caractéristiques d'une espèce donnée.
Parmi les gènes impliqués dans cette mémoire évolutive, les gènes
de développement jouent un rôle essentiel. Par leur biais, on peut dire
que l'histoire du vivant est imprimée dans la structure génétique. C'est
ainsi que par l'étude de la structure et de l'organisation de certaines
familles de gènes de développement, il a pu être démontré que les vertébrés
ou Homo sapiens partagent un ancêtre commun avec les arthropodes, ancêtre
ayant probablement vécu il y a environ 600 millions d'années.
Cette histoire de l'espèce est irréversible au sens où, si l'on
remontait à cet ancêtre, en ajoutant 600 millions d'années d'évolution,
nous n'arriverions certainement pas aux espèces actuellement vivantes. La
deuxième forme est la Mémoire individuelle pour ce qui est du système nerveux,
est à la fois morphologique et synaptique. Dans le mouvement continu de son
histoire, un individu accumule un ensemble considérable d'informations et
de souvenirs, une expérience. Cette accumulation se traduit sur le plan
biologique par une modification du nombre de neurones, de leur forme, et des
multiples connexions ou synapses qu'ils établissent entre eux. Ce mécanisme
est rendu possible par l'extraordinaire plasticité du cerveau, dont un
aspect est marqué par l'existence de cellules souches qui se renouvellent
en permanence. La troisième forme
de la Mémoire est la Mémoire culturelle. Est composée de l'ensemble des
artefacts produits par une culture, que celle-ci soit humaine ou animale. Dans
une recherche j’avais effectuée
en 1979 sur la question de la science chez Descartes « selon Descartes
la science est un système crée
par les déductions basées sur
une connaissance exacte et évidente. Elle est possible grâce à deux manières de connaître : l’intuition et la déduction. Pour
Descartes, l’intuition est une compréhension claire et distincte qui ne
laisse aucun doute. Ce qui se connaît directement
par l’intuition ne peut qu’une vérité simple. Comme cogito
ergo sum.[4]
Les autres connaissances sont
tirées par ces vérités. La fonction de la science Descartes, est d’empêcher
les hommes de se tromper »[5]
En philosophie Descartes s'est intéressé très tôt aux moyens d'accès à
la connaissance, dans les Règles pour la direction de l’esprit (1629), règles
qu'il emploiera dans la suite de sa carrière philosophique. Il mentionne
les relations de la mémoire avec l'intuition et la déduction dans
la règle troisième : « la déduction n’a pas besoin d’une
évidence présente comme l’intuition, mais [...] elle emprunte en quelque
sorte toute sa certitude de la mémoire. » La règle septième insiste
sur la fonction de la mémoire dans l'énumération : « Aussi
j’en parcourrai la suite de manière que l’imagination à la fois en
voie une [grandeur] et passe à une autre, jusqu’à ce que je puisse aller
de la première à la dernière avec une telle rapidité que, presque sans
le secours de la mémoire, je saisisse l’ensemble d’un coup d’œil. » La
règle huitième mentionne les
avantages ou les inconvénients que les facultés de mémoire (ainsi que
d'autres) peuvent apporter dans la méthode scientifique : « Et
d’abord nous remarquerons qu’en nous l’intelligence seule est
capable de connaître, mais qu’elle peut être ou empêchée ou aidée par
trois autres facultés, c’est à savoir, l’imagination, les sens, et la mémoire.
Il faut donc voir successivement en quoi ces facultés peuvent nous nuire
pour l’éviter, ou nous servir pour en profiter. » La règle
douzième indique les moyens qu'emploie l'intelligence : « Enfin
il faut se servir de toutes les ressources de l’intelligence, de
l’imagination, des sens, de la mémoire, pour avoir une intuition
distincte des propositions simples, pour comparer convenablement ce
qu’on cherche avec ce qu’on connoît, et pour trouver les choses qui
doivent être ainsi comparées entre elles ; en un mot on ne doit négliger
aucun des moyens dont l’homme est pourvu et la question de la Mémoire
chez Henri Bergson j’avais conclu que l constitue une analyse du
problème classique de l'union de l'âme et du corps. Le sous-titre est
"Essai sur la relation du corps à l'esprit".Dans ce cadre,
l'analyse de la mémoire est un moyen pour trancher ce problème de l'âme
et du corps. Ce livre est écrit en réaction au livre Maladies de la mémoire
de Théodule Ribot, paru en 1881. Ce dernier soutient que la science du
cerveau prouve que le souvenir est logé dans une partie du système
nerveux. Le souvenir serait localisé dans le cerveau, il serait donc matériel.
