EVÎN ÇÎÇEK

Fribourg, le 08-05-2007

 Commentaire sur le film de Marcel Ophüls

A l’occasion du 08 Mai 1945

 

Le Chagrin et la Pitié est un film documentaire épique de quatre heures et demie sur l'occupation allemande est considéré à juste titre comme un des documentaires les plus importants du cinéma et parmi les rares films qui révèlent la collaboration de la classe dominante française avec l'Allemagne nazie de 1940 à 1944.Ce film, que nous avons observé pendant deux heures constitué essentiellement d'entrevues, est la première plongée effectuée dans la mémoire collective française sur la période de l'occupation allemande au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le  film a été censuré pendant plus de 10 ans à la télévision. En effet, il donne une vision très négative de la France, plus tournée vers Pétain que vers De Gaulle. La droite française, soucieuse de mettre l'accent sur une France résistante incarnée par le général de Gaulle a souvent tenté de minimiser la collaboration pour préserver la cohésion nationale et aussi pour légitimer le mythe du général. C'est pourquoi le film sera banni du petit écran jusqu'à l'arrivée de la gauche en 1981.

 Ce film d'Ophuls révèle par le commencement  des couples  maries nazis  non seulement la répression politique et l'antisémitisme de la France de Vichy et l'opposition croissante contre ce régime, mais il remet aussi en cause la mythologie d'après-guerre, créée autour du mouvement gaulliste de la France Libre. L’apparition de  France Mendès,  et le bombardement des nazis et la durée coure de la résistance  de Pologne et la chute  de France  Alexis Grave  < les allemands venaient  avec les chars  et  nous avions des fusils> Et l’Etat Major allemand  considérait qu’il y aura  les mêmes conditions  de la guerre  de 1914-1918.

       Le cinéma de Marcel Ophuls est un cinéma civique, qui accumule les pièces, documents ou témoignages, et les monte en laissant au spectateur l'intelligence de l'événement. Le chagrin et la pitié réalisé en 1969 par Marcel Ophuls en collaboration avec Alain de Sédouy et André Harris. Le thème principal abordé à travers l’étude de ce film sera celui de la mémoire. Le champ de la mémoire a beaucoup été investi par les historiens, le livre de Pierre Nora Les lieux de mémoire, constituant un évènement charnière de cet intérêt pour la question. Mais la mémoire a toujours été aussi, plus qu’un objet scientifique, un enjeu. On le voit aujourd’hui avec l’émergence de débats sur le souvenir de la colonisation et de l’esclavage. La mémoire est, dans un contexte d’effritement du modèle républicain, un moyen pour les minorités de revendiquer une certaine forme de reconnaissance, l’appartenance à un statut que l’Etat républicain se refuse à reconnaître parce qu’il se veut le garant d’une mémoire nationale unie et unitaire. Or, l’occupation de Paris et l’attitude des britanniques  montre que  cette  unite n’est plus de l’Etat unitaire, mais  c’est un partage.  Dans la ville  Clermont Ferrand durant l’Occupation, le discours de Pétain  montre les rapports entre la  France occupée et l’Angleterre sur sa division. Ici,  le filme  analyse les comportements de différents acteurs, qu’ils soient pétainistes, collaborateurs, notables, résistants, de stature nationale ou locale. Combinant des entretiens approfondis avec des participants de l'époque, 36 au total, et des extraits de films d'actualités et d'archives, pour confirmer ou pour infirmer leurs témoignages, le Chagrin et la Pitié construit un portrait en mosaïque de la période. Les gens interviewés, dont bon nombre le sont par Ophuls lui-même, comprennent des militaires allemands, des collaborateurs et des aristocrates français de tendance fasciste, des démocrates libéraux, des diplomates et des espions britanniques, des patrons d'usine, des indécis de la classe moyenne, des enseignants et des marchands ainsi que des paysans résistants.

