Evîn Çîçek et Dr Ali KILIC

Paris le 07-11-2006

Liberté pour Ali Fadil et la journaliste Naïla Berrahal

Pour tous les écrivains et journalistes emprisonnés en Afrique


Naila Berrahal, a reporter for the Algerian Arabic-language newspaper Ech-Chourouk, reads a newspaper in the newsroom at their office in Algiers, Frid 

  

Nous  les écrivains  du Kurdistan, nous considérons que  la liberté d’expression est le fondement de la pensée humaine, sans laquelle  la société ne pourra pas avancer. Nous défendons la cause de la liberté dans le monde entier, qui est la nôtre sans distinguer race et ni couleur ni pays, ni  l’appartenance politique du point de vue de l’éthique de la presse .La défense de la liberté d’expression  pour la libération du Kurdistan, est inséparable de la défense de la liberté de tous les écrivains, journalistes emprisonnés en Afrique et dans le monde.

Selon l’information  de notre Centre de  Pen Kurde, le tribunal d'Hussein-Dey dans la banlieue est d'Alger a condamné, le 31 octobre 2006, le directeur du quotidien "Ech-Chourouk" Ali Fadil et la journaliste Naïla Berrahal à six mois de prison ferme et 20 000 dinars (soit l'équivalent de 220 euros) d'amende suite à une plainte en diffamation déposée par le président libyen Mouammar Kadhafi. Le tribunal a également prononcé la suspension du journal pendant deux mois et l'a condamné à verser au chef d'Etat étranger 500 000 dinars (5 500 euros) de dommages et intérêts. Le PEN international considère que l’arrestation à Ali Fadil et de   Naila Berrahal est absurde et disproportionnée, et réclame annulation de la charge criminelle de diffamation contre les deux journalistes. Il est vrai que  "La disproportion de cette peine illustre encore une fois l'absurdité et la complaisance de la justice algérienne. Aujourd'hui, et pour la première fois, elle sert à ménager les intérêts diplomatiques avec un autre pays. Tant que la dépénalisation des délits de presse ne sera pas mise en oeuvre, cette justice continuera d'être l'instrument du pouvoir en place. La susceptibilité du président Kadhafi ne s'arrête donc pas aux frontières de la joumhouriya libyenne. Non content de bafouer les droits de l'homme dans son pays, le "frère leader" s'en prend également indirectement à la presse algérienne", a déclaré Reporters sans frontières.

La délégation diplomatique libyenne à Alger a déposé plainte au début du mois d'octobre suite à la publication, durant l'été 2006, de deux articles impliquant la participation du président libyen à des négociations avec des chefs de tribus touarègues pour la création d'un Etat indépendant.

Joint par Reporters sans frontières, l'avocat de la défense, Me Khaled Bergheul, a confirmé qu'il comptait faire appel de cette décision dès que le juge aura rendu son jugement. "Ce verdict est très sévère par rapport aux faits", a-t-il ajouté. Selon le code pénal algérien, l'appel est suspensif de la peine.

Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé samedi la condamnation du journal arabophone "Ech-Chourouk", suite à une plainte en diffamation du chef de l'Etat libyen Moammar Kadhafi.


Dans son communiqué, l'organisation de défense de la liberté de la presse, basée à Paris, considère que la peine prononcée le 31 octobre par le tribunal de Hussein Dey (banlieue est d'Alger), à savoir six mois de prison ferme contre le directeur du journal Ali Fodhil et la journaliste Naila Berrahal et 20.000 dinars d'amende (environ 220 euros) est "disproportionnée" par rapport à la nature du délit.Pour RSF, cette peine inédite dans l'histoire de la presse algérienne sert surtout "à ménager les intérêts diplomatique de l'Algérie avec la Libye".

Par ailleurs, les éditeurs des principaux journaux de la presse indépendante ont signé une déclaration commune dans laquelle ils considèrent "la condamnation du directeur de publication d"Ech- Chourouk' et de la journaliste Naila Berrahal (...) comme une grave atteinte à la liberté de la presse dans notre pays".

Les éditeurs de la presse algérienne indépendante disent "condamner avec la plus ferme énergie ces décisions qui ne correspondent pas à la volonté d'établir des relations sereines entre la presse et la justice"

La délégation diplomatique libyenne à Alger avait déposé plainte début octobre à la suite de la publication par Ech-Chourouk de deux reportages du 3 et 12 août dans lesquels, citant des chefs de tribus touarègues algériens, nigériens et maliens, sous couvert d'anonymat, le quotidien faisait état d'un "plan préfabriqué par le colonel Kadhafi pour diviser les Touaregs" (...) et "déstabiliser l'Algérie".