Bergson s'oppose à cette réduction de l'esprit à la matière: c'est un
antiréductionniste. Il considère que la mémoire est profondément
spirituelle. Le cerveau se contente d'orienter la mémoire vers l'action présente.
Le cerveau insère des souvenirs dans le présent en vue de l'action. Le
cerveau a une fonction pratique. Le corps est le centre de l'action. Les lésions
du cerveau n'abîment pas le souvenir, ni la mémoire. Ces lésions
perturbent la fonction pratique du cerveau. Les souvenirs ne peuvent pas être
incarnés. Ils existent toujours mais ils sont impuissants. En effet, le
cerveau ne remplit plus sa fonction, on ne peut donc pas utiliser ces
souvenirs. Par
ailleurs, il distingue deux formes de mémoire: - 'la mémoire habitude:
elle rejoue le passé, elle le répète. Elle n'est pas reconnue comme passée.
Elle utilise l'acquis de l'action passée pour l'action présente. Elle est
automatique. Elle est inscrite dans le corps, elle est utile. Bergson prend
l'exemple de la leçon apprise par cœur: lorsque j'apprends une leçon en
vers, je la récite sans réfléchir de manière mécanique. Cette leçon a
une certaine durée lorsque je la récite. Cette durée est régulière. On
peut rapprocher cette mémoire d'un savoir-faire ou comme son nom l'indique
de l'habitude. "C'est l'habitude éclairée par la mémoire plutôt que
la mémoire même". Matière et mémoire. La mémoire pure
ou mémoire souvenir: elle enregistre le passé sous forme de "souvenir
image". Elle représente le passé. Le passé est reconnu comme passé.
Elle est d'ordre contemplatif et théorique, elle est gratuite. Elle est
profondément spirituelle. C'est la vraie mémoire. Bergson prend l'exemple
du souvenir de l'apprentissage de la leçon apprise par cœur. C'est un fait
daté que je ne peux pas recréer. La mémoire pure ou mémoire souvenir
permet de savoir que la leçon a été apprise dans le passé et qu'elle
n'est pas "innée". Dans
sa philosophie, Bergson accuse la métaphysique de mal poser les problèmes.
En outre, elle est coupable de faire passer les problèmes subsidiaires ou
secondaires avant les problèmes principaux. Bergson ne crée pas les problèmes
qu'il se pose. Mais il crée la manière dont il les pose. Ainsi, chacun de
ses quatre principaux livres répond à un problème précis. Le problème
de Descartes dans sa définition de l'âme et du corps: ce sont deux
substances qui ont des attributs différents. Son tort est de les définir
comme des substances ou "res". Il ne les distingue pas assez.
Bergson distingue réellement l'âme et le corps. Contrairement à la
philosophie classique de Descartes, cette distinction ne repose pas sur la
spatialité mais sur la temporalité. L'âme est le lieu du passé et le
corps est le lieu du présent. L'âme ou l'esprit est toujours ancré(e)
dans le passé. Elle n'est pas dans le présent.Elle contemple le présent
en étant logé dans le passé. Avoir conscience de quelque chose, c'est le
voir du passé, donc à la lumière du passé. Lorsque l'on se contente de réagir
à un stimulus extérieur, on n'a pas conscience de ce que l'on fait. On est
dans le lieu du corps, c'est-à-dire dans le présent. Toute prise de
conscience implique un temps d'arrêt entre le stimulus et la réaction.
Dans cet entre-deux, on prend conscience (sachant que l'esprit est ancré
dans le passé). On prend conscience en étant dans le passé et à la lumière
du passé, en vue d'une réaction appropriée dans un futur proche.