 Ainsi le Chagrin et la Pitié est divisé en deux parties et se concentre sur la vie à Clermont-Ferrand, une ville de 150 000 habitants en Auvergne, près de Vichy. La première partie, l'Effondrement, ébauche la crise politique de la bourgeoisie française - sa désagrégation face à l'armée allemande et la division de la France en deux, la zone occupée et la zone non occupée.  Nous observons que le départ des ouvriers  français  en Allemagne,  vers  les régions industrielles  renforce l’économie militaire allemande  dont le potentiel militaire a été utilisé  contre les peuples en premier lieu contre les juifs  et la propagande allemande dominait idéologiquement sur l’esprit français. Sous l’occupation les rapports entre les femmes  françaises et les soldats allemands montre une autre vision de l’exploitation et les forces occupantes exploitent aussi les richesses du pays. «Les français avait peur de la gestapo» malgré cela  « les usines  Michelines travaillaient pour l’économie allemande » Le Choix, la deuxième partie, traite de l'opposition au régime, de la désagrégation de ce régime et de sa défaite. L’Etat  moral de la France est tragique et le discours raciste du Generali Strume à Lyon vise  les soldats français d’origine africaine" les défenseurs de la race blanche,  ce sont frères noirs ce sont frères noirs défenseurs de la civilisation " et le nouveau bombardement  de la population civile  et la prise de parole de Mendès.

La zone occupée fut gouvernée directement par les nazis et comprenait l'intégralité des côtes atlantiques et de la Manche, ainsi que les régions les plus riches de l'ouest du nord et du nord-est de la France. La zone non occupée, qui était gouvernée par un régime bonapartiste pro-nazi conduit par le maréchal Philippe Pétain, un officier français de la première guerre mondiale, avec comme premier ministre Pierre Laval, comprenait le centre, le sud et le sud-est de la France. Les nazis, selon Pétain et ses partisans, défendaient la civilisation contre le communisme. Le slogan fondamental du gouvernement de Pétain était « Travail, Famille,

Ophuls utilise des extraits de films d'archives, dont des discours de Pétain et de Laval, et des commentaires de collaborateurs qui en toute franchise lui disent qu'ils avaient soutenu Pétain croyant que celui-ci écraserait les militants communistes, mettrait un coup d'arrêt à l'agitation ouvrière et assurerait une position forte pour la France dans une Europe nouvelle dominée par les Allemands. Par contre, un gradé allemand raconte à Ophuls plus tard dans le film qu'il fut soulagé quand les nazis furent vaincus. « Si Hitler avait gagné », dit-il, « je serais probablement toujours soldat aujourd'hui, en train d'occuper l'Afrique, l'Amérique ou ailleurs ».

Sur cette toile de fond, Ophuls représente la vague de répression menée par le gouvernement nazi et le régime de Vichy contre la grande masse du peuple. Les partis politiques furent interdits, les grèves rendues illégales, des milliers de travailleurs aux idées socialistes, de juifs, de gitans et de réfugiés de l'Espagne fasciste furent persécutés, emprisonnés et puis transportés dans les camps de concentration allemands. Il y eut un grand battage dans tout le pays pour promouvoir des théories pseudo-scientifiques raciales et la propagande antisémite, y compris le film français Le Péril Juif, qui représentait les juifs comme des sous-hommes.

La persécution des juifs en France et qui fut un résistant actif dès l'âge de seize ans, fournit des détails sur la rafle du vél' d'Hiv (vélodrome d'Hiver), quand la police française rafla près de 13 000 juifs parisiens, dont 4 051 enfants, et les enferma dans le stade du vélodrome d'Hiver à la mi-juillet 1942. Cinq jours plus tard, ces prisonniers furent embarqués dans des wagons à bestiaux et transportés au camp de concentration de Drancy près de Paris et puis au camp de la mort d'Auschwitz. En fait, des fonctionnaires français déportèrent environ 75 000 juifs, dont 12 000 enfants, vers des camps nazis entre 1941 et 1944 où ils furent exécutés.

