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Dr
Ali KILIC et EVIN CICEK
La question de la philosophie de résistance humaine nous a
préoccupé pendant toute notre vie.Face à la résistance humaine contre l’injustice sociale, nous
avons de points communs avec Giordano Bruno ; Michel Servet et
Lucilino Vanini et nos amis, nos frères sans oublier les amis d’EVIN
CICEK qui ont été brûlés à
Sevastia pat l’Etat turc, les criminels
ne sont pas jugés. Au fond c’est l’Etat Turc et ses représentants
qui ont commis des crimes contre l’humanité à Sevastia-Qoçgiri. C’est
pourquoi nous prendrons ensemble cette tragédie
de l’existence humaine de Promète
jusqu’à nos jours. Il y a 407
ans le 17-02-1600 Giordano
Bruno, est brûlé à Rome. Pour nous les écrivains du Kurdistan, Dersim-Qoçgiri,
la condamnation à mort de
Giordano Bruno, inacceptable et inimaginable ,elle représente un problème
humain et philosophique. Sans connaître
Evin Ciçek , j’avais déposé
les roses rouges
devant le buste du grand
savant Giordano Bruno à Rome qu’ il était supplicié sur le bûcher
installé sur le Campo Dei Fiori .J’ai commencé à pleurer . Je ne
pouvais expliquer le sens de
l’amertume, du lien
profonde entre Giordano Bruno, Michel
Servet, Lucilino Vanini et les nôtres, nos martyrs de Qoçgiri de Dersime,
et de ceux et de celles de Sévastia. Il bruma
sans cesse sur Rome de Caesar, de Brutus, de Memnius, de Cato, de Virgilius,
et de Titus Lucretius Carus, je pleurais non seulement
pour Giordano Bruno,
pour les partisans de Spartacus crucifiés
sur la via Appia, pour Lucilio
Vanini, pour Michel Vernet mais aussi pour ceux ou celles qui ont été brûlés
á Sevastia Qocgiri dans l’Hôtel de Madimak, le 2 juillet 1993 mon ami
le grand philosophe,
peintre Metin et de, et parmi
mes autres amis
chanteurs populaires, Nesimi Çîmen, continuateur de la voie Ehl i Heq ,
Doctrine Raa Gewre, de Hallac î Mansur et Þems î
Tebrizî. C’est pourquoi dans un premier temps je veux parler
de mes amis, du philosophe poète
Metin et de, et du chanteur populaire Nesimî Cimen , combien de fois
il était invité chez à Constinople,à Kadirga, et puis
de Michet Servet et de Bruno Giordano, enfin
Lucilio Vanini. Dans les rues de Rome, que je connais l’histoire
par cœurs, j’ai traversé le Tiber en face de lieu de détention de
Giordano Bruno.J’ai pensé à lui, j’ai pensé à la musique de Nesimi
et la danse du fleuve Tiber a travares de Rome avec toutes mystères cachées
du grandeur de Rome où Giordano Bruno est brûlé.
Pourquoi
ont ils brûlé Giordano Bruno? Filippo
Bruno naît en janvier 1548 à Nola, bourgade proche de Naples, d'un couple
de gentilshommes sans titre. La famille dispose de revenus modestes, c'est
donc l'école la plus proche qui lui donne une instruction. Imprégné
d'humanisme, d'auteurs classiques, d'étude de la langue et de la grammaire
latine, il restera toutefois marqué par le pédantisme qui accompagne
l'enseignement, et le rebute. Il part rejoindre l'université publique, à
Naples, ou il découvrira la mnémotechnique, l'art de la mémoire, qui
constituera rapidement l'une de ses disciplines d'excellence. Il prend aussi
des cours particuliers, qui le mettent au cœur des débats philosophiques
entre platoniciens et aristotéliciens. Sa
culture, alors essentiellement humaniste, va s'enrichir d'un apport théologique
déterminant. En effet, il entre le 15 juin 1565 chez les Frères prêcheurs
de San Domenico Maggiare, prestigieux couvent dominicain, d'une part pour la qualité des titres qu'il
attribue, titres incontestés et réputés dans toute l'Italie, d'autre part
parce qu'il est un précieux refuge en ces temps de disette et d'épidémie.
Il y rencontre Giordano Crispo, maître en métaphysique, auquel il rend
hommage en en adoptant le prénom. Il est alors un dominicain modèle,
vivant selon la devise verba et exempla (par le verbe et par
l'exemple) et ordonné prêtre en 1573. Il
devient Lecteur en Théologie en juillet 1575. S'il semble continuer sa
carrière de dominicain modèle (il soutient une thèse sur la pensée de Thomas d'Aquin et de Pierre Lombard), Bruno
dissimule en fait une rebellion contre le carcan théologique. Au fil des
années, il a su se forger une culture éclectique et peu orthodoxe, sans
cesse alimentée par un appetit vorace de lecture et des capacités
exceptionnelles de mémorisation. Il est tout particulièrement adepte des
œuvres d'Érasme,
humaniste hérétique. Pire, il a le goût de l'hermétisme, la magie. Enfin
grandit un passion prémonitoire pour la cosmologie détachée de l'approche
théologique. La
rupture qui couvait finit par être consommée. Dès sa première année de
noviciat, il avait ôté des images saintes de sa chambre, notamment celles
représentant Marie, s'attirant l'accusation de profanation du culte de
Marie. Au fil des années, les heurts deviennent plus durs, tout particulièrement
au sujet de la Trinité, dogme qu'il repousse. Finallement, en février
1576, il doit abandonner le froc dominicain et fuir, une instruction ayant été ouverte à son
encontre qui doit le déclarer hérétique. Dans
un premier temps, Bruno espère rester en Italie. Il survit, de 1576 à 1578, par des leçons de grammaire ou
d'astronomie, mais sa condition d'apostat l'amène a changer fréquemment de
ville ou de région: Gênes, Noli, Savone, Turin,
Venise,
Padoue,
Brescio, Naples
abritent successivement ses doutes, ses recherches. Durant ces deux années,
il ne pourra publier qu'un seul ouvrage, dont on ne connaît que le titre: Des
signes des temps. Epuisé
par sa condition, il finit par s'exiler, à Chambery tout d'abord, puis dans la Genève
calviniste ensuite. Mais son intégration dans la communauté évangélique
ne durera qu'un temps : une dispute avec la hiérarchie (il conteste la
compétence d'un de ses membres) lui vaut arrestation et excommunication, le
6
août 1578. Il
repart et rejoint Lyon,
puis Toulouse, alors sujette au dogmatisme catholique le plus intègre.
Toutefois, il parvient à enseigner deux ans durant, alternant la physique
et les mathématiques, et à publier un ouvrage sur la mnémotechnique :
Clavis Magna. Interressé par l'ouvrage et impressionné par la mémoire
abyssale de Bruno, Henri
III le fait venir à la cour et devient son protecteur, lui
offrant, jusqu'en 1583,
cinq années de paix et de sécurité. Il
figure parmi les philosophes attitrés de la cour, enseigne au Collège des
lecteurs royaux (le Collège de France) et développe sa pensée.