Selon  El Watan « La condamnation du directeur du journal arabophone Ech-Chourouk, Ali Fodhil, et de la journaliste, Naïla Berrahal, à six mois de prison ferme dans le procès intenté par le guide libyen, Mouammar Kadhafi, continue de susciter de vives réactions dans les milieux de la presse.

Après la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et du Syndicat national des journalistes (SNJ), c’est au tour des éditeurs de la presse privée nationale de se lancer dans un véritable élan de solidarité avec ces deux journalistes et leur journal condamné à deux mois de suspension, et ce, afin de défendre ce qui reste encore des acquis de la presse libre. Dans une déclaration, rendue publique à la fin d’une réunion tenue hier à la Maison de la presse Tahar Djaout à Alger, les éditeurs ont qualifié une telle sentence, prononcée mardi dernier par le tribunal de Hussein Dey, d’« une grave atteinte » à la liberté de la presse en Algérie. Ils ont ainsi condamné avec fermeté « les décisions » qui ne vont guère avec la « volonté d’établir des relations sereines entre la presse et la justice ». Estimant que le journal Ech-chourouk a agi professionnellement en dénonçant certains agissements du colonel Kadhafi, qui constituaient, selon les termes de la déclaration, une menace pour la sécurité des frontières algériennes. Face à une telle condamnation, inédite dans l’histoire de la presse algérienne, les éditeurs ont bien demandé à la justice « de suspendre les décisions arbitraires et non conformes au respect de la liberté de la presse dans notre pays ». Aussi, et dans le même sillage, ils ont, encore une fois, réclamé la « dépénalisation » du délit de presse en supprimant les dispositions du code pénal relatives à la diffamation. Le journal Ech-Chourouk, faut-il le rappeler, a été poursuivi en justice pour diffamation suite à la publication, en août 2006, de deux articles dans lesquels il révéla certaines « manœuvres » du colonel Kadhafi au Sud algérien. Manœuvres qui, comme l’a précisé le journal, touchaient à la sécurité interne de l’Algérie. Les avocats de ce quotidien national introduiront leur appel aujourd’hui dans l’espoir que la cour d’appel tienne compte de certains aspects de ce procès. Surtout que l’affaire a été expédiée en première instance où le juge a catégoriquement refusé le report demandé par les avocats de la défense.

Les condamnations du directeur de la publication d’Echourouk Ali Fodhil et de la journaliste Berrahal Khalida à six mois de prison ferme et la décision de suspendre Echourouk pendant deux mois sont une grave atteinte à la liberté de la presse dans notre pays. Les décisions ont jeté le trouble dans les milieux de la presse algérienne. Elles sont injustifiées. Les éditeurs de la presse indépendante réunis le 3 novembre 2006 à la maison de la presse condamnent avec la plus ferme énergie ces décisions qui ne correspondent pas à la volonté d’établir des relations plus sereines entre la presse et la justice. Le travail de nos collègues d’Echourouk répond aux normes journalistiques et professionnelles. Ses enquêtes prennent également en charge les besoins de défense des frontières de notre pays malmenées par les propos irresponsables du colonel El Guedafi. Les éditeurs de la presse indépendante demandent à la justice algérienne de suspendre les décisions arbitraires et non conformes au respect de la liberté de la presse dans notre pays, tout comme ils réitèrent leur demande d’annuler les dispositions du code pénal portant sur la diffamation.

La première affaire concerne le journaliste Mohamed Benchicou. Directeur du journal Le Matin, il a critiqué le régime algérien dans un article intitulé La République de Fatiha Bouagla. Cette critique a été considérée par le magistrat comme un acte diffamatoire à l’encontre du premier magistrat du pays. En effet, l’affaire a été enrôlée par le parquet de l’instance judiciaire « pour outrage au président de la République ».Par la suite, le journal Le Matin a été poursuivi pour diffamation à l’encontre de la famille Chagra En bref, il s’agit de l’affaire Saadaoui, qui déclarait dans un entretien publié sur les pages du journal, qu’il avait été torturé par Mohamed Charga alors que ce dernier appartenait à la sécurité militaire. Le journaliste Mohamed Benchicou a comparu devant le tribunal en sa qualité de directeur de publication du journal Le Matin. Les deux affaires ont été mises en délibéré jusqu’au 16 novembre 2004. Jusqu’ici, Mohamed Benchicou est resté emprisonné dans le pénitencier d’El Harrach. La cour lui a également imposé une amende, s’élevant à 100 000 dinars. Le secrétaire général de La Fédération Internationale des journalistes (FIJ) a déjà déclaré que « la crise profonde des medias algériens appelle à une réaction urgente à l’échelle internationale ». De plus, La FIJ a officiellement condamné l’escalade des pressions politico judiciaires portées contre les journalistes de la presse indépendante en Algérie.