Bon nombre des gens interviewés, cependant, feignent l'ignorance ou la perte de mémoire quand Ophuls les interroge sur ces événements. Le gendre du premier ministre Laval maintient que son beau père était contre le racisme et deux professeurs qui avaient vécu ces événements prétendent n'avoir aucun souvenir de lois interdisant aux juifs d'exercer dans les établissements scolaires en France. Ophuls interroge Marius Klein, marchand français qui, craignant boycotts, attaques à l'incendie ou déportation, maintint, tout au long de l'Occupation, une annonce dans le journal local déclarant qu'il n'était pas juif.

Le documentaire d'Ophuls montre aussi de brefs extraits de Jacques Doriot, ancien dirigeant du Parti communiste français (PCF) élu à la Chambre des députés mais qui rompit avec le parti en 1934 et qui par la suite forma en 1936 le Parti populaire français d'extrême droite. Doriot soutenait les nazis et collaborait directement avec l'armée d'occupation allemande. Mais aussi Jacques Duclos, Secrétaire Generali du PCF.et de l’autre cotte l’apparition du Maréchal Pétain et la manifestation   en sa faveur et rencontre  Hitler avec Pétain à Montreuil. Cela justifie que jusqu’au quel point la décadence de la France  a fait plaisir au Führer. Hitler et le Parti Nazi voulait annexer  l’Alsace Loraine selon les nazis « Alsace n’était pas le territoire » Jacques Duclos, veut sauver l’attitude de son parti en donnant l’exemple de Jean Pierre Timbeau.

Vers la fin du Chagrin et la Pitié, Andrew Harris, un des réalisateurs du film, conduit un entretien, à faire frémir, avec l'aristocrate français et brute fasciste Christian de la Mazière. De la Mazière avait été l'un des 7 000 français qui s'étaient inscrits à la division Charlemagne, unité spéciale de SS assignée au front de l'est. De la Mazière explique que, quoique fasciné par les éléments mystiques et religieux du fascisme, son attrait principal résidait pour lui dans sa détermination à étouffer toutes les idées et toutes les organisations socialistes.

Le Chagrin et la Pitié prête très peu attention au mouvement de La France Libre de  Gaulle, la force créée par un petit groupe d'éléments de la classe dominante opposés aux nazis. Dans la France de l'après-guerre, de Gaulle et le mouvement de la France Libre furent promus comme figures de proue de la Résistance antinazie, mais contrairement à la version officielle, de Gaulle, qui avait fui en Angleterre en juin 1940, avait très peu de soutien populaire à l'intérieur de la France. Mis à part un soutien limité de la part de gouverneurs coloniaux en Syrie, à Madagascar et en Algérie, ce chef auto-proclamé dépendait quasi totalement des armées britannique et américaine.

L’occupation de Paris  et l’attitude contradictoire des Britanniques face  à la situation française  " Il y a des choses pires que de la destruction des villes "  dit le diplomate britannique.  suite à la démission de Paul Reynaud l’occupation de Clermont Ferrand  et le discours  de Philippe Pétain. La chose plus pire, c’est la visite de Hitler à Paris son passage à Trocadéro

Louis Grave, un fermier qui dirigea de sa cave, avec son frère Alexis, un groupe de résistants, donne le récit discret mais profondément émouvant de leurs activités clandestines. Grave fut dénoncé par un voisin du village, arrêté par les autorités et envoyé au camp de concentration de Buchenwald. D'anciens résistants locaux réunis dans la cuisine de la ferme des Grave décrivent la répression et les tortures infligées contre les amis et les familles soupçonnées de s'opposer aux fascistes. Ces héros sans prétentions disent à Ophuls qu'ils ne ressentent aucun désir de se venger de ceux qui avaient collaboré ou donné des résistants aux autorités, la question principale, expliquent-ils, c'est d'empêcher que des forces similaires ne resurgissent aujourd'hui. Le Chagrin et la Pitié se termine sur un extrait de film d'archives du chanteur Maurice Chevalier qui tente de justifier un concert qu'il donna en Allemagne nazie. Il faut comprendre, déclare-t-il, avant de nous proposer une interprétation de Sweeping the Clouds away, que cette visite n'avait pas pour but de divertir les troupes allemandes mais de donner du courage aux prisonniers français d'un camp de concentration. Cela fait frémir.