Son discours s'arrondit, et face aux tensions religieuses, adopte une
position tolérante. En
1582,
son talent d'écrivain, ironique et lyrique, vivant, imagé, se confirme
dans Candelaio (Le Chandelier), comédie satirique sur son
temps. En
avril 1583 Bruno se rend en Angleterre, à Londres
puis à Oxford, où il essuie un accueil hostile. Précédées par une
réputation brillante mais sulfureuse, ses idées malmènent l'église
anglicane ; il essuie de nombreuses critiques. Sûr de lui et de ses idées,
plein de mépris pour les idées de ses contradicteurs, Bruno consacre deux
années à répliquer ; il apparait alors comme un philosophe, théologien
et scientifique novateur mais impertinent. En 1584
paraissent : La
Cena de le Ceneri (La
banquet des cendres) De
la causa, principio, et Uno
(La cause, le principe et l'un) · De
l'infinito universo et Mondi
(De l'infini, l'univers et les mondes) Dans ces ouvrages il expose sa vision cosmographique
audacieuse et révolutionnaire. Il y soutient les thèses coperniciennes du
monde, et va au-delà encore en imaginant un univers peuplé d'une infinité
de mondes. En 1585, trois nouveaux ouvrages approfondissent et poursuivent
ses audaces : Spaccio
de la Bestia Trionfante
(L'expulsion de la bête triomphante) s'attaque aux attitudes
calvinistes et catholiques. Cabala
del cavallo Pegaseo (La
cabale du cheval de Pégase), opuscule satirique, démolit systématiquement
la vénérable référence aristotélicienne. De
gl' heroici furori (Les
fureurs héroïques) élimine l'idée d'un monde centré, présente un
univers où Dieu n'a plus de lieu. Mais les positions religieuses se durcissent : Henri
III ne peut plus se permettre de défendre un révolutionnaire du
savoir. De plus, une dispute avec Mordente, géomètre associé aux
ligueurs, qui l'accuse de s'attribuer la paternité du compas différentiel,
l'oblige à s'exiler en Allemagne en juin 1586 ; l'université de Marbourg puis celle de Wittenberg l'accueillent. Le voilà donc
intégré à la communauté luthérienne, mais à l'automne 1588,
Giordano Bruno apprend son excommunication de l'église luthérienne, après
des heurts avec sa nouvelle hiérarchie. Il reprend donc la route, toujours en Allemagne ;
ses ouvrages témoignent alors de sa volonté d'organiser sa pensée : De
innumerabilibus, immenso, et infigurabili
réexamine sa cosmographie. Dans
De monade numero et figura, Bruno mène une réflexion sur le rapport
entre nombres et les figures géométriques. De
triplici minimo et mensura,
réflexions sur l'infiniment petit (précurseur des études sur l'atome). De
imaginum, signorum et idearum compositione
(De la composition des images, des signes et des idées), introduit
un prodigieux système mnémotechnique. A
l'issue d'une dernière expulsion, Bruno accepte en août 1591
l'invitation à Venise du patricien Giovanni Mocenigo. Les deux hommes ne
s'entendent pas : Bruno revient probablement motivé par l'envie d'être
nommé à la chaire de mathématique de l'université de Padoue
(chaire que Galilée obtiendra à sa place), mais Mocenigo attend de Bruno
qu'il lui enseigne la mnémotechnique et l'art d'inventer. Le patricien
considère vite qu'il n'en a pas pour son argent, alors que Bruno considère
que sa présence est déjà un honneur pour son hôte. Déçu, Bruno veut
repartir et froisse Mocenigo, qui commence par le retenir prisonnier puis,
ne parvenant pas à se le soumettre, finit par le dénoncer à l'inquisition
vénitienne, le 23
mai 1592. Au
fur et à mesure du procès, qui durera 8 années, l'acte d'accusation va évoluer : Le
premier acte d'accusation se concentre sur ses positions théologiques hérétiques :
sa pensée antidogmatique, le rejet de la transsubstantiation que le concile de Trente vient de confirmer, et de la
trinité, son blasphème contre le Christ, sa négation de la virginité de
Marie. Mais ses activités philosophiques et scientifiques sont déjà relevées :
sa pratique de l'art divinatoire, sa
croyance en la métempsychose, sa vision cosmologique. Au fur et à mesure que le procès durera, l'acte
d'accusation ne cessera de croître. Blanchi
par les tribunaux vénitiens, Bruno est presque libéré. Mais la curie
romaine semble vouloir lui faire payer son apostasie.
Sur intervention personnelle du pape auprès du doge,
une procédure tout à fait exceptionnelle, Rome obtient l'extradition et
Bruno se retrouve dans les redoutables geôles vaticanes du Saint-Office. En
1593, dix nouveaux chefs d'accusation sont ajoutés.
Bruno subit sept années de procès, ponctuées par une vingtaine
d'interrogatoires menés par le cardinal Bellarmin, celui-là même qui
instruira le procès de Galilée, trente-trois ans plus tard. Sous la torture, il lui
arrive de concéder un geste de rétractation, mais se reprend toujours. Le
pape Clément VIII somme une dernière fois Bruno de
se soumettre, mais Bruno repond : « Je ne crains rien et je ne rétracte
rien, il n'y a rien à rétracter et je ne sais pas ce que j'aurais à rétracter. »
Le 20 janvier 1600,
Clément VIII ordonne au tribunal de l'Inquisition de prononcer son jugement. À la
lecture de sa condamnation au bûcher, Bruno commente : « Vous éprouvez
sans doute plus de crainte à rendre cette sentence que moi à l'accepter. » Le
17 février 1600,
il est supplicié sur le bûcher installé sur le Campo Dei Fiori. L'œuvre
de Bruno est d'une rare complexité. On pourrait aussi ajouter qu'elle se
montre parfois paradoxale : souvent extraordinairement pionnier (en
astronomie, en physique ou en philosophie), Bruno reste un homme de son
temps dans ses attirances pour l'occulte (n'oublions pas les travaux
d'astrologie de Kepler et de Newton). De même, sa vie foisonne de combats et
de péripéties. Tout cela est un terreau idéal pour l'imagination,
l'inspiration mais aussi la récupération. La
Philosophie de Giordano Bruno
En Bruno, Leibniz admire le
visionnaire, relevant ses théories sur l'univers et l'infini, mais il lui
reproche ses travaux sur l'art de la mémoire et la magie lullienne.
Diderot l'inscrit dans l'Encyclopédie
comme un progressiste face aux despotes.
On retrouve la pensée de Bruno dans l'œuvre de Goethe,
y compris dans Faust. Mais le poète, lui aussi, lui reproche sa passion pour
les mathématiques mystiques. Dans
les Leçons sur l'Histoire de la Philosophie, Hegel lui consacre une
longue analyse, ce qui fera de lui un précurseur du matérialisme. Art et
littérature La liste des
œuvres consacrées à Bruno est immense :
Des
romans (L'Homme incendié de Serge Filippini, qui explique sa vie
autour de l'hypothèse de son homosexualité) des films
un opéra.
Bertol Brecht l'évoque dans sa pièce sur
la vie de Galilée. L'ouvrage
général (c’est-à-dire ni religieux ni politique) ayant eu le plus fort
tirage en France, Le
tour de France par deux enfants, était signé du pseudonyme
de G. Bruno, en hommage à Giordano Bruno. L'Œuvre au noir
évoque un personnage ayant des dispositions d'esprit similaires, et une fin
similaire aussi. Politique
et Religion C'est
au XVIIIe siècle que Bruno devient un athée et un libre
penseur. On fait de lui un héritier du matérialisme antique, un précurseur
de Spinoza. À
l'inverse, il passe aussi pour quelques théologiens allemands, ironie de
l'histoire, pour un martyr de la réforme luthérienne.
À
la fin du XIXe la réaction positiviste italienne contre l'église
et la monarchie l'identifie à un radical franc-maçon. L'Italie est alors en pleine réappropriation
de ses symboles nationaux, qui permet de fonder la nation italienne une et
indivisible autour du Risorgimento. En
France, le Tour de la France par 2 Enfants est publié en 1877
sous le pseudonyme de G. Bruno : il s'agit d'un manuel scolaire, grand
succès de librairie de l'école laïque, connu sous le nom de « petit
livre rouge de la République ». Le voilà à l'origine de la pensée
moderne, d'une philosophie strictement rationaliste, préfigurant Descartes ou Kant ! Il est devenu le héros de l'égalité
et de la laïcité, l'annonciateur de la Révolution Française. Le
point commun, évident, entre toutes ces interprétations est le rejet de l'Église
Catholique, dont le clergé en retour ne ménage pas sa mémoire : la
commission spéciale « pour l'étude de la controverse ptoléméo-copernicienne
aux XVIe et XVIIe siècles, dans laquelle s'insère le
cas Galilée » finit par revenir sur la condamnation de Galilée, mais
réaffirme sa position dans le cas Bruno : « la condamnation pour
hérésie de Bruno indépendamment du jugement qu'on veuille porter sur la
peine capitale qui lui fut imposée, se présente comme pleinement motivé
[car] le copernicanisme de Bruno ne prête aucun intérêt aux raisons
scientifiques ». Cela
n'a pas empêché le Concile Vatican II de se pencher sur la question
de la pluralité des mondes - un des points évoqués par Bruno - en y
introduisant un élément insolite : la distinction entre mondes qui
auraient connu eux aussi le péché originel et ceux qui auraient réussi à
s'en abstenir !
Au petit matin du
17 février 1600, il y a quatre siècles, à Rome, sur le Campo del Fiori,
Giordano Bruno monte au bûcher, sur ordre du pape. On le ligote au poteau
du bûcher de l'Inquisition. Défiant
encore l'autorité, il détourne son regard du crucifix qu'on lui présente.