L'articulation du temps: passé, présent et futur se fait par l'union de l'âme
et du corps. Plus l'esprit est enfoncé dans le passé, plus on prend
conscience. Plus on est dans l'automatisme, plus on est dans le présent,
dans le temps du corps. On n'est jamais que dans l'un ou dans l'autre. Mais
on peut être plus dans l'un ou plus dans l'autre. Une vraie attention nécessite
d'agir avec tout son corps et toute son âme. Selon Bergson, la
"personne impulsive" suspend sa conscience et est dans un
automatisme. Elle ne réfléchit pas. Ainsi, le problème de la causalité
comme libre ou déterminée est entraînée. Elle sera traitée dans l'évolution
créatrice. Contrairement
en philosophie en sciences exactes plusieurs laboratoires de recherches ont consacré leurs
travaux à la mémoire pas comme les philosophes
mais dans les laboratoires des
expériences sur les animaux, à partir des constats et des résultats ils
ont effectué des simulations ils ont commencé à faire copie collée sur
les hommes et les femmes. Parmi de nombreux d’équipes
Serge Laroche travaille
sur Mécanismes cellulaires et
moléculaires de la plasticité et de la mémoire. Le thème central de l'équipe
concerne les mécanismes neuronaux de l'apprentissage et de la mémoire. On
sait que le stockage des souvenirs dans le cerveau repose sur des
modifications durables de l'efficacité synaptique et la réorganisation des
réseaux neuronaux. Notre objectif est d'identifier les mécanismes
cellulaires et moléculaires qui sous-tendent ces changements, de déterminer
leur rôle dans l'apprentissage et à la mémoire et d'identifier dans quels
réseaux et (...) Dans la même Laboratoire de Recherche
Pascal Gisquet Verrire
et Nicole El Massioui travaillent sur «
les processus mnésiques : du normal au pathologique »Les données
cliniques humaines ainsi que les études lésionnelles chez l'animal ont démontré
l'implication dans l'apprentissage et la mémoire, de circuits neuronaux
anatomiquement et fonctionnellement interconnectés. Nous travaillons plus
précisément sur un système limbo-cortico-striatal impliqué dans des
troubles de la mémorisation émergeant de syndromes lésionnels ou de
pathologies comme la maladie de Parkinson, de Huntington ou d'Alzheimer
ainsi que dans des exacerbations d (...) Lors de la Conférence de l’Académie des Sciences dans un
premier Serge Laroche [6]a
fait un exposé sur Mécanismes
cellulaires et moléculaires de la plasticité de la mémoire
puis Stanislas Dehaene[7]
a parlé de l’inscription du langage parlé et écrit dans le cerveau en développement. Selon Serge Laroche «
On admet généralement que l’information en mémoire est encodée sous
forme de configurations spatio-temporelles d’activité dans des réseaux
de neurones distribués et que le stockage de ces représentations repose
sur des modifications acquises de la force synaptique au sein des réseaux
neuronaux activés par l’apprentissage. De nombreuses études montrent
qu’un des mécanismes de l’apprentissage et de la mémoire au niveau
cellulaire repose sur une forme particulièrement durable de plasticité des
synapses, connue sous le nom de potentialisation à long terme, ou LTP.
Certains des mécanismes cellulaires et moléculaires de l’induction et de
l’expression durable de cette plasticité neuronale commencent à être
identifiés. Ils nécessitent l’activation de récepteurs membranaires spécifiques,
comme les récepteurs NMDA du glutamate, et un ensemble de cascades
d’activations moléculaires, en particulier de protéines kinases,
permettant la conversion des signaux extracellulaires en changements
fonctionnels de la connectivité neuronale. On découvre aussi que la régulation
rapide de l’expression de nombreux gènes permet le remodelage durable des
réseaux neuronaux à la base de la formation de traces mnésiques stables.
Les avancées récentes dans la recherche des mécanismes cellulaires et moléculaires
de la plasticité et de la mémoire seront résumé » Serge
Laroche pense que Ces vingt dernières années, les recherches sur la mémoire
ont connu des avancées spectaculaires notamment sur deux terrains. Tout
d'abord, un renouveau conceptuel de la mémoire a vu le jour avec les
travaux de psychologie cognitive et de neuropsychologie, conduisant à
admettre l'existence de plusieurs systèmes de mémoire (sémantique, épisodique,
procédurale, mémoire de travail) reposant sur des systèmes cérébraux
distincts. Les supports anatomo-fonctionnels de ces différentes formes de mémoire
sont aujourd'hui de mieux en mieux connus et les recherches en imagerie cérébrale
chez l'homme ainsi que les approches de neurosciences comportementales chez
l'animal aboutissent à une dissection de plus en plus fine des différentes
structures et circuits cérébraux impliqués dans ces différentes formes
et opérations de mémoire. Elles montrent que chaque type de mémoire fait
intervenir non pas une, mais plusieurs structures du cerveau qui
fonctionnent en interaction. En appréhendant mieux l'anatomo-fonctionnalité
de certains circuits cérébraux participant à ces différentes formes de mémoire,
on abandonne l'idée d'unicité de la mémoire. Un même souvenir peut en
effet être codé sous différentes formes et impliquera différents
circuits neuronaux qui pourront être réactivés selon les besoins. Par
ailleurs, la recherche concernant les mécanismes neuronaux de la mémoire
connaît à l'heure actuelle une véritable révolution. Certaines théories,
preuves à l'appui posent le postulat du rôle fondamental des mécanismes
de plasticité neuronale dans la formation et la conservation de traces mnésiques.