Le deuxième cas touche du journaliste Hafnaoui Ghoul, journaliste à Algérie News, correspondant du journal El Youm, et membre de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme. Il est détenu depuis plusieurs mois en prison. Selon Reporter Sans Frontières (RSF), la cour d’appel de Djelfa (sud d’Alger) a confirmé, le 29 août 2004, la condamnation de ce journaliste à deux mois de prison ferme et 2000 dinars d’amende (34 $ canadiens). Le journaliste avait été condamné en première instance, le 2 août 2004, pour avoir fait parvenir une lettre à sa fille en dehors des voies prévues par le règlement de la prison où il est incarcéré depuis le 24 mai 2004. Hafnaoui Ghoul, quant à lui, explique que ses articles ont été écrits sur la base de documents et de témoignages, en précisant que les signataires et les témoins n’ont jamais été entendus par la justice. À l’issue de ce procès, Hafnaoui Ghoul a été condamné à 3 mois de prison ferme bien que le représentant du ministère public avait requis 8 mois de prison ferme. Reporters sans frontières a dénoncé plusieurs fois, « l’acharnement des autorités judiciaires algériennes contre Hafnaoui, et condamne aussi l’extrême à laquelle elles l’ont conduit pour protester contre l’injustice dont il est victime ».

En somme, la liberté d’expression est menacée dans le régime algérien qui rejette les contestations des organismes comme RSF, FIJ et Amnistie International. La politique tenace des autorités contre les journalistes en Algérie ne peut pas résister aux proclamations de l’opinion internationale qui défendent le droit d’expression et la liberté des journalistes partout dans le monde.

Entre 100 000 et 200 000 morts depuis 1992, des milliers de disparus, des milliers de personnes torturées lors d’arrestations ou de détentions au secret : cette réalité, c’est celle de l’Algérie d’aujourd’hui, celle que donnent à voir les rapports de différentes organisations de défense des droits de l’homme, réunis dans ce livre à l’initiative de Reporters sans frontières. Toujours disponible en librairie.

Si les violences ont diminué ces dernières années, les violations des droits de l’homme demeurent toujours d’actualité, comme en témoignent, depuis 2001, la répression sanglante des émeutes en Kabylie, le harcèlement constant des défenseurs des droits de l’homme ou encore les centaines de morts recensés depuis le début de l’année 2003.

Et surtout, comme le révèlent ces textes, ces onze années d’état d’urgence et de violations massives des droits de l’homme restent marquées du sceau de l’impunité : le pouvoir continue d’ignorer le combat des familles de victimes qui exigent la vérité et la justice.

 En 1999, le président Abdelaziz Bouteflika avait annoncé des initiatives en faveur de la réconciliation nationale. Mais l’espoir suscité par la loi sur la Concorde civile - dont le but était d’amnistier tous ceux qui n’étaient pas auteurs de crimes de sang - a vite été déçu : de nombreuses familles ont découvert que les responsables (membres des groupes armés islamistes ou des services de sécurité) de la mort de leurs proches avaient été... amnistiés. La Concorde civile serait-elle devenue une machine à blanchir tous les criminels ?

Rapports et documents de : Algeria-Watch, Amnesty International, Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, Human Rights Watch, Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme, Reporters sans frontières.

L’Algérie, pays phare du Maghreb en matière de liberté de presse, pouvait se vanter d’une presse multiple et critique, voit sa situation se dégrader, et avec son image se détériorer dans l’opinion internationale.