On fixe le mors de bois destiné à l'empêcher de parler, de hurler une
dernière fois, afin de lui interdire matériellement de crier une fois de
plus sa révolte et sa conviction. Giordano Bruno
n'a pas cédé devant l'Inquisition. Il
n'a rien abjuré de sa vision du monde.
Son
crime : avoir eu, avant Galilée, Leibniz, Einstein ou Mendeleïev,
l'intuition géniale de ce qui est devenu la théorie générale de
l'Univers, la relativité, la chimie, la génétique, etc. Bruno incarna le combat de la conscience contre le
dogmatisme. Après les hérétiques
et les sorcières, on promit au bûcher les livres jugés impies.
Tous les livres écrits par Bruno, que les juges purent trouver,
furent brûlés Place Saint-Pierre. Le martyre du
philosophe vagabond, chercheur oublié, discrédité par l'église, est le
symbole de tous les crimes contre l'esprit. Ce visionnaire de
la pluralité des mondes, inflexible et sulfureux, trois fois excommunié,
continue d'incarner, quatre cent ans plus tard, la résistance à tous les
dogmes. Un point de vue récent du Vatican Le 3 février 2000 à l’occasion
du 400ième anniversaire de la mort de Giordano Bruno, le
cardinal Poupard, président du conseil pontifical pour la culture –
organisme qui réhabilita Jan Hus et Galilée – a exprimé les regrets de
l’Église devant les bûchers de l’Inquisition.
Il affirma nettement leur « incompatibilité avec la vérité évangélique
». Il a également annoncé que le Pape Jean-Paul II demanderait
pardon le 12 mars en la basilique Saint-Pierre, lors d’une célébration
visant à « recréer le dialogue de l’Église avec tous les hommes ».
Cependant il confirma que Bruno ne serait pas réhabilité, même
s’il y avait lieu de déplorer l'usage de la force employée contre lui :
« La condamnation pour hérésie de Bruno, indépendamment du jugement
qu'on veuille porter sur la peine capitale qui lui fut imposée, se présente
comme pleinement motivée » déclara le prélat... Giordano Bruno eu la langue coupée sur le bûcher pour
avoir dérangé l’ordre établi. C’est un crime contre l’Humanité. 2-Pourquoi
ont ils brûlé Michel Srevet?
Michel
Servet Servet
(Miguel Serveto y Reves en espagnol),
né le 29
septembre 1511
en Aragon
et exécuté le 27
octobre 1553
à Genève
(Suisse), est un théologien
et médecin
d'origine espagnol
qui a été brûlé vif pour ses idées. Il
naquit à Villanueva de Sijena, Huesca. Ses ancêtres paternels étaient
venus du hameau de Serveto, dans les Pyrénées aragonaises, d'où sa
famille avait pris son nom. Par sa mère il descendait de juifs convertis de
la région de Monzón. En 1524, son père Antonio Servet (alias Revés,
c'est-à-dire « Le contraire »), qui était notaire au monastère
royal voisin de Sijena, l'envoya à l'Université, probablement celle de
Saragosse ou de Lérida. Michel Servet avait deux frères : l'un devint
notaire comme leur père et l'autre prêtre. Très doué pour les langues il
étudia le latin, le grec et l'hébreu. À l'âge de quinze ans, il entra au
service d'un moine franciscain du nom de Juan de Quintana, un érasmien, et
il lut la Bible entière dans les langues originales des manuscrits dont on
disposait à l'époque. Il fréquenta par la suite (en 1526) l'Université
de Toulouse où il étudia le droit. Là il devint suspect du fait de sa
participation à des réunions secrètes et aux activités d'étudiants
protestants. En 1529, il
voyagea en l'Allemagne et en Italie avec Quintana, qui était alors le
confesseur de Charles-Quint. En octobre 1530 il rendit visite à
Oecolampade, à Bâle, où il resta environ dix mois, en gagnant
probablement sa vie comme correcteur dans une imprimerie locale. Vers cette
époque déjà, ses convictions commençaient à se former. En mai 1531 il
rencontra Martin Bucer et Fabricius Capito à Strasbourg et, deux mois plus
tard, en juillet 1531, il publia De trinitatis erroribus (« Les
Erreurs concernant la Trinité »). L'année suivante il publia Dialogorum
de Trinitate libri duo (« Dialogues sur la Trinité en deux livres »)
(1532) et De Justitia Regni Christi (La Justice du Règne du Christ »). Dans ces
livres, Servet exposait une théologie qui soutenait que la croyance à la
Trinité n'était pas fondée sur l'enseignement biblique, mais plutôt sur
ce qu'il voyait comme un enseignement trompeur des philosophes (grecs). Il
se regardait comme celui qui ramènerait à la simplicité et à
l'authenticité des Évangiles et des premiers Pères d'Église. En outre il
espérait que l'abolition du dogme trinitaire rendrait aussi le
christianisme attrayant envers les juifs et les musulmans, dont la religion
était restée sévèrement monothéiste. Servet
affirmait que le Logos divin, qui était une manifestation de Dieu et non
une personne divine distincte, avait été uni à un être humain, Jésus,
quand l'esprit de Dieu était entré dans l'utérus de la Vierge Marie.
C'est seulement à partir du moment de la conception que le Fils avait été
réellement engendré. Donc le Fils n'était pas éternel, mais seulement le
Logos au moyen duquel il avait été formé. Pour cette raison, Servet
rejeta toujours l'idée que le Christ était « le Fils éternel de
Dieu », il soutenait qu'il était simplement « le Fils de Dieu
éternel ». Cette théologie, bien que complètement originale, était
souvent comparée à l'adoptianisme,
au sabellianisme ou au modalisme,
qui étaient d'anciennes hérésies du christianisme. Sous la forte pression
aussi bien des catholiques que des protestants, il modifia quelque peu cette
explication dans son deuxième livre, Dialogues, pour faire coïncider
en quelque sorte le Logos avec le Christ. C'était presque la conception pré-concile
de Nicée, mais il était toujours accusé d'hérésie à cause
de son insistance à combattre le dogme de la Trinité et l'individualité
des trois personnes divines en un seul Dieu. Il
prit le pseudonyme de Michel de Villeneuve pour éviter d'être persécuté
par l'Église en raison de ces œuvres religieuses. Il étudia au Collège
Calvi à Paris en 1533, puis après un certain temps revint à Paris étudier
la médecine en 1536, ayant pour enseignants Sylvius, Fernel et Guinter, qui
le saluèrent avec Vésale comme son assistant le plus compétent pour les
dissections. Sa carrière
médicale se poursuit à Vienne
dans le Dauphiné.
Servet acquiert là une position de notable, et découvre la petite
circulation sanguine, c'est-à-dire la manière dont le sang
passe dans les poumons
pour s'oxygéner. Il voit là le souffle de Dieu
au cœur de l'homme. Servet
croit en effet en un Dieu « auquel l'homme peut s'unir ». Son
ennemi Jean
Calvin décrit « un souverain Seigneur (…) devant qui
l'homme chétif et misérable ne peut que se prosterner dans la cendre,
adorer et obéir ». Surtout,
Servet pousse très loin le principe du retour aux Évangiles.
Pas de trace, dans ces derniers, du discours complexe sur la Trinité
que l'Église
catholique a mis au point pendant des siècles. Jésus
n'est pas Dieu, mais un homme auquel l'essence divine s'est alliée
temporairement. À l'hérésie, il ajoute le blasphème :
la Trinité est un « chien des Enfers
à trois têtes, signe de l'Antéchrist ».
Calvin écrit alors : « Si j'ai de l'autorité dans cette ville
(Genève), je veillerai à ce qu'il ne la quitte pas vivant ». À Vienne,
Servet publie anonymement un nouveau brûlot, le De erroribus Trinitatis,
un ouvrage en 7 tomes, et se lance dans une dispute par correspondance avec
Calvin. Ce dernier récolte des preuves et les livre à l'Inquisition,
manquant de peu de faire brûler Servet par les catholiques.