Désormais, il est admis que les circuits neuronaux se modifient en
permanence. Les recherches montrent les activations neuronales sélectives
de certaines catégories d'informations ou d'opérations mnésiques, mais
aussi la propagation de ces activités dans les différents réseaux de
neurones mis en jeu. L'analyse des mécanismes cellulaires et moléculaires
de la mémoire se poursuit par l'identification de plus en plus précise des
mécanismes de la plasticité neuronale. Ces mécanismes nécessitent
l'activation de récepteurs spécifiques et un ensemble de cascades
d'activations moléculaires permettant la conversion des signaux
d'activation reçus par les neurones en changements fonctionnels de leurs
connexions, les synapses. On découvre aussi que l'activation rapide de
nombreux gènes permet le remodelage durable des réseaux neuronaux à la
base de la formation de traces mnésiques stables. Ces recherches ouvrent
aujourd'hui des voies nouvelles pour l'étude des dysfonctionnements mnésiques
qui surviennent avec l'âge ou lors de certaines maladies neurodégénératives
telles que la maladie d'Alzheimer, ainsi que pour le développement de
nouvelles stratégies thérapeutiques. Dans
ces deux domaines, le rapprochement des différentes disciplines et domaines
d'étude sur la mémoire a permis le plein essor des démarches fondées sur
l'intégration des niveaux d'analyse de la cellule à l'organisme. Les
querelles sur la question d'un niveau d'étude spécifique de la mémoire
sont dépassées. Aujourd'hui, c'est cette interdisciplinarité qui permet
d'aborder la question fondamentale des propriétés émergentes entre différents
niveaux d'organisation du cerveau à l'origine des fonctions les plus
complexes, telles que la mémoire. Pour
le Professeur Stanislas
Dehaene « L’espèce humaine se caractérise par sa
remarquable capacité culturelle. Celle-ci repose, en dernière analyse, sur
la plasticité cérébrale du cerveau en développement, qui autorise la
mise en place rapide de circuits « neuro-culturels ». En quelques années,
le cerveau de l’enfant acquiert une spécialisation et des compétences
propres à sa culture : une langue maternelle, un système d’écriture, et
bien d’autres compétences mathématiques ou musicales s’inscrivent dans
sa mémoire pour le restant de la vie. L’objectif de mon exposé est de
faire le point sur nos connaissances de la manière dont se produisent
quelques-uns de ces apprentissages. La
neuro-imagerie démontre que, chez l’adulte, des territoires corticaux
sont spécialisés pour chacun des grands domaines de compétence culturelle
: la compréhension du langage parlé est toujours associé aux régions périsylviennes
de l’hémisphère gauche, celle du langage écrit à la région
occipito-temporale inférieure gauche, l’arithmétique aux régions pariétales
bilatérales. On trouve dès la plus tendre enfance, voire même chez le
nourrisson, des précurseurs de cette spécialisation : le lobe temporal
gauche et l’aire de Broca répondent déjà au langage parlé, la voie
occipito-temporale intervient dans la reconnaissance des objets et la voie
occipitopariétale dorsale dans celle de leur nombre. Ma
proposition théorique dit le Professeur
Stanislas Dehaene «
est que ces biais cérébraux
précoces, dès la toute première année de vie, fournissent un cadre qui
contraint les apprentissages culturels. Les inventions culturelles telles
que la lecture envahissent des circuits corticaux qui ont évolué dans un
tout autre contexte, mais qui sont susceptibles de se recycler partiellement
pour de nouveaux usages propres à l’espèce humaine. Chaque objet
culturel doit trouver sa niche cérébrale, un circuit déjà organisé mais
doté d’une plasticité suffisante pour se reconvertir. Ainsi la mémoire
humaine s’enrichit-elle progressivement, dès la toute petite enfance, de
représentations nouvelles qui constituent autant d’extensions de ses compétences
génétiques. » Le
débat a été poursuivi
par l’intervention de
Francis Eustache[8]
sur « Les systèmes de mémoire chez l’homme : données de la
pathologie » Pour Francis
Eustache La neuropsychologie de
ces cinquante dernières années a insisté sur l’importance théorique
des dissociations observées dans différentes pathologies de la mémoire :
les patients atteints d’un profond syndrome amnésique ont en effet des
capacités préservées dans certains domaines de la mémoire. De nombreuses
dissociations ont aussi été mises en évidence dans le cadre de différentes
pathologies dégénératives. Ces constats ont stimulé les recherches et
ont conduit à plusieurs modèles théoriques privilégiant une vision
plurielle de la mémoire organisée sous la forme de composantes distinctes.