Aujourd’hui l’Algérie est montrée du doigt, comme la Tunisie et le Maroc. Et pourtant la liberté d’expression y était infiniment plus grande que chez ses voisins, sans doute même que dans l’ensemble du monde arabe. C’est le paradoxe de ce pays qui souffre de tant de turpitudes ! Les atteintes à la liberté de la presse se sont multipliées de façon inquiétante ces derniers mois. Les journalistes, quand ils ne sont pas victimes du gouvernement, sont de plus en plus confrontés à la violence privée, qu’elle soit le fait de mafias ou de groupes organisés.Plusieurs directeurs de presse ou journalistes sont actuellement sous contrôle judiciaire ou condamnés pour diffamations ou outrages à corps constitués. Et au pire des cas, on trouve un autre prétexte si ces derniers ne sont pas suffisants ! Ainsi, le 26 mai 2004, au terme d’un procès expéditif, Hafnaoui Ghoul, correspondant du quotidien El Youm à Djelfa, mais également historien et responsable du bureau régional de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH) a été condamné pour diffamation à une peine de six mois de prison ferme. Le 14 juin 2004, Mohammed Benchicou, directeur du quotidien Le Matin, a été condamné à deux ans de prison ferme ainsi qu’à une amende de 20 millions de dinars ( environs 230 000 euros) pour « infraction au contrôle des changes ». Le 3 juillet 2004, Ahmed politico judiciaires, directeur du groupe presse El RaÏ a été condamné pour « infraction au droit fiscal des sociétés », et Ahmed Oukili, directeur du journal El RaÏ et journaliste à Tribunes de l’Ouest, ont été condamnés à deux mois de prison ferme par un tribunal d’Oran pour « outrage à corps constitué ». La plainte contre les deux journalistes avait été déposée par le directeur général de la sûreté nationale suite à la publication d’articles mettant en cause « la gestion particulière du chef de la sûreté de la Wilaya d’Oran en lien étroit avec l’ancien préfet d’Oran » et leurs pratiques communes.

Les autorités algériennes ne peuvent évacuer leurs responsabilités. D’autant que ces événements sont en contradiction avec les propos du président Bouteflika devant le Parlement européen en juin dernier, lorsqu’il déclare que « la révision du code pénal vise à donner plus de garanties en ce qui concerne l’indépendance de la justice et la liberté de la presse, auxquelles nous restons fondamentalement attachés ».

Il est nécessaire que les journalistes puissent exprimer leurs opinions sur la gestion du pouvoir par les acteurs politiques et qu’ils puissent enquêter sur la mise en œuvre des politiques publiques. Il est aussi indispensable pour la démocratie d’avoir le niveau le plus élevé de qualification dans l’information et son analyse pour une presse de qualité. Ainsi, nous déplorons parfois certains abus, désinformations ou dérapages de journalistes, et nous ne pouvons que constater parfois leur manque de professionnalisme et leur nécessaire besoin de formation. L’impératif est de créer les meilleures conditions qui soient pour permettre aux journalistes d’exercer leur profession au mieux et sans pression ni contrainte. Ainsi, il faut mettre en place non seulement une formation de haut niveau aux métiers de la presse, mais aussi donner les moyens à des structures d’autorégulation des médias par et pour les professionnels des médias eux-mêmes, en leur confiant la responsabilité du respect et du contrôle de la charte de déontologie et un code de la presse qui les protège et leur permette d’exercer en toute sécurité.

Après l’élection présidentielle du 8 avril 2004, nous avions eu l’espoir d’une possibilité de réconciliation entre les pouvoirs publics et les médias, notamment ceux qui avaient ouvertement soutenus divers candidats, mais ces derniers événements augurent des lendemains pessimistes.L’existence d’une presse indépendante est pourtant une condition nécessaire au développement économique et social d’un pays. Là où les despotes craignent l’apparition d’un contre-pouvoir, participer à un journal d’opposition ou simplement faire acte de contestation citoyenne se paie trop souvent aux prix de sa vie ou de sa liberté !

Aujourd’hui, on n’assiste pas uniquement à une atteinte aux libertés d’expression avec cet acharnement judiciaire contre certains journalistes, mais ce sont les libertés publiques que l’on tente de bâillonner et les droits fondamentaux que l’on veut bafouer.

Aujourd’hui, il suffit d’être journaliste pour être coupable. La profession de journaliste est une profession à haut risque pénal. Le journaliste devient un délinquant du fait de sa profession. L’administration doit considérer que la mission du journaliste est d’intérêt général, une mission de service public, qui doit contribuer à informer le citoyen sur la société, sur la gestion de la chose publique. C’est pourquoi, nous les écrivains du Kurdistan,  nous  considérons que l’arrestation d’ Ali Fadil et de   Naila Berrahal est absurde et disproportionnée, et réclamons  annulation de la charge criminelle de diffamation contre les deux journalistes et  nous exigeons  Liberté  pour   Ali Fadil et la journaliste Naïla Berrahal Pour tous les écrivains et journalistes emprisonnés en Afrique

Paris le 07-11-2006

 

 

 

 

 

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