Coffré, Servet s'évade. Pour des motifs qui demeurent obscurs, il se rend
à Genève, se jetant ainsi dans la gueule du loup. « Je
crois qu'il en avait marre de vivre sous une fausse identité. Peut-être
a-t-il pensé qu'il avait une chance de remplacer Calvin », suggère
le documentariste allemand
Oliver Eckert qui a réalisé en 2005
un documentaire sur Servet. « Pour trouver un compromis avec
l'empereur Charles
Quint, les réformateurs avaient conservé des théories que l'Église
catholique avait développées après les Évangiles. Servet voulait aller
plus loin dans le retour aux Écritures. Il se prenait pour le représentant
sur terre de l'archange
Michel qui, dans l'Apocalypse,
chasse la Bête... ». C'est dans
l'actuel jardin de La Colline, clinique privée située au bas de Champel,
que Michel Servet a été attaché à un poteau et brûlé vif sur ordre du
Grand Conseil contrôlé par Calvin, le 27 octobre 1553 : « Toy,
Michel Servet, condamnons à debvoir estre lié et mené au lieu de Champel,
et là debvoir estre à un piloris attaché et bruslé tout vifz avec ton
livre, tant escript de ta main que imprimé, jusques à ce que ton corps
soit réduit en cendres ; et ainsi finiras tes jours pour donner
exemple aux autres qui tel cas vouldroient commettre ». Aujourd'hui,
Michel Servet a sa rue à Genève, ainsi que son monument
expiatoire érigé en 1903
près de l'emplacement de son bûcher. Ce menhir
porte une inscription où le calvinisme
genevois regrette l'erreur mais blanchit son principal responsable,
Calvin, pour faire porter le chapeau aux mœurs de son siècle. Il
s'agit alors, selon l'historienne Valentine Zuber, de « désamorcer
l'obstacle que représente encore l'affaire Michel Servet pour la réputation
de Jean Calvin, à la veille du jubilé du réformateur de Genève en 1909 ». À son
propos, Sébastien
Castellion écrira : « Tuer un homme, ce n'est pas défendre
une idée. C'est tuer un homme ». Et ainsi fut
fait à Genève, le 26 octobre 1553, au sommet de la colline appelée Le
Champel. Nous ne donnerons pas les détails du supplice : il fut épouvantable,
les fagots destinés à brûler l’hérétique étaient en trop petit
nombre, et encore humides de la rosée du matin; ils flambèrent
difficilement; pendant plusieurs heures le malheureux Servet ne put mourir,
criant : « O malheureux que je suis, qui ne peux terminer ma vie! Les
deux cents couronnes que vous m’avez prises, le collier d’or que
j’avais au cou et que vous m’avez arraché, ne suffisaient-ils pas pour
acheter le bois nécessaire à me consumer!… O Dieu éternel, prends mon
âme!… O Jésus, Fils du Dieu éternel, aie pitié de moi!… » Le
27 octobre 1553 à Champel, maintenant au centre de Genève alors
qu'autrefois c'était une banlieue, un bûcher est dressé car un homme a été
condamné à être brûlé vif avec ses oeuvres, notamment la Restitution
chrétienne. Cet homme va mourir courageusement au milieu des flammes. Guillaume
Farel, l'un des grands Réformateurs - qui a une place de choix sur le Mur
de la Réformation -, est là. Il cherche jusqu'au bout à obtenir de lui
une adhésion à une pensée orthodoxe. Quand il lui demande de reconnaître
ses péchés, il le fait en disant qu'il est un homme imparfait, qu'il est pécheur,
et qu'il demande pardon à "Jésus-Christ, Fils du Dieu éternel".
S'il avait dit "Jésus-Christ, Fils éternel de Dieu", il n'y
aurait pas eu de procès, et il n'aurait pas été accusé d'être hérétique.
Il aurait eu la vie sauve. En raison de ses autres convictions, il aurait
peut-être été banni, mais il aurait pu survivre. Quand quelqu'un, quel
qu'il soit, meurt pour ses convictions, le devoir de quiconque se considère
comme un honnête homme, au sens le plus large du terme, quelle que soit sa
foi ou sa philosophie, est de s'incliner devant sa mémoire. Michel
Servet est un homme qui, par ailleurs, avait mené une vie régulière :
il n'y avait rien à dire à son sujet qui soit tant soit peu pénible. Qui
était donc Michel Servet ? Un Espagnol, même s'il semble qu'il était
considéré en France comme un sujet régnicole, c'est-à-dire comme un
citoyen français. Sa mère était peut-être française. C'est le problème
de tous ces pays frontaliers qui, à un moment, appartiennent à une nation,
et à un autre moment à une autre. Le caractère espagnol de Michel Servet
se voit dans sa fougue, par exemple. C'était un homme impétueux, un
compatriote de Don Quichotte. Il faut peut-être lire Cervantès, même s'il
a vécu un demi-siècle après lui, pour pouvoir le comprendre. En lui, il y
a un fort contraste entre la lumière et les ténèbres. C'est tout le problème
de l'âme espagnole. Parfois, on s'est laissé aller à dire qu'il serait
peut-être à moitié fou. Ne serait-ce pas un homme d'une telle originalité
qu'il dépasserait parfois les limites permises ? Il
avait sûrement un coefficient intellectuel tout à fait exceptionnel. À l'âge
de quatorze ans, son père l'envoie à l'Université de Toulouse, où il va
étudier le droit. Ses études vont être brillantes. Entre quatorze et
seize ans, il trouve le moyen de se perfectionner en latin, d'apprendre le
grec, l'hébreu aussi semble-t-il. Il devait aussi connaître l'arabe, ce
qui était important à l'époque. Pourquoi
insister sur Toulouse ? On a toujours parlé de Toulouse l'espagnole.
Il y a une tradition de tauromachie, le Capitole... C'est une très belle
ville, qui a connu beaucoup d'hésitations entre tolérance et intolérance.
L'affaire Calas, bien plus tard, s'y déroulera. C'est à Toulouse, on en a
la certitude, que Servet a appris à lire et à connaître la Bible. Avec
qui ? Comment ? Qui l'a initié au grec et à l'hébreu ? Nul
ne le sait. Mais beaucoup d'humanistes se sont mis parfois tout seuls à
apprendre le grec d'une manière surprenante. Lorsque
Érasme, en 1516, publie son Nouveau Testament en grec, Zwingli l'apprend
par coeur. Il était en mesure de le réciter en entier, de Matthieu à
l'Apocalypse. Lorsqu'il eut des controverses avec Luther, il faisait
continuellement des citations en grec et en hébreu, et Luther de lui dire :
"Tu ne pourrais pas parler en latin, comme tout le monde !" Michel
Servet sort donc vraiment de l'ordinaire. Il va ensuite voyager. Il était
manifestement d'une bonne famille pour qu'on lui offre tout cela. Il suit le
chapelain de Charles Quint, et assistera semble-t-il au couronnement de
celui-ci. On le verra un peu partout, à Paris, à Bâle, à Strasbourg et
en Italie. À cette époque, les humanistes se connaissaient assez bien
entre eux. C'est étonnant : on voyageait en fait beaucoup. On allait
d'une Université à une autre. Il n'y avait pas le barrage de la langue,
car tout le monde suivait les cours et les conférences en latin. Certains
se sont demandé si Servet était protestant. Lui-même a affirmé se
rattacher à la Réforme. Il faut en tenir compte. Ses convictions ont dominé
toute sa vie et toute son oeuvre. Son livre Des erreurs de la trinité
a été publié à Haguenau, nous savons par quel imprimeur. Il connut une
grande diffusion, au point d'inquiéter les Réformateurs. Même
Martin Bucer, le grand Réformateur de Strasbourg, l'un des amis de Servet,
trouvait que les opinions devaient être libres, mais qu'il ne fallait pas
qu'elles se répandent trop. On peut dire ce qu'on veut, mais à condition
de ne pas le diffuser. C'est une forme de demi-libéralisme qui n'est pas
acceptable. Que ce soit votre pensée, d'accord, mais gardez-la pour vous,
car ce pourrait être dangereux pour les autres. Melanchthon, le plus large
des Réformateurs, proche de Luther, avait un peu cette position-là, même
si occasionnellement il allait un peu plus loin. Bucer, très marqué par
Zwingli, trouvait aussi qu'il ne fallait pas aller aussi loin. Le problème
des Réformateurs tenait à leur peur d'être considérés comme trop négatifs.