Une fois ces systèmes identifiés, l’accent a été porté sur les
relations qu’ils entretiennent entre eux et sur leur fonctionnement. Nous
avons proposé un modèle qui tient compte de nombreuses données provenant
de la neuropsychologie mais aussi de la psychologie cognitive et de
l’imagerie fonctionnelle cérébrale[9]
distingue cinq systèmes de mémoire en interaction. Trois systèmes de représentation
à long terme sont organisés dans une configuration hiérarchique : des mémoires
perceptives (permettent de maintenir en mémoire de simples percepts avant même
l’accès à leur signification), vers la mémoire sémantique (mémoire
des connaissances générales sur le monde et sur soi) et la mémoire épisodique
(mémoire des souvenirs personnels avec impression de reviviscence de l’événement
vécu ; voir Tulving, 2002). Par ailleurs, les différentes composantes de
la mémoire de travail constituent un espace de travail qui permet le
maintien à court terme de diverses informations durant la réalisation
d’activités en court (voir Baddeley, 2000). Enfin, la mémoire procédurale
est détentrice de nos habiletés et habitudes. Ce savoir faire sont
solidement ancrés dans notre mémoire mais ils nécessitent eux-aussi des
interactions nombreuses avec les autres composantes du modèle, tout
particulièrement lors de l’acquisition d’une nouvelle habileté (voir
Beaunieux et al, 2006). Les liens sont multidimensionnels entre ces différents
systèmes : la récupération d’informations dans un système permet
l’encodage ou renforce l’encodage et ainsi prolonge/modifie la
consolidation dans un autre système. L’objet
de cet exposé est de présenter, d’une part, des résultats et des modèles
théoriques qui ont participé à la proposition de MNESIS. D’autre part,
nous insisterons sur l’un des enjeux actuels est qui est d’intégrer de
nouvelles dimensions à ces systèmes de mémoire, afin de mieux rendre
compte de la formation des souvenirs et de la construction de l’identité.
Plusieurs exemples seront pris dans le domaine de la mémoire
autobiographique où diverses dissociations peuvent être mises en évidence
dans les maladies neurodégénératives. Les
systèmes de mémoire chez l’homme : données de l’imagerie cérébrale
a été interprété par Béatrice
Desgranges [10]
sur la base de « l’imagerie fonctionnelle cérébrale chez le sujet
sain permet d'obtenir "directement" des informations sur les
structures cérébrales impliquées dans le fonctionnement de la mémoire et
de plus, participe au débat concernant l’indépendance des systèmes de mémoire
et leurs interrelations. Ainsi,
dans le domaine de la mémoire épisodique, les études d’imagerie
cérébrale ont été décisives dans la formulation de l’hypothèse
d’une asymétrie hémisphérique des processus d’encodage et de récupération
en mémoire épisodique ayant donné naissance au modèle HERA (Tulving et
al., 1994). Ce modèle se trouve vérifié dans l’une de nos études
(Bernard et al., 2001) par la méthode soustractive classique : lors de
l’encodage, les activations sont situées au niveau du cortex préfrontal,
préférentiellement à gauche, et lors de la récupération, elles le sont
dans le cortex préfrontal droit. Par ailleurs, le recours à une autre méthode
d’analyse (corrélations entre les valeurs du débit sanguin cérébral
obtenues lors de l’encodage et les performances de mémoire subséquentes)
a permis de mettre en évidence le rôle de l’hippocampe dans la réussite
de la mémorisation. La conjonction de ces deux méthodes a ainsi souligné
l’importance du cortex frontal et de l’hippocampe, deux structures qui
jouent des rôles essentiels et complémentaires au sein d’un réseau plus
étendu. L’imagerie
cérébrale fonctionnelle a aussi largement contribué à la compréhension
des relations entre les différents systèmes de mémoire. Ainsi,
l’analyse comparée des travaux portant sur la mémoire épisodique et la mémoire
sémantique suggère que ces deux systèmes de mémoire sont sous-tendus
par deux réseaux distribués, se chevauchant mais dissociables, avec des régions
communes et des parties spécifiques à la mémoire épisodique. Ces données
contredisent l’hypothèse de systèmes mnésiques totalement autonomes, et
en revanche appuient celle de l’organisation hiérarchique proposée par
Tulving. Le
troisième système de mémoire, le « système de représentations
perceptives », se distingue des deux précédents, non seulement sur le
plan des structures cérébrales impliquées (le cortex occipital), mais
aussi sur le sens des activations. En effet, la mise en jeu des effets
d’amorçage se traduit non par une augmentation des activations, mais par
leur diminution (Lebreton et al., 2001 ; Gagnepain et al., 2008). Enfin,