Michel Foucault écrivait «J’aime assez Le Chagrin et la pitié, je ne considère pas que c’est une mauvaise action de l’avoir fait. Je me trompe peut-être, là n’est pas l’important. L’important est que cette série de films est exactement corrélative de l’impossibilité chacun de ces films accentue cette impossibilité de faire un film sur les luttes positives qu’il a pu y avoir en France autour de la guerre et de la Résistance »[1]. 

A mon avis, le film  reflète la vérité objective de l’occupation nazi et la collaboration  qui a contribué au génocide des juifs malgré le Général  Charles De Gaulle.

 

                                              

EVÎN ÇÎÇEK                                                                 Fribourg, le 08-05-2007

 

 

 

 (A Sense of Loss). Journal de voyage en Irlande du Nord de Marcel Ophüls (1971) 129 mn 13'' (coprod. Cinéma X, New York/Télévision Suisse Romande - Magazine " Temps présent ") 07/03/2002 (Planète)
A la recherche de mon Amérique : 1/2 | 2/2 de Marcel Ophüls (1970) (Prod. NDR - Allemagne) 1/2 : 74 mn 42'' 14/02/2002 (Planète) | 2/2 : 72 mn 24'' 14/02/2002 (Planète)
[Ophüls retourne aux Etats Unis 20 ans après son départ (sa famille y avait trouvé refuge en 1940). Il retrouvent ses anciens amis et ses nombreuses rencontres (avec Nicholas Ray, par exemple) lui permettent de dresser un portrait très révélateur des Etats Unis en 1970.]

L'Empreinte de la justice : 1/2 - Nuremberg et les Allemands
| 2/2 - Nuremberg et les Autres de Marcel Ophüls (1976) (Paramout) 1/2 : 123 mn 45''21/02/2002 (Planète) | 2/2 : 141 mn 03/03/2002 (Planète)

Hôtel terminus. Klaus Barbie, sa vie et son temps 1/2 | 2/2
de Marcel Ophüls (1988) (Prod. The Memory Pictures Company) 08/05/94 (ARTE) et 1/2 : 134 mn 16'' 03/01/2002 (Planète) | 2/2 : 124 mn 15'' 10/01/2002 (Planète)

La Moisson de My Lai de Marcel Ophüls (1970) 43 mn 15'' (Prod. NDR - Allemagne) 07/02/2002 (Planète)
[Enquête sur le massacre perpétré par l'armée américaine dans le village de My Lai en mars 1968 et ses répercutions aux Etats Unis.]

November days
de Marcel Ophüls (1990) 129 mn 20'' (Coprod. BBC/FR3/Marcel Ophüls) 11/02/1991 (F3 - Océaniques), 03/10/95 (ARTE - Thema "Allemagne 5 ans après : du mur à la réunification") et 17/01/2002 (Planète)
[Témoignages sur l'ouverture du mur de Berlin, le 9 novembre 1989]

La paix pour cent ans. Les accords de Munich 1938 de Marcel Ophüls (1967 et 1997) 114 mn 47'' (Prod. NDR - Allemagne) 08/01/98 (ARTE - Thema Continent : "De la terreur à la démocratie, les Tchèques et les Allemands") et 09/12/2001 (Planète)

Le réveil allemand (Emission Zoom du 29/11/1966, dir. d'Alain de Sédouy et André Harris)
de Marcel Ophüls (1966) 25 mn 20'' (INA) 07/02/2002 (Planète)

Le talent du Bonheur
de Marcel Ophüls (textes de Max-Pol Fouchet) (1960) 19 mn (Prod. Franco London Films) 27/12/2001 (Planète)
[Une biographie brillante de Matisse]

 

 [1] Entretien avec Michel Foucault, Cahiers du cinéma, n° 251-252, juillet-août 1974, p. 8.
 

 

 

 

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