Au moment de discuter de la trinité, il y eut une sorte de consensus :
Luther, Zwingli et Calvin affirmèrent que c'était un mystère dont il ne
fallait pas trop parler. Cette question ne devait pas être soulevée, car
elle était trop épineuse. Les Réformateurs soupçonnaient que quelque
chose n'allait pas dans la doctrine et la dogmatique de l'époque, mais ne
voulaient pas donner l'impression de tout renverser. C'est dommage, en matière
de probité intellectuelle. Quand on ne va pas jusqu'au bout de ses idées,
on risque d'aboutir à des solutions mi-chèvre mi-chou, et qui ne
conviennent à personne. On
invita Michel Servet à se calmer, et c'est ce qu'il fit. Mais lorsqu'on lui
demandait : "Jésus-Christ est-il Dieu ?", il répondait :
"Oui, il est divin, mais s'il est divin, c'est par grâce, et non pas
par nature : c'est pas la grâce de Dieu qu'il a été inspiré".
Il estimait aussi que, dans la trinité, la notion de "personnes"
ne convenait pas. Le Saint Esprit ne pouvait en aucune façon être une
personne. Lorsqu'il finit par dire que la trinité était un cerbère à
trois têtes, non seulement il mettait les pieds dans le plat, mais il les
agitait vigoureusement. Il
comprit alors que, pour des raisons de sécurité personnelle, il fallait
qu'il s'intéresse à d'autres sujets. Comme beaucoup de savants et
d'humanistes de l'époque, il est devenu imprimeur. Les imprimeurs étaient
alors des savants et des chercheurs. Servet fut imprimeur à Paris. Il y
poussa ses études suffisamment loin pour enseigner au collège des
Lombards. C'était la reconnaissance de ses capacités. Il y enseigna les
mathématiques, mais aussi la géographie. Il traduisit la Géographie
de Ptolémée. Il
se lança ensuite dans des études de médecine, avec l'un de ses compagnons
du même âge que lui, Ambroise Paré. Ce dernier fit le plus grand éloge
de Servet. Voici
donc quelqu'un d'une telle dimension qu'on a de la peine à le situer. Il
semble avoir appréhendé toutes les connaissances de son temps. C'était
encore possible au XVIe siècle, avant l'Encyclopédie de Diderot et
d'Alembert. Sa
traduction de la Géographie de Ptolémée, avec des notes
explicatives, a beaucoup surpris, car il a rectifié bon nombre d'erreurs.
Il a également écrit un traité sur les sirops, et découvert la petite
circulation du sang, peut-être en même temps que d'autres chercheurs. Il
arrive que deux savants découvrent en même temps la même chose, sans
qu'il y ait eu communication entre eux. Il
a simultanément donné des cours divers. Il semble qu'il ait été
quasiment maître de conférences dans une chaire de médecine. Il eut comme
élève le futur archevêque de Vienne. Il a aussi contribué à l'édition
de quantité d'oeuvres de l'Antiquité. Tout au long du XVIe siècle, le développement
de l'imprimerie a permis à la culture de se répandre d'une manière
extraordinaire. Il
devient médecin, et pendant une vingtaine d'années on n'entend plus parler
de lui. Ce silence lui a été reproché. Il a été très critiqué par des
gens qui, en toute tranquillité, lui reprochaient de se montrer si peu
courageux. L'archevêque de Vienne, Pierre Palmier, le prend comme médecin
et l'installe dans un bel appartement au palais épiscopal. Vienne, au sud
de Lyon est une ville très intéressante. C'est une ville romaine, mais
aussi chrétienne, où se trouve l'une des plus anciennes églises de Gaule.
Au XVIe siècle, c'est une ville religieuse, où tout dépend de l'archevêque.
L'évêque de Genève dépend de ce dernier. Un lien étroit existait entre
Vienne et Genève. L'archevêque
de Vienne avait appris que Michel Servet s'était installé dans une petite
ville charmante, près de Roanne, Charlieu. Le centre de cette ville n'a
presque pas changé. Beaucoup de bâtiments datent de l'époque médiévale.
Servet s'y est établi comme médecin. Il est connu et apprécié. Il a
failli se marier, mais il semble qu'il ne l'ait pas fait parce qu'il ne
pouvait pas avoir d'enfants. Finalement, il est donc appelé à Vienne. Là,
il devient non seulement médecin de l'archevêque, mais aussi président de
la Confrérie de Saint Luc, patron des médecins. Aujourd'hui, on dirait président
du Conseil de l'Ordre. Il a donc pignon sur rue. Il continue d'exercer sa réflexion
religieuse, mais il est obligé de le faire dans la plus grande discrétion.
En somme, c'est pour lui une traversée du désert. Si l'on savait qu'il était
l'auteur des Erreurs de la trinité, il serait aussitôt arrêté et
ne pourrait continuer ses travaux théologiques. Il
entreprend toute une correspondance avec Calvin. Déjà, en 1546, il lui
avait écrit, et celui-ci lui avait répondu. Ils s'envoient des dizaines de
pages. Calvin travaillait beaucoup. C'était un homme à multiples facettes :
le Calvin de L'institution chrétienne, très rigoureux sur le plan
de la démonstration et des idées, de la rhétorique ; celui des
Sermons et des prédications souvent enflammées, très proche des problèmes
de l'homme de la rue ; celui des traités polémiques, qui ressemble à
un humoriste (certains de ses pamphlets sont vraiment drôles, comme le Traité
des Reliques) ; il y a aussi le Calvin de la correspondance. Dans
l'une de ses lettres, il écrivait à l'un de ses amis :
"J'aimerais tant pouvoir rire avec toi". Il y a même un Calvin
sportif, celui qui, quittant Paris, a dû s'enfuir par les toits pour échapper
au guet. De
formation, Calvin était juriste. Il acceptait le dialogue, mais jusqu'à un
certain point. Il se fermait alors catégoriquement. En 1546, il écrit à
un pasteur : "Si Michel Servet vient à Genève, je ne réponds
pas qu'il puisse en sortir vivant". L'arrestation de Servet eut lieu en
1553. Comment interpréter cette phrase de Calvin ? Manifestement, il
ne supportait plus tout dialogue avec Servet. Il faut dire que ce dernier
l'interpellait vigoureusement, et n'hésitait pas à le traiter d'ignare ou
d'âne. À l'époque, c'était courant. Lors de chaque controverse, on
commençait par traiter l'adversaire de porc, d'homme dissolu, et toute la
basse-cour y passait. Puis on en venait aux faits et l'on commençait à
discuter sérieusement. Il
est toutefois certain que Servait traitait Calvin de haut. Il le considérait
comme quantité négligeable, ne comprenant rien à rien, et ne méritant
pas d'être à la place où il était. On ne peut pourtant pas dire que
Calvin ait manqué d'érudition. Alors
que Calvin avait écrit L'institution de la religion chrétienne,
Servet écrit la Restitution de la religion chrétienne. N'y a-t-il
pas là une pointe polémique ? Il décide d'éditer cette oeuvre à
Vienne même, où se trouve un imprimeur, Guéroult, originaire de Genève
et du parti des libertins. Les libertins représentaient un parti politique
opposé à Calvin, revendiquant davantage de liberté. Ils n'étaient pas
satisfaits de la vie très compassée qu'on y était obligé de mener sous
la férule du Consistoire. Les libertins n'étaient pas nécessairement
areligieux ou antireligieux. On
envisageait d'éditer cette Restitution à 800 ou 1.000 exemplaires. Au XVIe
siècle, c'était considérable. Il a fallu des mois pour l'imprimer
clandestinement. Pour en assurer la diffusion, on avait envoyé des ballots
du livre un peu partout. Certains devaient passer par Genève, ce qui ne
devait pas faire plaisir à tout le monde, d'autres par Lyon ou
Francfort-sur-le-Main. Servet avait le sens d'une certaine forme de publicité,
ce qui était alors assez rare. Mais
ses adversaires vont réussir à faire en sorte qu'il ne subsiste que trois
exemplaires de la Restitution. Il y en a un en Angleterre, un à
Paris et un à la bibliothèque de Vienne, en Autriche. Ce dernier a servi
de base à l'érudition, car son histoire est surprenante. Il a été offert
par un noble hongrois à Joseph II, qui en a fait grand cas, et qui a
couvert de récompenses celui qui lui avait offert cet ouvrage. En 1791, le
livre a été réédité en Autriche. Dans
ce livre, il est dit que la trinité n'a pas de fondement biblique. Par conséquent,
Servet acceptait l'autorité de l'écriture, en tant que source de la foi. Jésus-Christ
n'est pas présenté comme préexistant. La prédestination est niée. Chose
étonnante, Servet combat le salut par la foi, estimant que cette
affirmation risque de devenir un oreiller de paresse. Il reprend l'hymne à
la charité de Paul : "Maintenant, ces trois choses demeurent :
la foi, l'espérance et la charité, et la plus grande des trois, c'est la
charité". Pour lui, Luther se trompe avec le salut par la foi, parce
qu'il retire d'un côté ce qu'il accorde de l'autre. Pour Servet, ce qui
compte, c'est la manifestation de la foi par nos oeuvres. Sur ce point, il
se distingue de l'ensemble de la Réforme, y compris des mouvements
dissidents de l'époque. Il
s'oppose aussi au baptême des enfants, estimant que, pour être baptisé,
il faut être conscient de ce que l'on fait. Une influence anabaptiste
existe chez lui, mais de manière modérée. Il estime que tout croyant peut
porter les armes, si c'est pour se défendre ou défendre son pays, peut
exercer les fonctions de magistrat. Il ne s'oppose pas à la peine de mort,
sauf dans un cas : le crime d'hérésie. L'hérétique n'est pas, à
ses yeux, dangereux pour la société. Même ayant dépassé toutes les
bornes permises là où il se trouve, on ne devrait que le bannir. Cette idée
est nouvelle. Il
se passe alors quelque chose d'étrange. À Genève, parmi les amis de
Calvin, se trouve un homme qui appartient à la petite noblesse, et qui est
dans les affaires. Il s'appelle Guillaume de Trie. Ce dernier entre en
dialogue avec l'un de ses cousins restés à Lyon, ville où, avec Bâle, se
sont cristallisés tous les mouvements porteurs d'une plus grande ouverture.