contrairement à l’idée d’une indépendance de la mémoire procédurale,
suggérée par les données de la neuropsychologie, l’imagerie
fonctionnelle a contribué à mettre en évidence les liens étroits
qu’elle entretient avec les autres systèmes mnésiques, surtout au début
de l’acquisition des procédures (Hubert et al., 2007 ; sous presse). En
conclusion, la mémoire est un phénomène complexe dont le fonctionnement
normal est de mieux en mieux connu, notamment grâce aux méthodes
d’imagerie fonctionnelle cérébrale. Par comparaison avec les sujets
sains, cette approche permet aussi de mieux comprendre la nature et
l’origine des déficits cognitifs dans le vieillissement normal et dans
certaines pathologies cérébrales. Quant
à Bernard Lechevalier, de
l’Académie nationale de médecine dans son exposé intitulé « De
l’ictus amnésique idiopathique à la pathologie de l’hippocampe
qu’il a présenté
L’objectif de ce travail était la suivante : «
d’aborder la question de la physiopathologie de l’ictus amnésique (IAI)
à partir d’une cohorte de 142 patients (rapportés dans la revue Brain)
examinés au CHU de Caen de 1999 à 2005, pendant l’épisode amnésique,
par une équipe de garde pluridisciplinaire de neurologues,
neuropsychologues et neuroradiologues. Si le diagnostic de ce syndrome est
relativement aisé, sa cause et son mécanisme restent inconnus. Une lettre
de Paul Broca, découverte récemment, montre que son auto-observation
(1854) peut être considérée comme la première description. Au point de
vue clinique, à l’encontre de la définition américaine (Transient
global amnesia) nous avons constaté que l’amnésie n’était pas
globale, elle n’atteint que la mémoire épisodique mais respecte les mémoires
à court terme, procédurale et sémantique. L’attention, la conscience à
l’exception de l’orientation temporo spatiale, sont également respectées.
Il persiste à titre de seule séquelle une amnésie lacunaire. Un certain
nombre de facteurs déclenchant et de signes cliniques associés sont répertoriés.
Une batterie de tests neuropsychologiques a permis de considérer l’IAI
comme un défaut d’accès à la mémoire à long terme à partir du «
buffer épisodique » (décrit par Baddley), intermédiaire entre le court
terme et le long terme. Si
l’EEG a toujours été normal au décours de l’accès, l’imagerie cérébrale
fonctionnelle a contribué à mieux connaître cette affection.
Traditionnellement, elle avait été considérée comme ayant un rapport
avec l’épilepsie, une cause hémodynamique, la migraine. Aujourd’hui
l’IRM fonctionnelle de diffusion a mis en évidence au cours ou au décours
de l’épisode, une anomalie majoritairement unilatérale située dans le
champ CA1 de l’hippocampe. Cette anomalie fait discuter sa localisation et
sa nature, en effet il était bien établi, d’après des observations
anatomocliniques, que seules les lésions bilatérales de l’hippocampe
pouvaient causer un syndrome amnésique ; quant au champ CA1 sa situation
est critique puisqu’il est tout autant une zone très sensible à
l’anoxie et le siège, selon Cajal d’un regroupement des fibres
nerveuses efférentes de l’hippocampe. La nature de cette image
transitoire est inconnue, nous avons tenté un rapprochement avec des
anomalies des canaux potassiques voltage dépendant de l’hippocampe
incriminés dans une forme d’encéphalite limbique non para-néoplasique,
acquise et réversible, de nature auto-immunes. ; Nous
pensons qu’en sciences sociales sur
dans le domaine de la sociologie et
de l’histoire l’aspect d’analyse de la mémoire est importante. En
Histoire, Pieter LAGROU,[11]
pense que « Depuis vingt ans, la notion de mémoire
collective est couramment employée par les historiens. Son usage requiert
pourtant certaines précautions afin d'éviter les contresens. Tout d'abord,
il convient de souligner que la mémoire collective n'est qu'une image ; en
aucun cas la collectivité ne peut fonctionner de la même façon qu'un
individu. Ensuite,
il faut insister sur le fait que ce mot ne désigne pas seulement la mémoire
collective d'une nation. L'idée selon laquelle l'Etat-Nation serait
l'unique source de mémoire collective correspond à des modèles théoriques
d'Etat totalitaire. Cette idée trouve d'ailleurs ses limites à travers la
récalcitrance historique et la diversité des formes de collectivités
humaines. Dans
le but d'étudier le fonctionnement de mémoires collectives, il est
possible de recourir à certains exemples d'histoire comparative. Ainsi, en
1948, lors du premier rassemblement des survivants des camps de
concentration, la délégation néerlandaise a été surprise de voir
arriver la délégation française avec un drapeau. Elle a été consternée