Servet avait d'ailleurs été disciple d'un médecin, Symphorien Champier,
de Lyon, qui fut l'une des grandes célébrités médicales du XVIe siècle.
Servet avait alors pris parti pour les médecins grecs contre la médecine
arabe, car il avait découvert toutes sortes de reproches à faire à
celle-ci. Le
cousin, resté à Lyon, s'appelait Antoine Arneis. Ce dernier écrit à
Guillaume de Trie que les Genevois mènent une vie désordonnée, que la
pagaille y règne. Guillaume de Trie prend alors la mouche et répond qu'à
Vienne, on tolère les pires hérétiques, au point de les héberger au
palais archiépiscopal. Arneis demande des précisions. De Trie lui apprend
que quelqu'un nie la trinité, la plupart des dogmes chrétiens, jusqu'à la
divinité de Jésus-Christ, et que cet homme est néanmoins le médecin de
l'archevêque de Vienne, président de la Confrérie Saint Luc. Arneis
demande alors des preuves, que Guillaume de Trie va trouver chez Calvin. De
Trie savait que Calvin avait entretenu toute une correspondance avec Servet.
Celle-ci n'était pas confidentielle, puisque l'essentiel en avait été
imprimé par Servet lui-même. Il faut le dire à la décharge de Calvin.
Des bonnes pages de la Restitution chrétienne avaient été également
envoyées à Calvin, ainsi que des pages annotées par Servet de
l'Institution chrétienne. On peut concevoir que Calvin se soit formalisé
de cette correction plus que radicale. De Trie avait prévenu Calvin de ce
qu'il voulait envoyer un certain nombre de textes à son cousin de Lyon.
Calvin était réticent, ce qui prouve qu'il n'avait pas la conscience
tranquille en remettant ces textes à de Trie. Il le fit quand même. Ainsi,
on ne peut pas dire que Calvin a dénoncé Servet à l'Inquisition mais, en
laissant de Trie le faire, il devait bien se douter que l'histoire allait
mal se terminer. Ainsi, des documents autrefois chez Calvin se sont retrouvés,
sans qu'on sache très bien comment, en possession de l'Inquisition à Lyon.
Ils ont servi à condamner Michel Servet. Des
perquisitions permirent de retrouver l'imprimeur. Tout le monde fut mis en
prison. Michel Servet était estimé à Vienne. Les conditions
d'emprisonnement étaient telles qu'il s'évada, semble-t-il avec la
complicité de la fille du gouverneur de la prison. Puis, pendant trois ou
quatre mois, il disparut de la circulation. Servet
fut condamné à être brûlé vif par contumace avec ses livres. À l'époque,
on procédait ainsi. On brûla tout ce qu'on put trouver des ballots de la Restitution.
Servet,
semble-t-il, voulut alors rejoindre l'Italie, car l'Italie, et plus
particulièrement la région de Vincenza, était le grand centre d'où était
parti tout le mouvement antitrinitaire. Là vivaient des humanistes, généralement
issus du milieu juridique. Servet
s'arrête à Genève, descend à l'hôtel de la Rose. Le dimanche, il va au
culte au temple de la Madeleine. Là, Calvin prêche. Malheureusement, on le
reconnaît. On a pensé que c'était une provocation que de se présenter au
temple, dans l'état et la situation de Servet. Mais s'il n'y était pas allé,
il aurait été repéré tout de suite. L'assistance au culte était alors
obligatoire. Ceux qui n'allaient pas au culte avaient de sérieux ennuis
avec le Consistoire. À
la sortie du temple, il est arrêté. Au XVIe siècle, quand on accusait
quelqu'un, on devait se présenter pour être détenu avec lui. Tant que les
deux ne sont pas départagés, ils restent en prison. C'est une bonne idée,
car on évite ainsi des délations discutables. Évidemment, on a conseillé
à Calvin de ne pas y aller, mais d'envoyer son secrétaire, de la Fontaine.
Calvin présente celui-ci comme son cuisinier (drôle de cuisine, théologique
et ecclésiastique !). De la Fontaine arrive avec trente-huit
propositions contre Servet. Elles émanaient évidemment de Calvin. Servet
se retrouve alors en prison, dans des conditions scandaleuses de
sous-alimentation, de mauvais traitements. Il n'est pas frappé, mais il y a
de la vermine partout. Les conditions d'hygiène sont lamentables.
Paradoxalement, il peut écrire tout ce qu'il veut. On lui apporte du
papier. En vue de sa défense, il peut commander tous les ouvrages qu'il
veut. Ceux qu'il commande sont intéressants. Il se réfère pour sa défense
à l'église de l'Antiquité et non pas à celle du Moyen Âge. Il demande
des ouvrages d'Irénée de Lyon et de Tertullien. Tertullien est le premier
théologien qui ait écrit en latin, alors qu'Irénée, l'un des plus
anciens théologiens, écrivait en grec. C'est à leur époque, au début du
IIIe siècle, qu'un tournant eut lieu, qui aboutit à des affirmations
doctrinales très fortes, qui n'existaient pas précédemment. Avant
de rendre ces livres, Servet souligne tous les passages qui lui conviennent,
afin que ses adversaires sachent sur quoi il va se baser pour sa défense.
Elle sera extrêmement adroite et habile, contrairement à ce qui a été
parfois dit. Il avait le don de présenter les choses le plus favorablement
possible pour lui. Calvin
va demander d'assister au procès qui se déroule devant le Petit Conseil.
En 1553, un gros problème se pose à lui. Sa situation à Genève n'est pas
encore établie définitivement. Officiellement, il n'y est rien, n'ayant
toujours pas le droit de bourgeoisie, qu'il n'obtiendra qu'en 1559. Il est
un simple prédicateur. Il parle. On l'écoute et on le suit. Il se comporte
comme un dictateur, bien que ne disposant d'aucune force de coercition, ni
police, ni armée. On ne peut donc le traiter ouvertement de dictateur. Il
exerce seulement une sorte de dictature spirituelle par son ascendant
personnel et en menaçant de s'en aller, ce qu'il avait déjà fait en 1538.
Les choses ne s'étaient pas alors très bien passées. Ainsi, les Genevois
tenaient à le garder. Mieux vaut garder celui que l'on a, plutôt que
d'avoir pire. Un
autre problème se pose : en 1553, le parti des libertins a
pratiquement pris le pouvoir au Conseil des Deux-Cents qui gouverne la
ville. Ses membres sont tous des adversaires de Calvin. Ils cherchent à
sauver Servet. Paradoxalement, ils ne veulent pas apparaître comme des hérétiques.
Ils ne le défendront pas quand il aurait fallu le faire. Malheureusement,
Servet sera victime de la situation la plus mauvaise pour lui, mais aussi
pour Calvin. Certains ne pensaient qu'à bannir Servet, ce qui aurait pu se
produire. Mais quand Servet, lassé par des semaines de détention - détenu
depuis le mois d'août, il est mort le 27 octobre -, s'emporta et attaqua
Calvin, il alla jusqu'à dire : "C'est lui ou moi. Il s'agit de
savoir qui vous voulez suivre". Ayant l'habitude des affaires de l'État,
on savait que Calvin avait des aptitudes pour gouverner, ce qui n'était sûrement
pas le cas de Michel Servet. Il se montra donc très maladroit. On
demanda l'avis d'un certain nombre de villes. C'était alors demander leur
avis aux pasteurs. Aujourd'hui, on propose de belles théories sur le système
presbytérien-synodal, affirmant que le XVIe siècle fut la glorieuse époque
de l'église. Rien n'est moins évident. On demanda donc à l'église de
Zurich, à celles de Berne, de Bâle, de Schaffhouse. Les réponses sont
toutes en faveur de Calvin. On considérait Servet comme un surexcité. En même
temps, les réponses sont modérées : aucun canton ne propose la peine
de mort. On affirmait seulement la nécessité de réagir. On estime que le
bannissement suffit. Finalement, la peine de mort sera prononcée... Calvin
rend visite à Servet, peu de temps avant qu'il soit brûlé vif. À Champel
fut érigé en 1903 un monument expiatoire. Il y est écrit :
"Fils reconnaissants du grand Réformateur, etc. Ils ont été victimes
de l'erreur de leur siècle". Cette erreur n'était pas celle de tout
le monde. Dès 1554, Calvin écrivit un ouvrage pour se justifier. Il y
explique qu'il était partisan de condamner Servet à mort, mais pas de le
brûler vif. On pourrait dire qu'il fallait le tuer autrement, dans
l'intimité. À
ce sujet, Théodore de Bèze a écrit des propos d'une violence et d'une
virulence rare. D'habitude, il se montrait plutôt diplomate. Il est allé
jusqu'à dire qu'il fallait exterminer les hérétiques comme des chiens. En
cela, il est resté un homme du Moyen Âge. Le crime de sang ne faisait périr
que le corps. Mais la corruption par l'hérésie touchait l'âme éternelle.
Ceux qui corrompent l'âme sont donc pires que les criminels de sang,
explique Théodore de Bèze. Il
y eut des réactions, notamment de la part d'hommes d'état. Le chancelier
de Berne, Zurkinden, estime que ce n'est pas comme cela qu'on parviendra à
convertir les gens. Même si quelqu'un est actuellement un fléau pour l'église,
il peut devenir un champion de la bonne cause. On n'a donc pas le droit de
supprimer tout avenir à quelqu'un. Il est étonnant de constater qu'un
homme d'état, juriste, adresse une leçon très évangélique à un Réformateur.
Cet homme mériterait d'être davantage connu. Il
y eut aussi le Traité de la persécution des hérétiques de Sébastien
Castellion. Ce dernier avait une dent contre Calvin, c'est certain. Il eut
la très grande habileté de publier des textes pour ou contre la persécution
des hérétiques, sans en dire plus. Il y cite des textes de Calvin, allant
dans le sens d'une plus grande compréhension que celle qu'il venait de
manifester. Sous un pseudonyme, il s'est également cité à l'occasion,
afin de donner le change. Finalement, on a su qu'il était l'auteur de cet
ouvrage. Par
la suite, il écrivit un deuxième ouvrage intitulé Contre le Libelle de
Calvin, qui ne fut malheureusement imprimé qu'en 1612, bien après la
bataille et la mort de Castellion. Ce livre n'a été traduit en français
qu'en 1998 à Genève. Pour finir, il a écrit en latin un Traité de la
punition des hérétiques, dont la traduction française n'est pas de
lui. On n'a découvert ce manuscrit qu'en 1939. Il ne fut édité qu'en
1971. On voit jusqu'où il était possible d'aller au XVIe siècle dans le
sens de la tolérance et de l'ouverture d'esprit. Dans
son ouvrage de 1612, Castellion écrit l'une des plus belles phrases qui
soit : "Tuer un homme, ce n'est pas tuer une doctrine ;
c'est tuer un homme". Voilà ce que pouvaient penser toutes sortes
d'hommes, plus nombreux qu'on ne le croit, au XVIe siècle. Cela dit, que ce
siècle ne fut pas celui de la tolérance, c'est vrai. Cela ne viendra qu'à
la fin du XVIIe siècle, avec un homme comme Pierre Bayle, qui développe un
discours sur la "conscience errante". La conscience peut errer,
mais il n'y a pas de liberté sans la liberté de se tromper. Bayle réclama
le droit à l'erreur, non pas l'erreur volontaire, mais la possibilité de
se tromper en toute bonne foi. Sans ce droit, on ne peut rien entreprendre,
on ne peut rien faire. Chez
Sébastien Castellion, qui fut sans doute l'un des hommes les plus ouverts
et les plus tolérants de son temps, la tolérance avait une limite. Dans
son dernier ouvrage sur l'impunité des hérétiques, il écrit qu'on a le
droit d'être chrétien, d'être mahométan ou juif, mais pas d'être athée,
car la révélation de Dieu s'est faite dans le coeur de tout homme. Il cite
la fin du chapitre 31 de Jérémie, où il est dit que la loi de Dieu est
gravée dans les coeurs. Ainsi, cette loi est gravée dans le coeur de tous
les hommes, quels qu'ils soient, même s'ils ne sont pas chrétiens. Par
conséquent, on ne peut pas être athée. Mais ce n'est pas une raison pour
tuer les athées, affirme Castellion, il faut seulement les bannir. De même,
pour lui, celui qui a été chrétien a connu la vérité ; il ne peut
plus y renoncer. Nul n'a le droit d'être relaps, de changer de religion
quand il a été chrétien. Ainsi, même chez les plus tolérants, il y a
une limite à la tolérance. La
question que je me pose et que je pose à chacun d'entre nous est donc la
suivante : jusqu'où sommes-nous prêts à aller dans la compréhension
de notre prochain ? Quelles sont les limites de notre tolérance ?
Médecin et théologien
espagnol. En
espagnol Miguel Servet , ou Miguel Serveto ou encore Miguel de Villanueva.
Michel
Servet vint étudier le droit à Toulouse, puis voyagea et rencontra
certains des
réformateurs les plus importants de son temps : Oecolampade,
Bucer, Melanchthon. Il s'intéressait à l'anatomie, à l'astrologie, ou
encore à la géographie ; il exerça le métier d'imprimeur, et on lui doit
une édition de la Géographie de Ptolémée. En anatomie, il découvrit la
circulation pulmonaire ou petite circulation. Il publia de
nombreux ouvrages de théologie, dont Restitution du christianisme.
Alors
qu'il se trouvait en France, à Vienne, où il se faisait appeler Michel de
Villeneuve, Servet fut dénoncé par un Genevois, Guillaume de Trie, à
l'inquisiteur catholique Mathieu Ory. Des poursuites furent engagées contre
lui ; les preuves furent cependant jugées insuffisantes, et l'inquisiteur
demanda des documents plus explicites. Sur la demande de De Trie, Calvin
fournit à l'Inquisition certaines des lettres que Servet lui avait envoyées. En avril 1553, un procès fut
engagé, mais Servet parvint à s'évader - il fut condamné par
contumace et seule son effigie fut brûlée. Il passa à Genève, où il
pensait peut-être pouvoir se joindre aux opposants à Calvin ; reconnu, il
fut aussitôt jugé, et condamné à être brûlé vif. Il fut supplicié le
27 octobre 1553.
Enfin,
Servet était favorable au baptême des adultes, tel que le Christ l'avait
reçu, ce qui le rapprochait des anabaptistes. La
condamnation de Servet avait été quasi unanime, et Calvin
reçut le soutien des principaux réformateurs, de Bullinger à Melanchthon.