par l'irruption d'une symbolique militaire lors d'un événement qui ne
recouvrait pour elle aucune connotation de cette nature. On peut expliquer
la structuration différente des mémoires française et hollandaise par le
conditionnement produit par certains événements antérieurs, propre à
chaque pays. En effet, les Pays-Bas étaient restés neutres pendant la
première guerre mondiale, tandis que la France y avait participé. La société
française était imprégnée des discours des anciens combattants depuis
1918, ce qui a structuré sa perception du second conflit. Cette narration
était aussi sélective. Elle a, entre autres, contribué à marginaliser le
souvenir de la participation des femmes à la Résistance. Dans
certains cas extrêmes par ailleurs, on observe une intrusion de la mémoire
collective dans la mémoire individuelle. Ainsi, certains anciens résistants
sont convaincus d'avoir débuté leur engagement dans la résistance dès
l'appel du 18 juin 1940, alors que l'étude de leur correspondance indique
qu'ils n'ont pris connaissance de l'appel du Général de Gaulle que
quelques années plus tard. Tous ces exemples démontrent le fonctionnement
des mémoires collectives. » En
dehors de la Conférence, les chercheurs ont effectué des travaux dans les
Laboratoires de recherche dans les différentes universités. Sur
la mémoire familiale et une sociologie
de l’intime Anne
MUXEL[12]pense
qu’ Une part de la mémoire et de l'identité individuelle se construit à
travers l'expérience de la vie
de famille. L'étude du rôle de la mémoire d'un individu dans la
construction de son identité s'inscrit dans le développement de nouvelles
approches en sociologie, explorant une sociologie de l'intimité. Ainsi, l'étude
sociologique de la mémoire familiale a conduit à lui attribuer trois
fonctions qui servent plus ou moins directement la construction de l'identité
personnelle, mais aussi sociale de l'individu. Les trois fonctions de la mémoire
familiale sont La transmission Avec cette première fonction de la mémoire,
le sujet peut s'inscrire dans une histoire, revendiquer une filiation. La mémoire
opère sur l'individu une action d'identification et permet à celui-ci de
se situer dans le cadre d'une histoire généalogique. Cette part de la mémoire,
archéologique en quelque sorte, fondatrice d'une appartenance familiale
pourra être transmise aux générations postérieures. Ainsi, la mémoire
peut-elle participer aux mouvements de continuité et de rupture à l'œuvre
dans la chaîne des générations.La reviviscence En faisant acte de mémoire,
un individu revit des expériences passées, certains événements de son
enfance. La remémoration, plus ou moins volontaire à travers l'opération,
à la fois magique et nostalgique du souvenir, permet d'être transporté à
nouveau dans le passé. En ce sens, la mémoire peut annuler le temps. La réflexivité
En permettant à un individu d'effectuer un retour sur son passé, la mémoire
produit une opération d'évaluation de ce même passé, et conduit donc
aussi à reconsidérer sa situation présente. Par le développement d'une
attitude de réflexivité, la mémoire peut orienter sinon la trajectoire de
l'individu, en tout cas la conscience de celle-ci." Le passé n'est pas
derrière soi, mais bien devant soi " ; l'individu est amené à négocier
en permanence avec son passé pour aborder sa vie présente et à venir. La
mémoire donne des clefs de compréhension pour étudier la façon dont les
individus vivent et interprètent les expériences sociales auxquelles ils
sont confrontés. C'est dans cette perspective que la sociologie étudie les
rapports de l'individu avec sa mémoire familiale. Dans
le domaine de la bio neurologie les
travaux du Professeur Bernard SOUMIREU-MOURAT,[13] sont intéressants. Selon lui, « La
difficulté de l'approche scientifique de la mémoire humaine réside dans
son tiraillement permanent entre la psychologie et la biologie, du fait des
interactions entre la mémoire considérée comme un contenant et la mémoire
considérée comme un contenu. Un aphorisme de Théodule Ribot, affirme dès
le XIXe siècle que " la mémoire est par essence un fait biologique et
par accident un fait psychologique ". Mais
quelle est la réalité de notre mémoire écrite qui a été niée par les
autres Etats qui ont fait l’objet du génocide et qu’on parle de leurs
mémoires du génocide mais pas de notre ? Dans ce sens les analyses des
Académies des sciences renversent
la logique négationniste concernant les
génocides de Kotchgiri de
Dersime, du Pont- Euxen des Arméniens
et des Grecs des Kurdes et des Assyro Chaldéens ? L’Etat
impérialiste turc qui nie le génocide
des Arméniens et des Kurdes soutenu
par Israël alors comme le génocide