Cependant, Calvin éprouva la nécessité de se justifier et publia, en
janvier 1554, Declaratio orthodoxae fidei, en latin, ainsi que sa
version française, Déclaration pour maintenir la vraye foy, qui est un
plaidoyer en faveur d'une répression sans faille de l'hérésie. Parmi ceux
qui critiquèrent Calvin figure l'anabaptiste David Joris, qui prônait la
prière et non le glaive pour amener les hérétiques «à l'amour, à la
paix et à l'unité», et Sébastien Castellion, qui engagea une virulente
polémique avec Calvin et Théodore
de Bèze. La condamnation de Servet marqua une importante étape de la plongée de l'Europe dans l'intolérance ; en outre, elle montrait que les diverses branches du christianisme, en se découvrant des ennemis communs, pouvaient, malgré leur antagonisme fondamental, coopérer entre elles. Déjà, durant la guerre des Paysans, la condamnation de Münzer et des Douze Articles par Luther avait permis aux princes protestants de s'allier aux princes catholiques au nom de la lutte commune contre une hérésie radicale. De même, la double condamnation de Servet, fruit de la collaboration de Calvin avec l'Inquisition catholique, souleva d'importants débats dans les communautés protestantes, qui se prolongèrent bien au-delà du siècle de la Réforme. Enfin, notons que Servet lui-même
était partisan de la mort pour les hérétiques «incorrigibles et obstinés
en malice», ainsi qu'il l'écrivit dans une de ses lettres à Calvin : «Ce
crime est simplement digne de mort et devant Dieu et devant les hommes.» Pourquoi ont ils brûlé Lucilio Vanini? Lucilio
Vanini (Giulio Cesare Vanini) Lucilio
Vanini, dit Giulio Cesare Vanini, né en 1585
à Taurisano,
près de Lecce
et exécuté à Toulouse
le 9
février 1619,
est un philosophe
et naturaliste
italien. Lucilio
Vanini a étudié la philosophie et la théologie à Rome,
et le droit à Naples où il obtient sa licence en 1606.
il poursuit ses études de jurisprudence à Padoue où il entre dans les ordres. Il se rend
successivement en Suisse,
en Hollande,
en France et en Angleterre
où il abjure le catholicisme
en 1612.
En 1614,
il est incarcéré 49 jours pour avoir attaqué l’Église
anglicane. À son retour à Lecce, il redevient catholique et se
consacre aux études physiques en vogue sous la Renaissance.
Il tente d’enseigner à Gênes,
mais, après un bref séjour à Genève,
il retourne une fois de plus en France, en 1615,
à Lyon
où il publie, dans un effort afin de se disculper de l’accusation d’athéisme,
l’Amphitheatrum aeternae Providentiae Divino-Magicum. L’année
suivante, il est chapelain du maréchal de Bassompierre à Paris
où il publie les dialogues De Admirandis Naturae Reginae Deaeque
Mortalium Arcanis (Merveilleux Secrets de la nature, la reine et la déesse
des mortels). Bien que les définitions de Dieu y soient quelque peu panthéistes,
l’ouvrage est suffisamment orthodoxe. Les arguments en sont cependant en
grande partie ironiques et ne peuvent être considérés comme
l’expression de ses opinions véritables. Après une seconde édition,
l’ouvrage, initialement approuvé par deux docteurs de Sorbonne,
est soumis à un réexamen à l’issue duquel il est condamné aux flammes.
Vanini se retire prudemment à Toulouse
où il commence à enseigner. Arrêté en novembre 1618
par l’Inquisition,
il est accusé d’athéisme et, après une épreuve prolongée, condamné
à avoir la langue coupée, à être étranglé puis brûlé le 9
février 1619. Théorie
Bien
qu’intellectuellement inférieur à Giordano
Bruno, ce libre-penseur a, comme lui, fait partie de ceux qui, en
attaquant l’ancienne scolastique, ont contribué à jeter les bases de la
philosophie moderne. Sa vie errante, sa mort tragique, ainsi son parti pris
antichrétien, ne sont pas sans rappeler Giordano Bruno. Les
De admirandis naturae reprennent, dans une prose simple et élégante,
l’interprétation naturaliste des phénomènes surnaturels que Pietro
Pomponazzi —que Vanini appelle « magister meus,
divinus praeceptor meus, nostri speculi Philosophorum princeps [Mon maître,
mon divin précepteur, le premier des philosophes à notre image] »—
leur avait donnée dans ses De incantationibus. Vanini y fait même référence
à Cardano,
Scaligero
et à d’autres penseurs du XVIe siècle.
« Dieu agit sur les êtres sous-lunaires (entendons « les êtres
humains ») en se servant des cieux comme moyen » donne une
origine naturelle et une explication rationnelle aux prétendus phénomènes
surnaturels, alors que l’astrologie était aussi considérée une science ;
« l’Être Suprême donne des avertissements aux hommes et spécialement
aux souverains à l’exemple desquels se conforme le monde, lorsque des
dangers les menacent » (De admirandis, IV, 52). Mais les
fondements des phénomènes présumés surnaturels relèvent également de
la fantaisie humaine, capable parfois de modifier l’apparence de la réalité
extérieure comme les fondateurs des religions révélées, Moïse,
Jésus,
Mahomet
et les ecclésiastiques imposteurs qui imposent des fausses croyances pour
obtenir richesse et pouvoir et les gouvernants, intéressés au maintien de
croyances religieuses pour mieux dominer le peuple, comme l’enseignait déjà
Machiavel.
En suivant encore Pomponazzi et ses interprétations des textes aristotéliciens,
changée des commentaires d’Alexandre
d'Aphrodisie, il nie l’immortalité de l’âme. Les ouvrages
de Vanini ne le montrent pas, à proprement parler, comme athée :
s’il nie la validité des religions révélées, il accepte Dieu comme être
absolu et considère la nature comme sa manifestation. Sa conception
philosophique s’apparente donc au libertinisme
et au naturalisme
panthéiste. En
conclusion, nous posons, la question de criminalité commise par l4Etat de
la République à l’encontre
de nos compatriotes de Sévastia Qoçgiri sur
une base du droit international . Par nos réflexions nous sommes
si proche à Giordano
Bruno, Michel Servet et Luciliono, nous ajoutons
les dernières lettres de
Joseph Chanier
« Je
vais mourir pour la cause de la liberté .. je vais verser
mon sang pour la cause
de l’humanité.. » dit Joseph Chanier
à Lyon le 16 juillet 1793 à 4 heures du soir. EVIN
CICEK et Dr Ali KILIC Fribourg
–Paris ele 17-02-2007 Bibliographie Michel
Servet source: A. Chéreau, article « Michel Servet » de:
A. Dechambre (dir.), Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.
Troisième série. Tome neuvième (Sep-Sir), Paris, G. Masson, P.
Asselin, 1881, p. 432-434 Documentation Defensio
orthodoxae fidei de sacra Trinitate, contra prodigiosos errores Michaelis
Serveti hispani: ubi ostenditur haereticos jure Gladii coercendos esse,
& nominatim de homine hoc tam impio juste & merito sumptum Genevae
suisse supplicium. [Genevae], Oliva Roberti Stephani, 1554,
161 p. (BNF, Gallica – mode image, format PDF). Ouvrage de Calvin
condamnant Michel
Servet Luculio
Vanini Œuvres
Bibliographie
[modifier]
De
umbris idearum (1582) Cantus Circaeus
(1582)
De
compendiosa architectura (1582) · Candelaio
(1582) Ars reminiscendi
(1583) Explicatio
triginta sigillorum
(1583) Sigillus sigillorum
(1583) La
Cena de le Ceneri (La
banquet des cendres) (1584) De
la causa, principio, et Uno
(1584) De
l'infinito universo et Mondi
(1584) Spaccio
de la Bestia Trionfante
(L'expulsion de la bête triomphante) (1584) Cabala
del cavallo Pegaseo- Asino Cillenico(1585)
De
gl' heroici furori
(1585) Figuratio Aristotelici Physici auditus
(1585)
Dialogi
duo de Fabricii Mordentis Salernitani (1586) Idiota triumphans
(1586) De
somni interpretatione
(1586)
Animadversiones
circa lampadem lullianam (1586) Lampas triginta statuarum
(1586) Centum
et viginti articuli de natura et mundo adversus peripateticos
(1586) Delampade combinatoria Lulliana
(1587) De
progressu et lampade venatoria logicorum
(1587) Oratio
valedictoria (1588) Camoeracensis
Acrotismus (1588) De
specierum scrutinio
(1588) Articuli
centum et sexaginta adversus huius tempestatismathematicos atque Philosophos
(1588) Oratio
consolatoria
(1589)
De
vinculis in genere
(1591) De
triplici minimo et mensura
(1591) De
monade numero et figura
(1591) De
innumerabilibus,immenso, et infigurabili
(1591) De
imaginum, signorum et idearum compositione
(1591)
Summa
terminorum metaphisicorum (1595)
Artificium
perorandi (1612)
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