des juifs et les nôtres
sont des réalités historiques de la mémoire de l’humanité. C’est
pourquoi il important de citer l’article Yan
Schubert[14]
qui l’a Appelé communément Holocaust-Denkmal ou Holocaust-Mahnmal, le
monument pour les juifs assassinés d'Europe (Denkmal für die ermordeten
Juden Europas) de Berlin est un véritable reflet de la politique mémorielle
allemande des vingt dernières années et du développement des mémoires du
génocide juif, du national-socialisme et de la Deuxième Guerre mondiale en
République fédérale. Il souligne en effet le difficile et complexe
rapport du pays à l'histoire du IIIeReich, marqué par une constante
oscillation entre un essai de maîtrise du passé et une volonté de tirer
un trait définitif sur la période nationale-socialiste. Si le dévoilement
public du mémorial conçu par Peter Eisenman semble s'inscrire presque
naturellement dans la vague commémorative de ce début d'année, il le doit
à une coïncidence de calendrier. Formulée en été 1988 par un groupe de
citoyens emmenés par la publiciste Lea Rosh, l'idée même du monument
aurait en effet dû être réalisée bien plus tôt, loin du tapage médiatique
des commémorations des soixante ans de la libération d'Auschwitz et de la
fin de la Deuxième Guerre mondiale en Europe. Mais sujette à de vives polémiques
sur la dédicace aux seules victimes juives, sur l'emplacement et sur la
forme esthétique du mémorial, elle n'est concrétisée que dix-sept ans
plus tard, dans un contexte commémoratif et mémoriel d'une ampleur sans précédent. » Alors pour conclure il
faut poser encore une fois la question de la mémoire des génocides
par rapports aux recherches effectuées par les scientifiques
sur la mémoire ? Comment ces recherches
permettront aux Etats criminels
afin de connaître et comprendre le crime de génocide par cette mémoire
? Peut-on expliquer ce crime hors du commun et des crimes des génocides
commis par l’Etat impérialiste turc à l’encontre des Arméniens
et des Grecs et de Kurdes et des Assyro Chaldéens basés sur la mémoire
? Comment le distinguer de d’autres massacres de masse ou de crimes contre
l’humanité ? Si ce ne sont ni l’ampleur ni la forme d’une tuerie qui
fait d’elle un génocide, comment définir ce dernier sans la mémoire ?
Quelles raisons peuvent être invoquées par un gouvernement pour qu’il décide
d’exterminer, totalement ou en partie, un autre groupe racial, ethnique,
national ou religieux malgré des preuves matérielles l’Etat turc continue de nier et
ces thèses sont soutenues par l’Etat Israël ? Pourquoi le XXe
siècle a-t-il été qualifié de « siècle des génocides » ? Peut-on véritablement
prévenir le génocide ? Comment offrir l’égalité et la protection aux
peuples opprimés sans mémoires écrites ? Les mécanismes de répression
du crime considéré comme un délit international sont-ils suffisants sans
mémoire ? Quelle place consacrer au « devoir de mémoire » pour que le génocide
ne se reproduise pas ? Comment les recherches de l’Académie des
Sciences permettront de
faire et de connaître
l’autre mémoire ?
Paris
le 03-06-2008 [1]
Lieu
: Grande Salle des séances - Académie des sciences de l’Institut de
France Contact : Service des colloques, 23 quai Conti - 75006 Paris, tél
: 01 44 41 43 82 fabienne.bonfils@academie-sciences.fr [2]
de l’Académie des sciences [3]
de l’Académie
nationale de médecine . [4] je pense donc je suis [5] Dr Ali KILIC, BilimKavraminin geçmisi uzerine bir inceleme, Université de Hacettepe, Facultés des Etudes Académiques, Département de Philosophie, Thèse pour la Sécialité en Science, Ankara Juin 1979,p ;57 [6]
Serge Laroche,
Laboratoire de Neurobiologie de l’apprentissage, de la mémoire et de
la communication : Mécanismes cellulaires et moléculaires de la
plasticité de la mémoire, NAMC, CNRS UMR 8620, Université Paris-Sud,
Orsay [7]
Professeur
au Collège de France Inserm U562, CEA/SAC/DSV/DRM [8] Inserm
– EPHE – Université de Caen Basse-Normandie, Unité U923, Caen [9]
. MNESIS (pour Modèle NEoStructural Inter-Systémique ; Eustache et
Desgranges, Neuropsychology Review, 2008 [10]
Inserm-EPHE-Université
de Caen Basse Normandie, U923, Laboratoire de Neuropsychologie, CHU Côte
de Nacre, 14033 Caen Cedex [11]
Pieter LAGROU, chargé
de recherche au CNRSInstitut d'Histoire du Temps Présent (CNRS) [12]
Anne MUXEL, chargée de
recherche au CNRSCentre d'étude de la vie politique française
(CEVIPOF - CNRS - FNSP) [13]
professeur à l'université d'Aix-Marseille ILaboratoire "
Neurobiologie intégrative et adaptative " (CNRS - Université
Aix-Marseille I) [14]
Assistant au département
d'histoire de l'Université de Genève Paru le Mardi 10 Mai 2005
|
copyright © 2002-2008 info@pen-kurd.org